Le PS appelle au rassemblement de la gauche pour gouverner, mais sans LFI

Le Parti socialiste veut croire à la nomination d’un Premier ministre de gauche. Le parti à la rose doit encore s’entretenir avec ses autres partenaires de gauche, à l’exclusion de La France insoumise qui appuie pour le déclenchement d’une présidentielle anticipée. « Nous avons une différence de stratégie évidente », explique-t-on au PS.
Romain David

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Les socialistes demandent à Emmanuel Macron de nommer un Premier ministre de gauche.  « Nous n’appelons ni à la dissolution, ni au départ du chef de l’Etat. Nous appelons à des solutions. À la nomination d’un premier ministre issu de la gauche, ouvert au compromis, s’engageant à ne pas utiliser le 49.3 », a déclaré l’eurodéputé Pierre Jouvet, secrétaire général PS, à l’issue d’une réunion du « bureau national », instance dirigeante du parti, qui a duré un peu plus de trois heures ce lundi après-midi. Mais « si le Président de la République fait le choix de la dissolution, nous serons prêts », assure néanmoins cet élu.

La démission éclair du Premier ministre Sébastien Lecornu, quelques heures seulement après la nomination d’une partie de son gouvernement, a poussé les principales forces politiques à réunir leurs états-majors pour envisager la suite, tandis qu’une partie de la classe politique, notamment le Rassemblement national, réclame un retour aux urnes via une nouvelle dissolution. « La dissolution ne règlera rien, ça n’est pas l’option que nous privilégions », commente auprès de Public Sénat le député Arthur Delaporte, porte-parole du PS, alors que beaucoup voient dans cette hypothèse un tremplin qui permettrait au RN d’accéder au pouvoir.

« LFI se fout de nous ! »

Un peu plus tôt dans la journée, Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, a proposé aux partis constitutifs de l’alliance du Nouveau Front populaire (NFP) « une réunion pour échanger sur les hypothèses qui sont aujourd’hui sur la table ». Une initiative également relayée par Jean-Luc Mélenchon, lors d’une conférence de presse aux côtés des principaux responsables insoumis. Mais cet appel a été fraichement reçu par les écologistes et les socialistes, preuve s’il en fallait encore du niveau de tensions entre LFI et ses anciens alliés.

Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes, a reproché à LFI de vouloir prendre l’ascendant sur le reste de la gauche. « Ce qui a été dit et fait ces derniers temps laisse des traces », a-t-elle commenté sur BFMTV, tout en assurant que sa famille politique « rencontrer[ait] l’ensemble de [ses] partenaires dans la journée ». Même agacement du côté du PS : « Disons qu’ils se foutent de nous ! » lâche Arthur Delaporte. « Nous avons une différence de stratégie évidente. LFI ne veut pas gouverner dans le même périmètre que nous », explique-t-il.

Si certains responsables caressent l’hypothèse d’un Premier ministre de gauche à Matignon, les insoumis considèrent, au contraire, que la chute éclair de Sébastien Lecornu pourrait précipiter celle d’Emmanuel Macron. Depuis des mois, les mélenchonistes défendent l’hypothèse d’une élection présidentielle anticipée, seule manière selon eux de sortir de la crise politique. À cette fin, ils ont déposé à l’Assemblée nationale une motion de destitution dont ils espèrent encore convaincre le reste de la gauche du bienfondé.

« Obtenir des garanties avec ce qu’il reste du socle commun »

Selon un haut responsable socialiste, seules « 5 ou 6 voix » se sont élevées lors du bureau national pour défendre l’alliance avec les insoumis, qui avait permis au Parti socialiste, lors des législatives anticipées, de reprendre des couleurs.  À présent, une réunion avec les autres partenaires de gauche du PS – à savoir Les Ecologistes, Place publique, Génération.s et le Parti communiste -, « est en cours de calage ». Elle pourrait se tenir d’ici la fin de journée, tandis qu’Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, sera l’invité du 20H de TF1.

Pour autant, au vu de la fracturation politique à l’Assemblée nationale, peut-on imaginer qu’un chef de gouvernement issu des rangs de la gauche parvienne à gouverner sans le soutien, ou à minima l’indulgence, des insoumis ? « Cela signifie qu’il faut obtenir des garanties avec ce qu’il reste du socle commun, pour mettre en œuvre une politique resserrée jusqu’en 2027 », nous explique Patrick Kanner, le président du groupe socialiste au Sénat. Il ajoute : « Tout est mieux qu’une dissolution… Mais nous n’avons pas la main ». À ce stade, aucune prise de parole du chef de l’Etat n’est prévue.

Devant les journalistes, Pierre Jouvet a fait valoir « les mesures fortes » qui ont agité ces dernières semaines les échanges entre le PS et le Premier ministre démissionnaire : « La taxation des ultrariches et le nécessaire débat sur la réforme des retraites ». « Justice fiscale, sociale, et écologiste, le projet de Blois doit servir de base », résume Patrick Kanner. Reste à savoir si Emmanuel Macron, après avoir vu trois chefs de gouvernement issus du socle commun échouer en un peu moins de dix mois sur la question budgétaire, sera prêt à infléchir sa politique économique.

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