Le RN face au défi du rassemblement, en France comme en Europe
Rassembler en France et en Europe: les objectifs annoncés par le RN après sa victoire dimanche aux européennes face à La...

Le RN face au défi du rassemblement, en France comme en Europe

Rassembler en France et en Europe: les objectifs annoncés par le RN après sa victoire dimanche aux européennes face à La...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Rassembler en France et en Europe: les objectifs annoncés par le RN après sa victoire dimanche aux européennes face à La République en Marche se heurtent aux appareils partisans pour les municipales et aux divergences d'avec ses alliés au Parlement européen.

"Un grand mouvement pour l'alternance est né ce soir", a déclaré dimanche Marine Le Pen, dont la liste a devancé de 0,9 point celle de la majorité, en invitant "tous les patriotes d'où qu'ils viennent" à rejoindre son parti, comme l'ont fait deux anciens LR, Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, élus sur sa liste, et d'un ancien élu LFI qui avait appelé à voter RN.

Les élections municipales en 2020, puis départementales et régionales en 2021 sont "autant de marches à franchir sur la voie du redressement national", a insisté la finaliste de la présidentielle 2017.

La déroute du parti Les Républicains, qui a réalisé son score le plus bas de la Ve République (8,5%), a ouvert l'appétit chez les RN en vue des municipales.

"Nous tendons la main à ces orphelins de Républicains qui se trouvent bien seuls aujourd'hui (…) et à tous ceux qui souhaitent tourner la page du macronisme", a déclaré dimanche le sénateur Stéphane Ravier, candidat à Marseille.

Le RN apparaît aussi en position de force pour négocier localement avec son ancien allié de la présidentielle Debout la France, qui n'a réuni que 3,5% des voix.

Pour autant "il n'y aura pas d'alliances avec les partis" eux-mêmes, concède un cadre du RN, en rappelant que LR prévoit d'exclure tout militant qui s'allierait avec le RN.

L'ancien député UMP de Gironde Jean-Paul Garraud, élu à Strasbourg, s'est offusqué lundi de cette "ligne rouge tracée par d'anciens hiérarques" de LR. "Pourquoi on n'est pas fréquentable ? Pourquoi on ne peut pas faire d'alliances électorales à un moment donné dans l'intérêt de la France?", s'est demandé le nouvel eurodéputé sur SudRadio.

Le RN compte présenter un candidat dans toutes les villes de plus de 20.000 habitants, et mise sur la réélection de sa dizaine de maires sortants, dans des communes où le RN est arrivé largement en tête dimanche.

- "Acteur isolé" en Europe -

Le parti entend aussi ravir la ville de Perpignan, où le député et compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, est à nouveau candidat. Il s'est mis pour cela en retrait des instances du parti et ne se présente pas sous l'étiquette RN pour faciliter "le dialogue" et le "rassemblement".

Le RN "est pourtant un acteur isolé en France où il n'a pas de perspective d'alliances pour l'instant et peine à réunir une majorité", analyse Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS et auteur "De Le Pen à Trump : le défi populiste" (à paraître le 30 mai, université de Bruxelles).

Malgré son succès au premier tour de la présidentielle en 2017 (21,3% des voix), "peu de partis", sauf DLF, "se sont dits prêts à s'allier à Marine Le Pen", rappelle-t-il.

Le RN apparaît aussi isolé au Parlement européen, où il rêve de piloter un "super groupe" avec la Ligue italienne de son allié Matteo Salvini, qui pourrait réunir 72 eurodéputés, si le ralliement de l'AfD allemande, des Vrais Finlandais et du parti du peuple danois se confirment.

M. Aliot a affirmé lundi sur RTL que son parti était à ce sujet "en négociation, y compris avec (Nigel) Farage", grand vainqueur pro-Brexit au Royaume-uni et historiquement réticent à s'allier avec le RN.

"Pour beaucoup d'alliés potentiels, le RN est encore le prolongement du FN de Jean-Marie Le Pen", explique M. Ivaldi.

En outre, la proximité du RN avec la Russie "est un vrai clivage" avec les anciens pays communistes comme la Pologne, où le parti national-conservateur PiS exclut de collaborer avec le RN mais s'est dit "prêt à parler" avec la Ligue.

Si bien que le chercheur n'exclut pas que M. Salvini "regarde d'autres alliés potentiels" que le RN, "qui sont eux au pouvoir, afin de peser au Conseil européen".

Partager cet article

Dans la même thématique

Le RN face au défi du rassemblement, en France comme en Europe
6min

Politique

Justice criminelle : le Sénat adopte le texte qui instaure une nouvelle procédure de plaider-coupable 

Mardi soir, le Sénat a adopté le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte est l’objet depuis plusieurs jours de l’opposition des avocats contre l’instauration de l’extension de la reconnaissance préalable de culpabilité à certains crimes. Sorte de plaider-coupable à la française qui, selon le garde des Sceaux, permettrait de désengorger en partie les juridictions. Les arguments n’ont pas convaincu les groupes de gauche qui ont voté massivement contre.

Le

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Le RN face au défi du rassemblement, en France comme en Europe
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

Le RN face au défi du rassemblement, en France comme en Europe
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le