Le premier budget Macron à l’Assemblée, batailles en vue sur l’ISF
Le premier budget du quinquennat Macron arrive mardi dans l'hémicycle de l'Assemblée, où plusieurs réformes fiscales, notamment...

Le premier budget Macron à l’Assemblée, batailles en vue sur l’ISF

Le premier budget du quinquennat Macron arrive mardi dans l'hémicycle de l'Assemblée, où plusieurs réformes fiscales, notamment...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le premier budget du quinquennat Macron arrive mardi dans l'hémicycle de l'Assemblée, où plusieurs réformes fiscales, notamment sur l'emblématique ISF, promettent des joutes entre la majorité et ses détracteurs qui dénoncent, à gauche, des "cadeaux aux riches" et à droite un chemin inachevé.

Le traditionnel marathon budgétaire, qui va durer jusque Noël, débutera par le premier volet du projet de loi de finances consacré aux "ressources". Deux ministres issus de LR, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, le défendent.

La transformation de l'ISF en impôt sur la seule "fortune immobilière" (IFI, sans les placements financiers), conjuguée à l'introduction d'une "flat tax" de 30% sur les revenus du capital, promet de cristalliser les tensions, comme en commission.

Mais des modifications semblent peu probables. En vingt heures de commission, entre mardi et jeudi, plus de 560 amendements ont été courtoisement discutés sur toute la première partie mais seulement 49 adoptés, dont peu de significatifs.

En rapprochant la fiscalité du capital de celle en vigueur dans les autres pays européens, la majorité, à l'image de Laurent Saint-Martin (LREM), mise sur "une meilleure lisibilité et une meilleure attractivité pour les investissements".

Le "pari", selon le Modem Jean-Noël Barrot, étant que les Français, champions de l'épargne sécurisée, aillent davantage vers les entreprises, "qui manquent de fonds propres pour financer l'innovation" et l'emploi.

Le président du MoDem, François Bayrou, qui s'est inquiété mardi que l'exécutif favorise l'accumulation" sans encourager l'investissement, plaide pour exonérer d'ISF "tous les investissements dans l'économie réelle".

Socialistes, Insoumis, communistes dénoncent un "cadeau aux plus riches". Car, rappelle Valérie Rabault (Nouvelle gauche), ex-rapporteure générale du Budget, "plus le patrimoine d’une personne augmente, plus sa composante financière s’accroît".

Pour la suppression totale de l'ISF, la droite déplore, elle, que le gouvernement "ne soit pas allé jusqu'au bout", l'IFI frappant "les petits riches" selon l'UDI Charles de Courson.

Face aux polémiques, La République en marche compte surtaxer des "signes extérieurs de richesse" (yachts, voitures de sport et métaux précieux) et éviter "des effets d'aubaine sur des biens non productifs". Déjà votés en commission, ces amendements devront l'être aussi dans l'hémicycle, comme c'est l'usage pour les budgets.

Droite, gauche et même le Modem Jean-Louis Bourlanges ont dénoncé du "bricolage". "Du pipi de chat", pour l'ancien secrétaire d'Etat socialiste au Budget Christian Eckert, qui compare les 40 à 50 millions d'euros de recettes attendues aux 3,2 milliards de manque à gagner liés à la réforme de l'ISF.

- taxe d'habitation -

Au grand dam de l'exécutif et de LREM, la polémique sur "le président des riches" relègue au second plan l'autre versant du budget, un "transfert de pouvoir d'achat" vers les actifs qui "n'a pas d'équivalent", selon le Premier ministre Edouard Philippe (issu de LR).

Le budget reprend ainsi une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, la suppression en trois ans de la taxe d'habitation pour 80% des ménages.

D'autres mesures de "pouvoir d'achat" figurent dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (suppression des cotisations maladie et chômage pour les salariés du privé, hausse de la prime d'activité et de certains minimas sociaux), examiné cette semaine en commission.

Mais ce sera "pour partie payé par les salariés eux-mêmes, qui verront leur CSG augmenter", a notamment critiqué samedi l'ancien Premier ministre PS, Bernard Cazeneuve, qui n'aurait "pas pu voter" le budget.

Le gouvernement veut aussi que la France, dernier pays de la zone euro en procédure de déficit excessif avec l'Espagne, retrouve sa "crédibilité en Europe" et s'ancre davantage sous la barre des 3% de PIB de déficit public.

Après 2,9% en 2017, l'exécutif prévoit 2,6% en 2018 et un quasi retour à l'équilibre en 2022, selon la loi de programmation des finances publiques, également en débat mardi.

Le gouvernement a donc prévu en 2018 près de 15 milliards d'économies: sept par l'Etat, avec des coupes controversées dans les aides au logement et contrats aidés notamment, cinq par la Sécurité sociale, trois par les collectivités locales.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Emmanuel Gregoire presentation programme elections municipales
9min

Politique

Metro 24h/24, « refondation du périscolaire », logements sociaux, goûter gratuit : Emmanuel Grégoire présente son projet pour les municipales à Paris

Le candidat de la gauche unie, hors LFI, mise sur un projet classique de gauche, mêlant mesures sociales et écologiques. Il récuse les attaques de la droite sur le manque de sérieux budgétaire et renvoie « Rachida Dati et Sarah Knafo » dos à dos. Pour le socialiste, ce sont « les deux faces d’une même pièce ».

Le

CONSEIL MUNICIPAL DE TOULOUSE
6min

Politique

Municipales 2026 :  près d’un maire sortant sur deux a hésité ou renoncé à se représenter

Organisée à quelques semaines des élections municipales, une consultation Ipsos bva pour le Sénat souligne l'incertitude de près de la moitié des maires sur une nouvelle candidature. La difficulté de concilier mandat et vie privée est largement invoquée, mais d’autres motivations sont régulièrement citées, comme les violences verbales ou physiques et le manque de reconnaissance.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
6min

Politique

Budget : la saisine du Conseil constitutionnel par Sébastien Lecornu « interroge » au Sénat

Inédit dans l’histoire récente, le Premier ministre a saisi lui-même le Conseil constitutionnel sur le budget. Sébastien Lecornu s’interroge notamment sur la solidité juridique de dispositifs, portant sur des niches fiscales et taxation de grandes entreprises. Les socialistes craignent la remise en cause à retardement d’éléments constitutifs du pacte de non-censure.

Le

Le premier budget Macron à l’Assemblée, batailles en vue sur l’ISF
6min

Politique

Jeux vidéo : « Le harcèlement ne s’est arrêté que lorsqu’un homme a pris la parole » témoigne la streameuse Ultia

Alors que les femmes représentent aujourd’hui la moitié des joueurs de jeux vidéo, elles ne constituent qu’environ 10 % des streamers sur les grandes plateformes. Lors d’une table ronde organisée par la délégation aux droits des femmes, au Sénat, streameuses, journalistes et professionnelles du secteur ont dressé un constat sévère : le streaming, devenu un véritable espace de travail et de carrière, reste structuré par des violences sexistes, racistes et économiques qui freinent, voire brisent, les trajectoires des femmes.

Le