Le parquet national financier, acteur incontournable et parfois contesté
Attaqué par le camp Fillon, le parquet national financier (PNF), créé après le scandale Cahuzac pour combattre la délinquance...

Le parquet national financier, acteur incontournable et parfois contesté

Attaqué par le camp Fillon, le parquet national financier (PNF), créé après le scandale Cahuzac pour combattre la délinquance...
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Attaqué par le camp Fillon, le parquet national financier (PNF), créé après le scandale Cahuzac pour combattre la délinquance financière de haut vol, est devenu en trois ans un acteur incontournable, et parfois contesté, du monde judiciaire.

L'AFFAIRE CAHUZAC

Le 10 décembre 2016, une boucle s'est bouclée pour le parquet national financier avec la condamnation en première instance de l'ancien ministre Jérôme Cahuzac à trois ans de prison ferme dans une affaire de fraude fiscale.

L'affaire Cahuzac, c'est le scandale qui a vu naître le PNF, créé par une loi du 6 décembre 2013 dans la foulée du plus retentissant scandale de la présidence Hollande, et officiellement installé en mars 2014. L'affaire Cahuzac, c'est aussi le jugement qui consacre la jeune institution, dont la patronne Éliane Houlette était venue en personne requérir contre l'ancien ministre.

Selon la loi, le PNF est compétent pour "les atteintes à la probité et les délits de fraude fiscale d'une grande complexité ainsi que pour le blanchiment de l'ensemble de ces infractions."

En décembre dernier, il comptait 15 magistrats, dont 13 opérationnels, pour 376 affaires en cours, réparties à parts presque égales entre les atteintes à la probité (corruption, trafic d'influence) et la fraude fiscale sous toutes ses formes.

VICTOIRES MÉDIATIQUES ET ÉCHECS CINGLANTS

Outre Jérôme Cahuzac, le PNF a obtenu quelques lourdes condamnations, dont les plus médiatiques sont celles du sénateur Serge Dassault (cinq ans d'inéligibilité et deux millions d'euros d'amende pour fraude fiscale en première instance) et celle de l'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant (deux ans de prison dont un ferme en appel dans l'affaire des primes en liquide du ministère de l'Intérieur).

Après les hommes, les prochains grands tests pour le PNF concerneront des entreprises, par exemple les grands noms de la banque UBS et HSBC, ou du géant Google, tous concernés par des affaires de fraude fiscale. A venir également: le premier procès en France de "biens mal acquis", contre Teodorin Obiang, vice-président de Guinée équatoriale.

Mais le PNF a subi aussi de sérieux revers. Le banquier François Pérol, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a été relaxé dans une affaire de "prise illégale d'intérêts". Même traitement pour les riches héritiers de la famille Wildenstein, auxquels le fisc réclame plus de 500 millions d'euros.

UN APPÉTIT QUI DÉRANGE

Les ambitions de la jeune institution suscitent parfois une certaine méfiance. En décembre dernier, le Conseil constitutionnel avait sèchement rejeté une réforme qui aurait attribué au PNF une "compétence exclusive" pour la poursuite des délits de fraude fiscale aggravée et pour blanchiment. Le parquet financier devra donc continuer à composer avec les procureurs locaux, ainsi qu'avec le parquet de Paris.

Certains avocats reprochent par ailleurs au PNF d'avancer au pas de charge, en passant par des "enquêtes préliminaires", plutôt que de saisir des juges d'instruction, même dans des affaires très complexes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le