Le haut fonctionnaire soupçonné d’espionnage mis en examen pour trahison
Soupçonné d'espionnage au profit de Pyongyang, un haut fonctionnaire du Sénat qui ne cachait pas ses amitiés nord-coréennes a été...

Le haut fonctionnaire soupçonné d’espionnage mis en examen pour trahison

Soupçonné d'espionnage au profit de Pyongyang, un haut fonctionnaire du Sénat qui ne cachait pas ses amitiés nord-coréennes a été...
Public Sénat

Par Eleonore DERMY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Soupçonné d'espionnage au profit de Pyongyang, un haut fonctionnaire du Sénat qui ne cachait pas ses amitiés nord-coréennes a été mis en examen jeudi pour "trahison" et "intelligence avec une puissance étrangère".

Déféré un peu plus tôt dans la journée au parquet de Paris, Benoît Quennedey a été présenté à un juge d'instruction qui l'a mis en examen pour "trahison par livraison d'informations à une puissance étrangère", "recueil en vue de livraison d'informations à une puissance étrangère" et "intelligence avec une puissance étrangère", a-t-on appris de source judiciaire.

Conformément aux réquisitions du ministère public, il a été placé sous contrôle judiciaire, ce qui signifie qu'il n'a pas été écroué. Il a désormais interdiction de quitter le territoire, d'exercer sa profession, et des interdictions de contacts, selon cette source.

Interpellé dimanche soir, M. Quennedey avait été placé en garde à vue à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans le cadre d'une enquête ouverte en mars.

Dans cette affaire, les enquêteurs cherchent à savoir s'il a effectivement "fourni" des informations confidentielles au régime paria de Pyongyang.

M. Quennedey est un des administrateurs de la Direction de l'architecture, du patrimoine et des jardins de la chambre haute du Parlement, en charge de la division administrative et financière.

Mardi, la présidence du Sénat a annoncé qu'il avait été suspendu "provisoirement" de ses fonctions, et que son bureau avait été perquisitionné.

Ancien diplômé de Sciences-Po Paris et de l'ENA, cet homme d'une quarantaine d'années, originaire de Dijon, a consacré plusieurs travaux à la Corée du Nord.

- Nombreux voyages -

Président de l’Association d’amitié franco-coréenne, il a voyagé à de multiples reprises dans l’ensemble de la péninsule coréenne depuis 2005, selon le site des éditions Delga qui ont publié son ouvrage "La Corée du Nord, cette inconnue".

En 2013, il a également signé un essai sur l'économie du régime de Pyongyang intitulé "L'Économie de la Corée du Nord, Naissance d'un nouveau dragon asiatique", aux éditions Les Indes Savantes.

Dirigée d'une main de fer par Kim Jong Un, la Corée du Nord est frappée depuis plusieurs années par un arsenal de sanctions économiques occidentales qui vise à contraindre le régime à renoncer à son programme de missiles nucléaires.

Dans une vidéo postée en 2017 sur Youtube on voit le haut fonctionnaire expliquer que "la Corée du Nord est l'objet de tous les fantasmes". "Toute personne qui parle de la Corée du Nord s'expose, si elle ne prend pas les thèmes habituels, à se voir rétorquer qu'elle ne peut être qu'un suppôt du pire régime au monde", ajoute-t-il.

Un ancien camarade de promotion de l'ENA a rapporté à l'AFP la passion ancienne de Benoît Quennedey pour ce pays.

"Il y a près de 20 ans, il n'avait que d'éloges à l'égard de la Corée du Nord et s'élevait avec vigueur contre ceux qui qualifiaient ce régime de liberticide. Il nous expliquait que ce n'était pas un système dictatorial et que cette image était le fruit d'un complot américain", a-t-il relaté, sous couvert d'anonymat.

Interrogé en août sur la chaîne RT France, émanation de Russia Today, M. Quennedey, alors présenté comme "expert en relations internationales", avait salué le réchauffement des relations entre la Corée du Nord et les États-Unis après l'annonce par Washington de la suspension de ses opérations militaires en Corée du Sud. "On crée les conditions de la confiance pour engager le dialogue sur une bonne voie," déclarait-il, selon une vidéo postée sur YouTube.

En décembre 2017, deux ex-agents secrets français soupçonnés d'avoir été retournés par les services secrets chinois avaient été arrêtés et placés en détention. En mai, la ministre des Armées Florence Parly avait déclaré qu'ils étaient "soupçonnés d'avoir commis des actes susceptibles d'être qualifiés d'actes de trahison par divulgation d'informations à une puissance étrangère et susceptibles de mettre en cause les secrets de la défense nationale".

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le