Le Régime social des indépendants, cible des candidats à l’Elysée
"Trop complexe", "inadapté", "erreurs de cotisations": le Régime social des indépendants (RSI), auquel sont affiliés artisans,...

Le Régime social des indépendants, cible des candidats à l’Elysée

"Trop complexe", "inadapté", "erreurs de cotisations": le Régime social des indépendants (RSI), auquel sont affiliés artisans,...
Public Sénat

Par Estelle EMONET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"Trop complexe", "inadapté", "erreurs de cotisations": le Régime social des indépendants (RSI), auquel sont affiliés artisans, commerçants et indépendants, est la cible de critiques récurrentes pour ses dysfonctionnements. Les candidats à la présidentielle en ont pris acte, tous promettent de le réformer voire le supprimer.

"Il y a trop de paperasse, il faudrait que ce soit plus simple", peste Matthieu Lecuyer, affilié depuis peu.

Comme ce jeune créateur d'entreprise, les artisans, commerçants et indépendants croisés dans les allées du salon des entrepreneurs à Paris, sont nombreux à exprimer leur mécontentement vis-à-vis du régime qui couvre depuis 2006 la retraite, l'assurance maladie, l'invalidité/décès et la famille de quelque 6,6 millions d'assurés.

Les dysfonctionnements (perte de dossiers, calculs de cotisations erronés) apparus après la réforme de 2008 et la création d'un "interlocuteur social unique" avaient valu au régime d'être qualifié en 2012 de "catastrophe industrielle" par la Cour des comptes.

"C'est derrière nous", s'est récemment défendu le directeur général du RSI, Stéphane Seiller, appelant à "laisser le travail d'amélioration" se poursuivre après les attaques généralisées des prétendants à l'Elysée.

Mais le passé a laissé des traces. Et face aux propositions des différents candidats qui prônent sa suppression (Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon) ou une réforme en profondeur (François Fillon, Marine Le Pen), les intéressés ne se font guère d'illusions.

"J'attends de voir sur le terrain ce qu'ils feront", dit prudemment Cécile Barry, coach en entreprise, plaidant pour que les indépendants qui "participent à l'économie du pays" bénéficient d'indemnités chômage comme les salariés.

"On a le droit de tester une idée, de se tromper et de revenir en arrière", défend la quadragénaire qui garde un souvenir amer de cette veille de Noël où le RSI lui a prélevé sur son compte 6.000 euros "par erreur".

Malgré une "amélioration" du régime, il y a encore de "nombreux dysfonctionnements", constate la femme d'affaires en s'appuyant sur les témoignages de ses clients entrepreneurs.

Au coeur des reproches, le calcul des cotisations, indexées sur un chiffre d'affaires qui souvent fluctue, soulignent les affiliés.

- 'Se mettre à la place des entrepreneurs' -

Les cotisations sociales sont entièrement assumées par l'indépendant (à hauteur de 47% du bénéfice net), contrairement à un salarié dont une partie est prise en charge par l'entreprise. Et elles sont calculées sur la base des revenus de l'année précédente.

Problème, "si on a bien gagné sa vie avant, mais que sa situation se dégrade, ça devient vite compliqué d'avoir la trésorerie suffisante pour payer", témoigne Catherine Meunier, architecte à Grenoble.

Face à la baisse des commandes, après plus de 15 ans à son compte, la quinquagénaire a décidé en septembre 2015 de jeter l'éponge, "craignant de ne plus pouvoir payer ses charges".

"On anticipe tellement que l'on passe son temps à sortir de l'argent et on n'ose pas demander des aménagements de peur d'être redressé", poursuit celle à qui le RSI a finalement remboursé 1.600 euros de trop perçu. "Une somme dont (elle) aurait bien eu besoin à l'époque", souligne-t-elle.

L'architecte, qui a repris une activité salariée, ne croit pas à la promesse de presque tous les candidats à la présidentielle de supprimer le RSI: "ils ont une approche technocratique, mais sont déconnectés de la réalité", estime-t-elle.

Importateur de spiritueux chiliens, Francisco Cortes Silva, 28 ans, avoue pour sa part que la protection sociale n'est "clairement pas sa priorité" pour le moment, mais tente tant bien que mal de régler son différend avec le régime.

"Je dois payer 10.000 euros de cotisations, alors que je n'ai même pas 3.000 euros de bénéfices. Mon activité n'est pas régulière et mes revenus fluctuent!", s'indigne-t-il.

"Et d'ailleurs, même si mon chiffre d'affaires est nul, je dois payer des cotisations minimum. Si je ne le fais pas dans les délais, j'ai des pénalités", poursuit-il désabusé.

Du prochain président de la République, le jeune homme attend qu'il se "mette à la place des entrepreneurs", mais ne se fait lui non plus guère d'illusions. "Le programme de Macron est beaucoup trop flou et la droite clairement ne va pas supprimer le RSI qu'elle a elle même mis en place" en 2006, analyse-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Régime social des indépendants, cible des candidats à l’Elysée
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Le Régime social des indépendants, cible des candidats à l’Elysée
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le