Le président du COR, Pierre-Louis Bras
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Le président du COR débarqué : la gauche dénonce une sanction injuste

Après avoir fait l’objet de critiques du gouvernement tout au long de l’année, la présidence du Conseil d’orientation des retraites va être renouvelée. Pour la sénatrice socialiste Monique Lubin, qui y siège, la décision de Matignon est problématique. Chez les partenaires sociaux, la CFDT rend hommage au bilan de Pierre-Louis Bras et appelle le gouvernement à « conforter » cette instance.
Guillaume Jacquot

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Une page se tourne pour le Conseil d’orientation des retraites, le COR, mis en lumière comme rarement dans son histoire, à la faveur de la réforme des retraites au printemps. Son président Pierre-Louis Bras est sur le départ, comme l’avait révélé cette semaine le quotidien Le Monde. Le haut fonctionnaire, à la tête de cette instance d’expertise chargée d’analyser et de suivre les perspectives à moyen et long terme du système de retraite, en a été averti par les services de la Première ministre cette semaine. « Matignon m’a indiqué que je serai démis de mes fonctions au prochain conseil des ministres », a-t-il déclaré mercredi à l’AFP. La nomination de son successeur fera l’objet d’un décret du président de la République, sur proposition de la Première ministre.

Cet inspecteur général des affaires sociales (IGAS) avait fait beaucoup parler de lui en début d’année, en amont de l’examen de la réforme des retraites dans les deux assemblées. Le 19 janvier, face à la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, il avait notamment souligné : « Les dépenses de retraites ne dérapent pas, elles sont relativement maîtrisées, dans la plupart des hypothèses, elles diminuent plutôt à terme. » Et d’embrayer sur la baisse des recettes du système et les déficits à venir. La séquence a abondamment été relayée sur les réseaux sociaux, puisque l’audition s’est tenue le même jour que la première mobilisation sociale dans la rue contre la réforme du gouvernement censée résorber les déficits à venir.

De nouvelles tensions en juin, après la promulgation de la réforme

Ses premiers mots, sur l’évolution des dépenses, sont restés. Au gouvernement et dans une partie de la majorité présidentielle, la séquence est mal passée. Quatre jours plus tard, lors d’un échange avec la presse, Élisabeth Borne qualifiait de « très personnelle » la lecture faite par Pierre-Louis Bras du rapport du COR. Matignon avait par la suite critiqué la présence de « beaucoup d’hypothèses dans le rapport du COR », estimant que cela pouvait « nuire à la lisibilité de ses conclusions ».

Auditionné au Sénat en février, il n’a pas dévié d’un iota, assurant s’appuyer sur les conclusions partagées par un organe pluraliste. Lequel réunit 41 membres, parlementaires, représentants des partenaires sociaux, ou encore membres des grandes administrations. « Je vais essayer de ne pas vous livrer des opinions personnelles, mais de rendre compte d’un consensus », avait alors bien assuré le président du COR devant les sénateurs.

Une fois la réforme adoptée, Pierre-Louis Bras avait une fois encore été critiqué au sommet de l’État pour ses nouvelles prévisions. Le rapport annuel du COR prévoyait alors des comptes « durablement » dans le rouge, Matignon l’avait accusé d’exagérer. Voici plusieurs mois qu’il était sur la sellette, les relations avec le gouvernement n’étant pas au beau fixe. En septembre, Le Monde précisait que le gouvernement avait approché plusieurs candidats potentiels dès le printemps et avant la coupure estivale pour reprendre le flambeau. Parmi eux : Éric Aubry, le conseiller spécial affaires sociales de Gérard Larcher et ancien du cabinet de François Fillon à Matignon. Pierre-Louis Bras, lui, avait fait partie du cabinet de Martine Aubry à la fin des années 1990, lorsque celle-ci avait en charge le portefeuille de l’Emploi.

« Il a fait preuve de professionnalisme et de rigueur morale. Je défie quiconque de dire le contraire »

La voix du COR a-t-elle fait les frais de sa communication ? Matignon assure que non. « Ce n’est pas une sanction », a relayé Matignon auprès de l’AFP, qui rappelle que la présidence n’avait pas été renouvelée depuis neuf ans. Et d’ajouter : « La réforme des retraites est passée, le nouveau rapport annuel a été publié en juin 2023, et plusieurs personnalités qualifiées doivent être renommées. »

Plusieurs parlementaires, notamment à gauche, estiment cependant que le président du COR paye aujourd’hui des propos qui ont desservi la communication gouvernementale. « Ce n’est pas surprise. On avait bien compris que le président du COR avait beaucoup déplu à la Première ministre et au ministre du Travail. C’est très attendu mais très injuste, d’une injustice totale », réagit auprès de Public Sénat la sénatrice PS des Landes Monique Lubin.

La parlementaire, qui siège au sein du COR, assure que Pierre-Louis Bras n’a jamais pris parti. « Je veux bien qu’on fasse des reproches au président du COR mais je n’ai jamais entendu grand monde autour de la table contester les conclusions et les analyses. Il a fait preuve de professionnalisme et de rigueur morale. Je défie quiconque de dire le contraire. »

D’autres critiques se sont faites jour dans les organisations syndicales. « Son seul défaut, ça a été d’être indépendant et d’avoir tenu sur les faits et les chiffres pendant la réforme des retraites », estimé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. « Le président du COR paie ses interventions et commentaires lors de la mise en œuvre de la réforme des retraites », abonde également Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO.

« On attend que le gouvernement conforte le COR », demande Yvan Ricordeau de la CFTD

Car du côté des organisations syndicales, Pierre-Louis Bras était apprécié. « Le COR, sous sa présidence, a assuré ses missions : un lieu de consensus sur un constat partagé – les rapports ont toujours été adoptés – et qui a toujours réussi cet équilibre entre exigence scientifique et exercice démocratique », réagit auprès de Public Sénat Yvan Ricordeau, secrétaire national de la CFDT en charge des retraites, et membre lui aussi de l’instance présidée par Pierre-Louis Bras.

La CFDT formule une demande pour l’avenir de cette instance, indépendante, mais rattachée à Matignon. « On attend que le gouvernement conforte le COR. Le débat sur la dernière réforme des retraites n’a pas donné lieu à beaucoup de pédagogie. Le COR fait référence en la matière », insiste Yvan Ricordeau.

Au Sénat, Monique Lubin ne cache pas ses inquiétudes pour la suite. « Si le président du COR saute à chaque fois qu’il y a une réforme, parce qu’il tient des propos qui ne vont pas dans le sens voulu par le gouvernement, cela va poser un problème. Il faut impérativement qu’on ait à la tête du COR quelqu’un qui fonctionne comme Pierre-Louis Bras, avec une exigence déontologique. »

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