Le PS tourne la page de la primaire pour se rassembler derrière Hamon

Le PS tourne la page de la primaire pour se rassembler derrière Hamon

Pour son discours d’investiture, Benoît Hamon a gardé sa ligne de la primaire, tout en cherchant le rassemblement. S’il manquait quelques ténors, les vallsistes étaient présents. L’heure est à l’unité avant de tenter de rallier les écologistes, les communistes voire les amis de Mélenchon.
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Le rassemblement est un combat de tous les jours, surtout au Parti socialiste. Le PS a réussi à préserver pour le moment son unité après la victoire de Benoît Hamon à la primaire. Certes, beaucoup de poids lourds du gouvernement – Sapin, Le Drian, Touraine, Bruno Le Roux – sont absents pour le discours d’investiture du candidat, dimanche midi à la Mutualité, tout comme le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone. Et bien sûr Manuel Valls.

Standing ovation pour Taubira

Mais Benoît Hamon a pu compter sur d’autres soutiens, appréciés au PS : la maire de Paris, Anne Hidalgo, et surtout Christiane Taubira. Celle qui a défendu le mariage pour tous fait son arrivée conjointe avec Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti. La présence du troisième homme de la primaire n’était à l’origine pas annoncée. Standing ovation dans la salle, surtout pour l’ancienne ministre de la Justice. Aux premiers rangs, les membres du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, Mathias Fekl, Thierry Mandon, Harlem Desir, Laurence Rossignol, Axelle Lemaire ou Emmanuelle Cosse sont là, tout comme le président du groupe PS à l’Assemblée, Olivier Faure.

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Photo : François Vignal

Dans le déroulé de la matinée, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis est relégué avant les membres de la société civile : la sociologue Dominique Meda, qui défend le partage du travail, le climatologue Jean Jouzel ou l’historien Patrick Weil sur la laïcité. Son discours est court mais il fait le job. « Benoît, tu es l’espoir d’un temps. (…) Ensemble nous serons le point de convergence de toutes les gauches et tous les écologistes » lance le patron de Solférino.

Benoît Hamon sait bien que « la première tâche qui est la (s)ienne » est de « rassembler ». « Rassembler les socialistes et rassembler la gauche » lance le candidat à la tribune (voir ici les temps forts de son discours). Mais Benoît Hamon prévient : « Pas d’accord d’appareil » dont le PS a le secret. Mais plutôt un rassemblement de toutes les forces de son camp. « La programme commun, c’était aussi plusieurs gauches. La gauche plurielle de Lionel Jopsin, c’était aussi plusieurs gauches » rappelle Benoît Hamon, qui n’entend pas être le sauveur suprême : « Je ne suis pas l’homme providentiel mais je ne le demande surtout pas ! »

« Si on ne rassemble pas tous les socialistes, il y aura des trous de raquette durant la campagne »

Au fond de la salle, l’ex-directeur de campagne de Manuel Valls, Didier Guillaume, a fait le déplacement. Il regarde la scène, les bras croisés, concentré. « C’est mon rôle et devoir de militant que d’être là » dit le président du groupe PS du Sénat. Il assure de sa « loyauté ». Pour Didier Guillaume, « il faudra des proches de Manuel Valls dans l’équipe de campagne ».

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Photo : François Vignal

Ça tombe bien, Luc Carvounas est là quelques mètres plus loin. Le sénateur du Val-de-Marne ne sera pas « la prise de guerre de la hamonie » et entend faire campagne. « Face à ceux qui sont dans le droit de retrait, on a tous le devoir de s’engager » dit-il, alors que 17 parlementaires de la droite du parti ont signé une tribune exprimant leur refus de mener campagne. Luc Carvounas, qui ne veut « pas d’un parti à côté, comme pour Ségolène Royal en 2007 », met en garde : « Si on ne rassemble pas tous les socialistes, il y aura des trous de raquette durant la campagne ». Un autre député vallsiste pense que Benoît Hamon devra compter avec eux pour l’emporter : « Il va d’abord chercher les électeurs de Mélenchon. Après, il devra faire la même chose avec les électeurs de gauche tentés par Macron. Là, il aura besoin de nous ».

Macron, une « créature du système »

Benoît Hamon attaque à plusieurs reprises le candidat d’« En Marche ! », devant dans les sondages. « On les voit les jeunes guépards, les créatures du système, qu’une habile manipulation transforme soudainement en grand transformateur. Je n’y crois pas ». Il évoque Poutine et sa « testostérone », « qui sert de modèle à des hommes providentiels putatifs… » lance-t-il, sourire en coin.

