Le patron de la SNCF veut un « plan Marshall pour le fret » ferroviaire
Au-delà de la gestion du court terme et de la reprise du trafic après le 11 mai, le PDG Jean-Pierre Farandou a demandé, face aux sénateurs, un soutien résolu de l’État au secteur du fret, un peu plus fragilisé par la crise du coronavirus. Le PDG s’attend également à des retards dans les chantiers.

Le patron de la SNCF veut un « plan Marshall pour le fret » ferroviaire

Au-delà de la gestion du court terme et de la reprise du trafic après le 11 mai, le PDG Jean-Pierre Farandou a demandé, face aux sénateurs, un soutien résolu de l’État au secteur du fret, un peu plus fragilisé par la crise du coronavirus. Le PDG s’attend également à des retards dans les chantiers.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Sous l’effet de la concurrence du transport routier, et notamment des poids lourds étrangers, le fret n’était déjà pas en bonne posture. La part du fret ferroviaire dans le transport de marchandises a été divisée par deux en l’espace de deux décennies, pour tomber à 9%. La crise du Covid-19 n’a fait qu’aggraver la situation de ce secteur fragile. Devenue au 1er janvier une société indépendante (sous forme de SAS), Fret SNCF aborde une année de tous les dangers. Auditionné par la commission de l’Aménagement du territoire du Sénat, le président de la SNCF n’a pas manqué d’alerter les sénateurs sur la nécessité de soutenir le fret ferroviaire, et sa filiale. Le dirigeant a prêché des convaincus lorsqu’il a affirmé qu’il faudrait « un plan Marshall pour le fret », dans le plan de relance des prochains mois.

Le trafic des trains de marchandises a beaucoup moins diminué que le transport de voyageurs. 60 à 65% d’entre eux circulent encore, « avec le souci de favoriser le maintien de l’activité économique du pays », a insisté Jean-Pierre Farandou, qui assure que la SNCF est allée « au-delà des stricts trains vitaux, à la demande des clients ». Mais le trou d’air actuel pèsera sur ses résultats. Jean-Pierre Farandou l’a reconnu : « la situation est compliquée ». « Si on veut que le fret ferroviaire se porte bien dans le pays, il faut qu’il soit aidé », a-t-il encouragé, citant les mécanismes de soutien dans d’autres pays européens. En Suisse ou en Autriche, malgré la présence importante de montagnes, le fret ferroviaire représente 30% du transport de marchandises.

Créer des incitations en direction des entreprises

Pour le président de la SNCF, le soutien étatique devra passer par des investissements sur le réseau, « qui a besoin d’être adapté », et de nouveaux itinéraires. Il faudra surtout, selon lui, créer un système d’incitations, pour pousser les entreprises à recourir au rail, plutôt qu’à la route. Pour le PDG de Fret SNCF, Frédéric Delorme, il faudra « moderniser » les trains et le réseau, si la France veut « rééquilibrer » les modes d’acheminement de marchandises.

Plusieurs sénateurs ont partagé l’inquiétude du groupe sur le fret, comme Alain Fouché (Les Indépendants – République et territoire), peu ravi de constater que ce secteur est devenu une « arlésienne » dans le débat public. « Je suis ravie de vous entendre parler de plan Marshall pour le fret », a également salué la présidente du groupe communiste, Éliane Assassi, qui parle d’un fret « sacrifié » par les choix politiques. « Très bien », a ajouté le sénateur écologiste Guillaume Gontard, suggérant d’ouvrir des États généraux du fret.

Nouveau calendrier de travaux

Interrogé plus largement sur les conséquences du confinement sur les grands projets de son groupe, Jean-Pierre Farandou a admis qu’il faudrait « reprogrammer des travaux », chez SNCF Réseau par exemple. « Il y aura du retard. Il peut aussi y avoir des problèmes d’argent. Certaines dates d’ouvertures vont être remises en question. » L’ensemble des grands projets devra être « revisité », et certaines interventions devront être priorisées. Le président a notamment cité les cas d’affaissement de talus, avec l’exemple de Sèvres-Ville d'Avray début février, ou encore le déraillement d’un TGV sur la LGV Est le 5 mars.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Gerard Larcher elu President du Senat
6min

Politique

« Grand oral », « intox » et promesses : un match oppose Patrick Kanner à Rachid Temal pour la tête du groupe PS du Sénat

Les 62 sénateurs PS vont élire ce mercredi leur président de groupe. Le sortant Patrick Kanner, président depuis 2018, voit son poste convoité par Rachid Temal, qui pointe le manque de collégialité. Entre grands oraux passés ce mardi par le courant d’Olivier Faure et discussions de couloirs, cette campagne courte et discrète n’en est pas moins intense.

Le

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action
8min

Politique

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action

La hausse des taux d’intérêt continue de s’élever à un rythme qui n’avait pas été anticipé. Elle renchérit à la fois le coût des nouvelles émissions de dette mais aussi le renouvellement des anciens bons du Trésor. Selon l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, la charge annuelle de la dette pourrait à moyen terme retrouver des niveaux que la France n’avait plus connu depuis l’entre-deux-guerres.

Le

Paris : Block Everything protest day
7min

Politique

Blocus des lycées : « Une fois sorti du tube, le dentifrice ne rentre plus »

Parti de revendications sur les moyens, le manque d’enseignants ou les conditions d’étude, le mouvement lycéen s’étend de ville en ville. Le soutien affiché de La France insoumise et la réponse ferme du gouvernement ont progressivement déplacé la contestation sur le terrain politique. Mais les sociologues insistent sur l’autonomie des élèves et redoutent que l’affrontement entre adultes ne finisse par éclipser leurs revendications.

Le

La Seyne-sur-Mer RN party’s President Jordan Bardella
8min

Politique

Accusations d'antisémitisme : « La défense de Jordan Bardella est assez classique. C’est celle de Fillon en 2017 », selon le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet

Dans la tourmente depuis lundi et l’article de Mediapart qui a révélé des écrits antisémites datant de 2013, le président du RN, Jordan Bardella, a annoncé dans la foulée le dépôt d’une plainte pour diffamation et dénonce une opération destinée à le « tuer politiquement ». Cette mise en avant d’une « manipulation » n’est pas sans rappeler la défense de François Fillon il y a 10 ans et pose la question d’une future mise à l’écart de celui censé former un ticket avec Marine Le Pen pour l’élection présidentielle.

Le