Le recours aux ordonnances ne permet pas forcément de réformer plus vite
Un rapport du Sénat sur l’application des lois de la session parlementaire 2016-2017 tempère l’argument selon lequel le recours ordonnances serait plus rapide qu’un processus législatif classique.

Le recours aux ordonnances ne permet pas forcément de réformer plus vite

Un rapport du Sénat sur l’application des lois de la session parlementaire 2016-2017 tempère l’argument selon lequel le recours ordonnances serait plus rapide qu’un processus législatif classique.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La dernière session parlementaire (octobre 2016 à septembre 2017) a été marquée par un grand nombre d’ordonnances : 81 ont été publiées au cours de cette période. Souvent justifiées par la nécessité d’aller vite, les ordonnances ne seraient pas forcément synonymes de gain de temps pour rendre une disposition législative effective. Selon un rapport sur l’application des lois durant la session 2016-2017 publié par le Sénat, « l’argument de la célérité de l’ordonnance » est « à relativiser ».

Entre le moment où la demande d’habilitation à légiférer par ordonnances est présentée en Conseil des ministres et la prise de l’ordonnance, il s’écoule en moyenne 572 jours, selon le Sénat. Quatre d’entre elles ont même nécessité un délai de plus de 1000 jours.

Quant au délai moyen de vote d’une loi, il a atteint 196 jours durant cette session parlementaire, tout en sachant que 70% des textes sont passés par une procédure accélérée (une lecture seulement dans chaque chambre), qui tend à s’imposer ces derniers temps. En y ajoutant les six mois que se fixe le gouvernement pour rendre les textes applicables, le délai total s’élève à 359 jours : un délai toujours inférieur à la procédure suivie par l’ordonnance.

Le « délai remarquable » des ordonnances de l’été 2017

En revanche, le Sénat souligne la rapidité avec laquelle les cinq ordonnances du 22 septembre 2017 (réformant le Code du travail) sont entrées en application. Alain Milon, le président (LR) de la commission des Affaires sociales rappelle que ces dernières ont été prises « dans un délai remarquable de 56 jours et ratifiées très rapidement par une loi du 29 mars 2018 ». Partant de leur présentation en Conseil des ministres le 28 juin 2017, le processus de ces ordonnances réformant le dialogue social a finalement duré 274 jours.

Faisant le constat que plusieurs habilitations n’ont finalement pas été utilisées, les sénateurs s’interrogent également sur les délais de ratification mis en œuvre par le gouvernement. Ils citent notamment l’exemple de l’ordonnance du 8 décembre 2017 « relative à l'utilisation d'un dispositif d'enregistrement électronique partagé pour la représentation et la transmission de titres financiers » (la fameuse blockchain). Le projet de loi la ratifiant a été enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 30 mai 2018.

Au-delà des simples questions de calendrier, les parlementaires dénoncent leur rôle limité en cas de recours aux ordonnances. Ces derniers ne peuvent en effet pas étendre le champ de l’habilitation, par exemple.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bruno Retailleau Presents AI Proposal for Presidential Campaign
9min

Politique

Présidentielle 2027 : « Bruno Retailleau propose une révolution copernicienne » dans laquelle « la Constitution ne serait plus le bouclier » qui protège les institutions, relèvent les juristes

Dans les colonnes du Figaro, le candidat LR à la présidentielle Bruno Retailleau fait de la révision de la Constitution une condition sine qua non pour « rendre la parole » au peuple français, en élargissant le champ du référendum « à toute question législative ». des juristes relèvent une volonté de la part du candidat d’encadrer les thèmes des référendums qu’il compte développer, mais également « un projet qui vise à dégrader l’impératif de protection des droits fondamentaux et des principes républicains ».

Le

Attal porte parole
9min

Politique

« Ce n’est pas la saison 3 du macronisme, ni un retour à l’UMP » : Gabriel Attal joue la carte des « nouveaux visages » pour marquer sa différence avec Edouard Philippe

Avec un mélange de « nouveaux visages » et de fidèles pour former son équipe, Gabriel Attal entend enclencher une « nouvelle phase » de sa campagne présidentielle. Il continue de marquer sa différence avec Edouard Philippe et compte créer la dynamique cet automne. « Les Français ne supporteraient pas d’élire un Président par défaut », soutient le candidat Renaissance.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut « renverser la table » avec une profonde réforme constitutionnelle

S’il est élu président de la République en 2027, Bruno Retailleau veut faire de la réforme constitutionnelle sa première grande réforme. Le président des Républicains entend engager, dès le début de son mandat, une refonte des institutions destinée à renforcer le pouvoir des citoyens, réaffirmer la primauté du droit français et donner davantage de marges de manœuvre au Parlement, notamment sur l’immigration et la sécurité.

Le