Le PS veut éviter le « psychodrame » sur le cas Valls à deux semaines du premier tour

Le PS veut éviter le « psychodrame » sur le cas Valls à deux semaines du premier tour

Le bureau national du PS ne traitera pas le cas spécifique de Manuel Valls, qui ne votera pas Hamon au profit de Macron. Mais la question des investitures aux législatives pour les candidats qui soutiennent Macron sera bien posée.
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Attention, dossier sensible. Le bureau national du PS, ce jeudi soir, devait initialement se tenir lundi, avant d’être reporté. Il ne sera finalement pas question du cas Manuel Valls, qui a annoncé la semaine dernière son intention de voter Emmanuel Macron, contrairement à son engagement de la primaire. L’ancien premier ministre ne sera pas exclu aujourd’hui du PS. D’abord car on ne vire pas comme ça, au Parti socialiste. Cela nécessite une procédure. Ensuite parce que le candidat PS ne peut pas se permettre ce genre de crise à un peu plus de deux semaine du premier tour, alors que le ministre Michel Sapin – bonne nouvelle du jour pour Hamon – annonce son intention de voter pour le candidat.

« Est-ce que vous croyez un instant qu’en plein état d’urgence le bureau national va se réunir pour exclure Jean-Yves Le Drian ou Manuel Valls ? Que les Français et les Françaises, dans ce qui reste de la campagne, attendent du PS cela ? » demande à son arrivée le sénateur vallsiste Luc Carvounas, membre de l’équipe de campagne de Benoît Hamon. Il appelle plutôt « ceux qui ont pu se tromper, en allant regarder du coté de Monsieur Macron, à rentrer à la maison ». Regardez (images de Quentin Calmet et Saveria Rojek) :

Luc Carvounas : « Est-ce que vous croyez un instant qu’en plein état d’urgence le PS va se réunir pour exclure Jean-Yves Le Drian ou Manuel Valls ? »
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Cambadélis appelle à « l’unité » et la « loyauté » derrière Hamon

Avant même la réunion, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, attaché à garder un semblant de cohésion au parti, a rendu public un texte, signé par une centaine de responsables PS et révélée par Le Monde, où il appelle à « l’unité » et la « loyauté » derrière Benoît Hamon.

« Par la primaire citoyenne, ce sont plus de deux millions de nos concitoyens qui se sont prononcés pour désigner le candidat de la gauche et des écologistes, Benoît Hamon. Cette légitimité qui dépasse le Parti socialiste, nul ne peut la nier ni la renier. C'est une légitimité démocratique qui impose la loyauté » affirme cet appel, qui souligne que le PS est « au cœur de la gauche ». Manière pour Solférino de se montrer derrière Hamon, sans pour autant aller trop loin contre « Valls & co », comme les appelle un proche du candidat. La semaine dernière, le patron du PS avait bien expliqué qu’il ne voulait pas de « Saint-Barthélemy socialiste ».

« Valls et ses amis n’ont plus leur place au PS » (un proche de Hamon, la semaine dernière)

Ce matin, sur RMC, la porte-parole de Benoît Hamon, Aurélie Filippetti, semblait sur la même longueur d’onde : « On n’est pas là pour couper des têtes. (…) Je ne suis pas favorable, par principe, à des procédures d’exclusion des uns et des autres ».

La semaine dernière, après la déclaration de Valls, l’équipe de Benoît Hamon était pourtant beaucoup moins diplomate. Ils entendaient bien régler leur compte à l’ancien premier ministre. « Il y a un besoin de clarification. Il n’est plus possible d’appartenir au PS et en même temps de soutenir Macron » lâchait Guillaume Balas, responsable du projet… (voir notre article). Un autre responsable de la campagne, proche du candidat, était encore plus clair : « Valls et ses amis n’ont plus leur place au PS. Il faudra que toutes les conséquences soient tirées ».

« A deux semaines du premier tour, on ne va pas créer un feuilleton »

Une semaine après, changement de ton. Les propos de Manuel Valls, « ce n’est pas le sujet du BN », « les exclusions ne sont pas prononcées par le BN, mais par une commission des conflits » rappelle Alexis Bachelay, soutien de Benoît Hamon qui semble vouloir aussi calmer le jeu.

Dans sa lettre aux militants, Jean-Christophe Cambadélis avait déjà rappelé les règles : ceux qui ont rejoint En Marche ! « ne sont plus au PS » car « il n'y a pas de double appartenance ». « Ceux qui parrainent ne peuvent plus se réclamer » du PS. « Pour le reste », « chaque fédération est en droit de faire appel à la commission fédérale des conflits pour tout manquement à la discipline ». Autrement dit, Manuel Valls et ses amis ne peuvent pas être exclus facilement en raison d’un appel au vote Macron.

Les statuts du PS sont en réalité bien pratiques. Car Benoît Hamon, à la peine dans les sondages et devancé par Jean-Luc Mélenchon, ne peut pas se payer le luxe d’un règlement de comptes interne. « Il est hors de question de parler d’exclusion. On va être extrêmement responsable et prudent. Pas de psychodrame. Ce n’est pas le sujet de rouvrir des débats, des crises. Il y en a déjà eu suffisamment… A deux semaines du premier tour, on ne va pas créer un feuilleton » confirme un membre de l’équipe de campagne.

« Il y a une sanction politique à avoir. Est-ce qu’on maintient les investitures ? »

Mais certains hamonistes ne veulent cependant pas rester les bras croisés. S’ils ne veulent pas centrer les débats sur le cas Valls, les membres du BN débattront des investitures pour les législatives. « La question c’est la réaction du PS par rapport à la prise de position d’élus ou de candidats, notamment aux législatives, qui ont parrainé ou appelé à voter Macron. Il y a une sanction politique à avoir. Est-ce qu’on maintient les investitures ? » demande Alexis Bachelay. Or un certain Manuel Valls compte bien se présenter au mois de juin… Mais il n’est pas le seul. 22 députés PS et 18 sénateurs ont parrainé Macron et plusieurs vont se représenter.

Un soutien de Manuel Valls serait cependant « étonné » que des sanctions soient prononcées. Pour ce député, l’ancien premier ministre peut très bien garder l’investiture, « sinon, beaucoup vont la perdre. » C’est peut-être ce qu’attendent les soutiens de Benoît Hamon… Mais le même député vallsiste souligne « l’asymétrie avec les frondeurs », qui n’ont pas été exclus lors de leur opposition sur la loi travail, Benoît Hamon le premier. Et d’ajouter que « le parti ferait une erreur » de retirer les investitures. Au pire, Manuel Valls pourra toujours se présenter sous les couleurs de la « maison des progressistes » qu’il veut bâtir pour peser, en cas de victoire d’Emmanuel Macron.

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