Hamon : "On les voit les jeunes guépards"
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Le candidat répète qu’il n’entend pas changer de cap. Tout en envoyant quelques signes. Il rend hommage à François Hollande, qui a « sauvé des vies de Français » grâce à la lutte contre le terrorisme. Diplomatique, il ne rappelle pas son opposition à la loi travail. Mais « ce bilan a laissé aussi des personnes mécontentes » soutient-il. Et de prévenir : « Il ne peut pas être l’axe autour duquel nous faisons cette campagne ».

« La transition écologique, je l’engagerai radicalement »

On l’aura compris, Benoît Hamon reste pour l’essentiel sur sa ligne de la primaire. « La transition écologique, je l’engagerai radicalement » dit-il. Sortie du diesel d’ici 2025, lutte contre les perturbateurs endocriniens « qui entraînent l’explosion des maladies chroniques et des cancers en France », défense des « droits communs : droit à respirer un air de qualité, boire de l’eau de qualité » car « ceux qui sont les premières victimes d’un air insupportable » ou « d’une alimentation qui met en danger la santé, ce sont souvent les plus modestes ».

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Photo : Pierre Bonte-Joseph

Et bien sûr le revenu universel d’existence, « une fusée à trois étages ». Un RSA d’abord porté à 600 euros par mois, revenu universel pour les 18-25 ans en 2018 puis conférence citoyenne pour discuter des modalités de son élargissement. Benoît Hamon assume au passage qu’il existe un point d’interrogation sur les conséquences de sa mesure sur les salaires : « Va-t-il augmenter ou baisser les salaires ? C’est une vraie question ». Il assume ne pas « avoir réponse à tout ». Certains craignent un effet de baisse sur les bas salaires. Mais Benoît Hamon croit en sa mesure : « Il fût un temps où des doux rêveurs on fait, à partir du Conseil national de la résistance, la Sécurité sociale. Nous allons rêver si fort que cela sera possible ». Sur l’Europe, il rêve de négocier un nouveau traité – ce que n’a pas réussi François Hollande – avec un assemblée parlementaire de la zone euro, un traité européen de l’énergie et une Europe de la défense.

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Photo : Pierre Bonte-Joseph

« Il y a moins de différences entre Valls et les communistes aujourd’hui qu’entre le PS et le PCF avant la chute du mur de Berlin. Ça n’a pas empêché de travailler ensemble… »  

C’est avec cette ligne que Benoît Hamon espère rassembler. Celui qui a tendu la main à Jadot et Mélenchon le soir de sa victoire à la primaire veut attirer toute la gauche vers lui. Mais les choses semblent compliquées avec le candidat de la France insoumise, qui pose ses conditions : « Si Hamon a le courage de faire le ménage, tout sera possible ».

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Photo : François Vignal

Les communistes, qui pensent aussi à leurs parlementaires sortants, semblent en revanche moins intransigeants. L’équipe de campagne le sait bien. Mais peut-on rassembler sous le même toit les communistes et les vallsistes ? « Ça s’appelle la gauche » répond le directeur de campagne de Benoît Hamon, Mathieu Hanotin. « Il y a différentes réalités dans la gauche », « de la gauche sociale-libérale » aux « communistes et insoumis. Dans toutes ces composantes, on n’a pas d’ennemis ». Il ajoute : « Il y a moins de différences entre Valls et les communistes aujourd’hui qu’entre le PS et le PCF avant la chute du mur de Berlin. Ça n’a pas empêché de travailler ensemble… »  

A écouter le directeur de campagne de Benoît Hamon, pas sûr que ses propos répondent aux exigences de Jean-Luc Mélenchon. Mais plus que Mélenchon lui-même, qui restera candidat, c’est à ses électeurs que Benoît Hamon s’adresse. Surtout qu’avec une droite empêtrée dans l’affaire Penelope Fillon, l’espoir semble renaître à gauche. Benoît Hamon termine son discours en reprenant des mots d’Albert Camus : « Voyez, regardez l’été qui vient. Désirez l’été qui vient. Croyez-y de toutes vos forces. Et alors, et alors, nous serons invincibles ». Il parle « d’un vent en train de se lever ». C’est sûr, on est en pleine campagne. L’équipe a même pensé à tout : « Une vingtaine de paires de lunettes » ont été achetées. « Il en perd deux par jours ! » « Il faut qu'il reste lui-même » explique un proche du candidat. « Sa simplicité et son naturel ont joué en sa faveur dans la primaire. C'est quelqu'un qui paraît très abordable. Il ne faut pas le changer ». Hamon, the guy next door en somme.  Le candidat va vite repartir sur le terrain. Jeudi, il sera en déplacement à Guéret dans la Creuse et un nouveau QG sera présenté, dans le Xe, d’ici la fin de la semaine.

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Photo : François Vignal

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