« Le monde politique est très lent à réagir au mouvement Me too », estime la sénatrice écologiste, Mélanie Vogel

« Le monde politique est très lent à réagir au mouvement Me too », estime la sénatrice écologiste, Mélanie Vogel

A l’approche de la présidentielle et des législatives, des femmes politiques et universitaires enjoignent les partis à prendre acte du mouvement #metoo dans Le Monde. Une prise de conscience qu’elles veulent voir traduite par des engagements clairs. Au premier rang : ne pas investir de personne mise en cause pour violences sexistes ou sexuelles.
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Par Héléna Berkaoui

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#Metoo et après ? En masse, les témoignages de femmes victimes de violences sexistes et sexuelles déferlent depuis maintenant quatre ans. Tous les milieux sont concernés mais il est question d’un aujourd’hui : le monde politique. 285 femmes travaillant dans le milieu politique et universitaire signent une tribune dans Le Monde, lundi 15 novembre, pour enjoindre les partis à agir en écartant les auteurs de violences sexuelles et sexistes de la vie politique.

A l’approche de la présidentielle et des législatives, les cadres des partis et des mouvements politiques sont donc invités à s’engager dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Une charte a été mise à disposition sur le site metoopolitique.fr.

Avant même le mouvement Metoo, plusieurs affaires étaient venues poser la question des violences sexistes et sexuelles en politique, comme l’affaire DSK ou l’affaire Baupin. Crée en 2016 par un collectif de collaboratrices parlementaires, le site Chair collab mettait également à jour un sexisme décomplexé.

« Le monde politique est très lent à prendre la mesure et à réagir au mouvement Me too, observe la sénatrice écologiste Mélanie Vogel. C’est un environnement où l’ego et le pouvoir sont très masculins. Ne pas mettre au pouvoir des personnes coupables, ne pas promouvoir au plus haut sommet de l’Etat des auteurs de violences sexistes et sexuelles est primordial. »

« Il est nécessaire que les appareils politiques prennent en compte ces critères dans le choix de leur candidat »

Pourquoi maintenant ? Ancienne ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol - qui fait partie des signataires de cette tribune - l’explique : « Il y a la présidentielle mais surtout les législatives ou 577 députés seront investis par les partis et les mouvements politiques. Il est nécessaire que les appareils politiques prennent en compte ces critères dans le choix de leur candidat ». Les signataires de la charte s’engagent donc à ne pas investir de personne mise en cause pour violences sexistes ou sexuelles, mais aussi à ne pas leur donner de parrainage pour la présidentielle et à ne pas les embaucher dans leurs équipes de campagne.

Une question se pose alors : comment établir ces critères ? Sur leur plateforme, les initiatrices de Me too politique évoquent les questionnements auxquels elles ont fait face. « Le choix du terme « mis en cause » a fait l’objet d’une réflexion approfondie. Aucun autre terme n’est pleinement satisfaisant », écrivent-elles. Attendre une condamnation judiciaire ne leur apparaît pas pertinent compte tenu du faible taux de dépôts de plainte et du très faible pourcentage de condamnation.

Lire aussi. Sexisme en politique : changer « un monde fait par et pour des hommes »

« Investir quelqu’un ce n’est pas une décision de justice mais une décision politique. Ce n’est pas se substituer à la justice que de ne pas investir une personne », indique par ailleurs Mélanie Vogel, sénatrice écologiste. Laurence Rossignol (PS) rappelle, elle, que la question s’est déjà posée lors des précédentes municipales. A Saint-Nazaire, le PS avait par exemple refusé de soutenir le maire sortant qui avait soutenu un de ses adjoints mis en cause pour viol. A Lorient, la tête de liste PS, Bruno Blanchard visé par une accusation de violences conjugales, avait dû renoncer à l’investiture de son parti.

Des décisions qui n’ont pas été prises sans mal. Les prises de parole sont encore rares et quand elles émergent, elles sont bien souvent réduites à des « affaires privées » ou rangées dans la catégorie « manipulation politique ». « L’argument de la manipulation politique ne tient pas. Dans quel but ? A quel moment elles sortent gagnantes ? », rétorque Laurence Rossignol. Et les initiatrices de Me too politique d’interroger : « Combien d’hommes ont eu leur carrière détruite, même avec des accusations dont on sait qu’elles sont fondées ? Aucun », répondent-elles.

« Que les partis traitent leurs délinquants misogynes, comme ils traitent leurs délinquants financiers »

« Quand les partis ont des doutes sur les affaires financières, ils se protègent en prenant des décisions avant que les affaires sortent dans la presse. Ils protègent leur réputation. Il faudrait considérer que les délinquants misogynes sont tout autant des brebis galeuses qui nuisent à l’image du parti », appelle Laurence Rossignol.

La mutation des partis sur cette problématique doit donc s’accompagner d’actes. Au-delà de cette charte d’engagement, des outils doivent être créés. Chez EELV, une cellule d’écoute a été mise en place et des formations ont été dispensées aux responsables du parti nous indique Mélanie Vogel. « Ce n’est pas parfait, il faut encore améliorer les procédures internes et créer un climat où les personnes se sentent en confiance pour témoigner », estime la sénatrice écologiste.

Parmi les signataires de cette tribune, on retrouve peu ou pas de personnalités de droite. « Je ne sais pas si elles ont été sollicitées », précise Laurence Rossignol. Reste qu’à droite de l’échiquier politique, le sujet ne semble toujours pas à l’ordre du jour. « A droite, l’omerta est encore plus forte », estime Laurence Rossignol. « Les affaires de violences sexuelles sortent davantage dans les milieux progressistes car le contexte est plus favorable et non parce qu’il y a plus d’affaires », ajoute en écho Mélanie Vogel.

Comme il est souligné dans la tribune, trois candidats à la présidentielle sont cités dans de nombreux témoignages d’agressions sexuelles. Plusieurs témoignages, révélés par Mediapart, vise notamment le polémiste et candidat putatif à la présidentielle, Éric Zemmour. Un aspect qui passe sous les radars. « Il s’agit certes d’un candidat auto investi mais on ne devrait parler que de ça. C’est assez hallucinant qu’on ne l’interpelle pas sur ces affaires », s’indigne Laurence Rossignol qui espère que « cette tribune attirera aussi l’attention sur ce sujet ».

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