Le prélèvement à la source suspendu aux doutes d’Emmanuel Macron
L'entrée en vigueur du prélèvement à la source au 1er janvier n'est plus certaine: Emmanuel Macron a annoncé jeudi qu'il...

Le prélèvement à la source suspendu aux doutes d’Emmanuel Macron

L'entrée en vigueur du prélèvement à la source au 1er janvier n'est plus certaine: Emmanuel Macron a annoncé jeudi qu'il...
Public Sénat

Par Boris CAMBRELENG, avec Laurence BENHAMOU à Helsinki

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'entrée en vigueur du prélèvement à la source au 1er janvier n'est plus certaine: Emmanuel Macron a annoncé jeudi qu'il attendait "des réponses précises" avant de décider, après des mois de préparation du pays à cette réforme majeure.

"J'ai plutôt l'intention de conduire cette réforme à son terme, mais j'ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes les questions qui se posent encore, avant de donner une directive finale", a dit le président au cours d'une conférence de presse à Helsinki.

"J'ai besoin d'une série de réponses très précises et d'être sûr de ce que nos concitoyens vivront le jour où on le mettra en place si on le met en place", a-t-il ajouté.

Dimanche, le Premier ministre Edouard Philippe avait déjà semé le doute en promettant de faire "le point" d'ici quelques semaines.

Lancée sous le quinquennat précédent, la réforme, qui va concerner près de 38 millions de foyers fiscaux, avait déjà été retardée d'un an par le gouvernement d'Edouard Philippe à son arrivée.

L'impôt sera collecté directement sur les salaires ou les retraites, et non plus acquitté un an après comme c'est le cas actuellement.

Depuis plusieurs jours, les contribuables voient arriver dans leur boîte aux lettres leur avis 2018 assorti d'un taux d'imposition qui leur sera applicable à compter de janvier 2019.

"La modernisation de l'impôt est une chose positive qui doit être soutenue par l'ensemble de l'opinion publique" et il faut s'assurer "qu'il n'y ait pas de bug informatique", a expliqué sur CNews le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, à la suite de la déclaration de M. Macron.

"Le président de la République sait que c'est une réforme importante qui peut semer le trouble. On sait qu'il peut y avoir des couacs", a souligné sur BFMTV le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement Christophe Castaner.

"Et Gérald Darmanin répond que tout va bien se passer (...) il va apporter toutes les réponses dont le président de la République a besoin. C'est un sujet sur lequel il faut rassurer", a-t-il ajouté.

La direction générale des finances publiques (Dgfip) a enfoncé le clou jeudi dans un tweet assurant que le "calendrier serait tenu", assorti d'un hashtag +gauloispasréfractaire+, en un clin d'oeil aux propos d'Emmanuel Macron. Elle a ensuite supprimé ce message en raison des commentaires qu'il a suscités.

Des réunions sur le sujet doivent avoir lieu tout le mois de septembre, avait encore indiqué M. Darmanin lundi.

- ajustements et craintes -

La mise en œuvre du dispositif suscite la préoccupation de chefs d'entreprise et de syndicats, qui s'inquiètent de possibles failles ou angles morts.

Le gouvernement a déjà procédé à des ajustements ces dernières semaines: début juillet, il a ainsi annoncé un report à 2020 du prélèvement à la source pour les employés de particuliers-employeurs, en raison du retard pris dans la mise en œuvre de la plateforme informatique dédiée aux déclarations de salaires.

Mi-août, l'exécutif a de nouveau revu sa copie en annonçant un mécanisme permettant aux entreprises de moins de 20 salariés de se décharger de la collecte de l'impôt, via le dispositif Titre emploi service entreprise (Tese), utilisé pour les cotisations Urssaf.

"Il est normal que nous nous assurions que les détails soient bien clairs", a souligné Emmanuel Macron au côté du Premier ministre finlandais Juha Sipila, qui a vanté le prélèvement à la source, appliqué dans son pays depuis des décennies, comme dans la majorité des pays industrialisés.

La réforme est critiquée par des responsables de l'opposition, comme Laurent Wauquiez (LR), qui a demandé mercredi à l'exécutif d'y renoncer, jugeant qu'il était "encore temps" d'arrêter une réforme "qui va dans le mur".

Alexandre Derigny, de la CGT Finances publiques, estime de son côté qu'"on est au-devant de toute une série de problèmes qui sont pour certains sans solution".

Au-delà des risques techniques, c'est l'impact psychologique de la réforme qui provoque des sueurs froides -- notamment au sein de la majorité, où l'on redoute une vague de mécontentement lorsque les Français verront leur salaire net baisser.

Des craintes écartées par le gouvernement, qui rappelle que les Français ont actuellement tendance à "sur-épargner en prévision des impôts futurs", ce qui nuit à la consommation.

leb-jri-boc-jmt/ef/mm/cca

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le