Le progressisme version Macron veut sortir du flou idéologique
Chantre auto-proclamé du "progressisme", La République en marche va se pencher sur sa doctrine samedi lors d'un colloque, afin de...

Le progressisme version Macron veut sortir du flou idéologique

Chantre auto-proclamé du "progressisme", La République en marche va se pencher sur sa doctrine samedi lors d'un colloque, afin de...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Chantre auto-proclamé du "progressisme", La République en marche va se pencher sur sa doctrine samedi lors d'un colloque, afin de dessiner plus clairement sa colonne vertébrale idéologique et surtout préparer l'avenir, au-delà même d'Emmanuel Macron.

Qu'est ce que le macronisme ? Un an et demi après avoir remporté l'élection présidentielle en rassemblant des millions d'électeurs venus de tous horizons politiques autour d'un nom et d'un programme, les marcheurs vont essayer de dégager des fils conducteurs.

Réunies à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et la Fondapol, des think tanks respectivement classés plutôt à gauche et à droite, un millier de personnes réfléchiront autour de sociologues (Dominique Schnapper), politologues, philosophes (Monique Canto-Sperber), scientifiques (Hervé Le Treut, ...) et politiques (Jean-Michel Blanquer, ...).

"Ce colloque est un point de départ, pas un point d'arrivée", prévient la députée Laetitia Avia qui met en avant un travail au long cours, ponctué de consultations des adhérents, d'ateliers etc.

L'exercice doit permettre de trancher entre les tenants de deux écoles.

D'abord ceux pour qui le macronisme est avant tout un pragmatisme, c'est-à-dire une méthode d'action. "Emmanuel Macron a pensé qu'avant la doctrine il fallait apporter des solutions concrètes, rassembler et dépasser les clivages", rappelle le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, soutien de la première heure.

Mais désormais, plus nombreux sont ceux plaidant pour la constitution d'un vrai corpus idéologique.

"Quand on dit qu'on est dans une start-up, on se trompe. Si on veut durer, il faut se replonger dans les fondamentaux: à savoir quel est notre éclairage doctrinal", exhorte le député LREM Romain Grau, qui estime que le macronisme est le rejeton naturel de courants idéologiques plus anciens "comme le mouvement radical sous la IIIe République".

"Je pense qu'il y a une doctrine et qu'il faut la préciser. Il y a des grands principes dont certains ont été théorisés et d'autres non", souligne le député et mathématicien Cédric Villani, qui interviendra samedi.

- "Fixer un horizon" -

"On a un président formé à deux grandes écoles: la philosophie et le monde des affaires. La première est dans les concepts, la deuxième dans beaucoup de pragmatisme. Le mélange des deux est important", avance encore l'élu de l'Essonne.

"Le progressisme, on peut tout y mettre", consent de son côté la députée LREM Brigitte Bourguignon, présidente de la Commission des affaires sociales, appelant à ce qu'on "définisse une charte de nos valeurs communes", afin "de fixer un horizon à long terme".

Car les marcheurs ont évolué sur une ligne de crête abrupte, déclinant à toutes les sauces leur "progressisme". Cela n'a pas suffi à masquer les divergences internes, sur la laïcité, l'immigration ou encore l'écologie, notamment dans les travaux parlementaires.

La récente étude du think tank Terra Nova sur les adhérents LREM montre d'ailleurs la coexistence de deux familles progressistes. Les "progressistes-libéraux" identifiés comme "le cœur du macronisme" (31% des adhérents) et les "progressistes-égalitaires" (23%) qui sont, selon les auteurs, "une trace de l'apport des électeurs de gauche".

"Il y a donc deux interprétations du progressisme avec une attitude économique plus libérale et une plus à gauche", décrypte le chercheur au CEVIPOF Thomas Vitiello.

Mais est-ce profitable politiquement de sortir de l’ambiguïté alors qu'elle permettait justement de brasser large ? "La question est ouverte", glisse un ancien conseiller de M. Macron.

"Un projet politique, ce n'est pas des gens qui pensent tous pareils, évacue M. Villani. Le scientifique que je suis pense toujours qu'il est bon d'avoir de la biodiversité en toutes circonstances."

Ce colloque envoie également un signal au monde des idées, alors que plusieurs intellectuels, proches de M. Macron durant la campagne et notamment issus de la seconde gauche, ont pris ces derniers mois leurs distances avec le pouvoir, à l'image de Jean Pisani-Ferry ou Philippe Aghion.

Or, sans structure propre de création d'idées, LREM est dépendante de l'extérieur pour "préparer l'après, à savoir un second quinquennat et au-delà", avance le député Thomas Mesnier.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Simone Veil
9min

Politique

Bernadette Chirac, l’ancienne Première dame, est morte à 93 ans 

L’épouse du président Jacques Chirac, lui-même disparu en 2019, est morte vendredi 5 juin dans la soirée à 93 ans, annonce sa fille Claude à l’AFP. L’ancienne Première dame qui a progressivement pris la lumière durant les années passées à l’Elysée, a aussi mené une longue carrière d’élue locale, d’abord dans l’ombre de son mari, puis de manière indépendante.

Le

France Missing Girl
7min

Politique

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.

Le

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le