Le premier conseil des ministres du gouvernement Borne empoisonné par l’affaire Abad
Le gouvernement d’Elisabeth Borne a été annoncé vendredi dernier, et il sera complété après les élections législatives, mais le conseil des ministres de ce lundi était l’occasion pour l’exécutif de se mettre au travail dans cette période de transition avant la reprise de la session parlementaire. Une opération de communication largement perturbée par les accusations de viol à l’encontre de Damien Abad, nouveau ministre des Solidarités.

Le premier conseil des ministres du gouvernement Borne empoisonné par l’affaire Abad

Le gouvernement d’Elisabeth Borne a été annoncé vendredi dernier, et il sera complété après les élections législatives, mais le conseil des ministres de ce lundi était l’occasion pour l’exécutif de se mettre au travail dans cette période de transition avant la reprise de la session parlementaire. Une opération de communication largement perturbée par les accusations de viol à l’encontre de Damien Abad, nouveau ministre des Solidarités.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Alors que l’année scolaire touche à sa fin, c’était la rentrée des classes du gouvernement. Pour ce premier conseil des ministres du gouvernement Borne, Emmanuel Macron a ouvert le bal en saluant la formation d’un « gouvernement qui ressemble au pays », et qui devra « consolider ce qui a été fait dans les 5 dernières années […] dans la continuité et la nouveauté, avec une méthode nouvelle. » Olivia Grégoire, nouvelle porte-parole du gouvernement, a donc elle aussi étrenné la conférence de presse post-conseil des ministres, en insistant sur « les nouveaux visages » du gouvernement et « la respiration salutaire » qu’apportait « ce collectif qui doit diriger le pays. » 

« Ce gouvernement renouvelé ressemble aux Français, par les horizons, les origines, professionnelles et politiques. » Mais malgré les méthodes nouvelles, ce sont des anciennes questions qui reviennent. Après Gérald Darmanin lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, Mediapart a révélé ce week-end que Damien Abad a été nommé au gouvernement malgré deux accusations de viol, pour des faits remontant à 2010 et 2011, et une plainte classée sans suite. Et ces accusations ont largement occupé Olivia Grégoire, pourtant décidée à faire bonne impression, qui a dû prévenir au bout d’un moment, « ce sera la dernière question sur le sujet. »

« Aucune autre procédure n’est en cours à l’endroit de Damien Abad »

Elle a rappelé « la ligne du Président de la République et les propos de la Première ministre », qui « à [sa] connaissance, n’avaient pas connaissance de ces faits » : « Tolérance 0 pour les délinquants sexuels, respect, et écoute totale pour les victimes présumées. Le gouvernement continuera sans relâche à encourager les femmes ayant subi des violences à se présenter à la justice. » En l’occurrence, dans l’affaire Abad, « c’est à la justice d’établir la vérité », d’après la porte-parole du gouvernement : « La seule affaire qui a été présentée à la justice, à deux reprises par la même personne et sur les mêmes faits, a été classée sans suite en 2012 et 2017. S’il existait d’autres victimes, il faudrait sans réserve qu’elles puissent se présenter devant la justice. À ma connaissance, aucune autre procédure n’est en cours à l’endroit de Damien Abad. Je ne vais pas démarrer ma nouvelle fonction en commentant des hypothèses, j’aurais tout loisir d’en parler devant vous si … »

Difficile de comprendre où est exactement la limite posée par le gouvernement pour éventuellement exiger une démission de Damien Abad (ouverture d’une instruction judiciaire, mise en examen ou condamnation), mais Elisabeth Borne a tout de même eu un échange direct avec Damien Abad, « en fin de journée » dimanche soir : « La Première ministre a demandé à avoir un échange direct avec Damien Abad, cela a été l’occasion de lui rappeler l’engagement absolu du gouvernement et son engagement personnel sur cette question. » Nul doute que l’affaire va continuer d’animer l’actualité du gouvernement nouvellement formé, mais Olivia Grégoire a tout de même pu revenir sur d’autres sujets à l’agenda de ce début de quinquennat pour le gouvernement Borne, amené à être « complété » après les élections législatives.

Redécoupage du ministère de l’Ecologie et loi sur le pouvoir d’achat

La porte-parole du gouvernement a ainsi confirmé que les 14 ministres qui se présentent aux législatives démissionneront bien s’ils sont battus, y compris Elisabeth Borne, candidate dans le Calvados. « Je n’imagine pas une femme aussi engagée ne pas tenir sa parole », a affirmé Olivia Grégoire. La Première ministre sera par ailleurs directement chargée de la Transition écologique, son ancien portefeuille, avec un « redécoupage » administratif qu’Olivia Grégoire a tenu à réexpliquer : « Ce redécoupage n’est pas anodin. Avec deux ministères confiés à Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher, enfin la transition écologique va être abordée dans tous les ministères. C’est une cause profondément interministérielle, qui concerne presque tous les champs de l’action publique. » La porte-parole du gouvernement tient d’ailleurs à préciser qu’actuellement, « la ministre Montchalin a dans son périmètre les enjeux de transport et de logement », mais qu’après les élections législatives, il y aurait « très certainement de nouvelles personnalités au sein du gouvernement, dédiées au transport et au logement sous la supervision d’Amélie de Montchalin, directement placée sous le Premier ministre. »

Il y aura donc de nouveaux membres du gouvernement après les élections législatives, au moment où la session parlementaire sera rouverte, et où le premier texte du quinquennat sera mis à l’agenda. « Sur le pouvoir d’achat », a précisé Olivia Grégoire, « un premier projet de loi devrait être adopté avant les élections législatives en conseil des ministres, avant qu’il soit présenté à la représentation nationale sitôt qu’elle sera élue. Il s’agira d’aider les Français à réduire leurs dépenses contraintes. » C’est le fameux projet de loi de finances rectificative annoncé pendant la campagne présidentielle, qui sera donc présenté en conseil des ministres avant les législatives. Des mesures sur le prix de l’électricité, du carburant, le chèque alimentation, l’indexation des retraites sur l’inflation ou la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires devraient y figurer, sans plus de détails chiffrés pour le moment.

Partager cet article

Dans la même thématique

Nationwide protests over cost of living – Dijon
6min

Politique

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.

Le

FRA – ASSEMBLEE – 4 COLONNES
8min

Politique

Après la proposition de primaire de Gabriel Attal, rejetée par le camp Philippe et Retailleau, le blocage perdure

En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.

Le

Le premier conseil des ministres du gouvernement Borne empoisonné par l’affaire Abad
4min

Politique

Ultra droite dans les rues le 24 octobre : « Il n'y a eu aucune complaisance des forces de l'ordre », selon Laurent Nuñez

Interpellé par le sénateur PS Hussein Bourgi durant les questions au gouvernement sur les violences des groupuscules d’extrême droite lors de la manifestation du 24 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez affirme qu’il n’y a eu « aucune complaisance » des forces de l’ordre et qu’il y aura bien « des actions judiciaires ».

Le