Le Sénat a réussi son OPA sur les questions au gouvernement le mercredi
Les sénateurs, dont une majorité appartient à l'opposition de droite, se frottent les mains: ils estiment avoir damé le pion aux députés depuis...

Le Sénat a réussi son OPA sur les questions au gouvernement le mercredi

Les sénateurs, dont une majorité appartient à l'opposition de droite, se frottent les mains: ils estiment avoir damé le pion aux députés depuis...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL, Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les sénateurs, dont une majorité appartient à l'opposition de droite, se frottent les mains: ils estiment avoir damé le pion aux députés depuis que la rituelle séance des questions au gouvernement du mercredi leur revient en ce jour stratégique.

A l'issue du Conseil des ministres, les membres du gouvernement prennent, depuis début octobre, non plus le chemin de l'Assemblée dominée par LREM, mais celui du Palais du Luxembourg, où ils slaloment sur la moquette rouge entre groupes des visiteurs et caméras, avant de s'installer en salle des séances, pour le coup d'envoi de 15H00.

"Le mercredi nous met au centre de l'actualité", se félicite, "buzz et tweets" à l'appui, le président Gérard Larcher (LR), pas mécontent après des années de "QAG" sénatoriales ravalées au second plan, alternativement le mardi ou le jeudi.

Pour la chambre haute, qui veut marquer son territoire face à une Assemblée prédominante, "le timing est beaucoup plus intéressant", opine Claude Malhuret, président du groupe Les Indépendants.

Le mercredi "permet d'être à chaud, réactif par rapport à l'actualité" et aux annonces du Conseil des ministres dont le gouvernement fait le service après-vente, renchérit François Patriat, patron des sénateurs LREM.

Petit "bémol" toutefois: "15 questions de suite, c'est un peu beaucoup", estime Claude Malhuret. La séance dure environ une heure un quart. François Patriat préférerait une seule question par groupe politique, avec "une réponse de fond".

Les députés ont appris, eux, à se contenter d'une seule séance de "QAG", de deux heures, le mardi, alors qu'il y avait depuis 1995 deux séquences d'une heure, les mardis et mercredis.

"La mobilisation de deux après-midis pos(ait) des difficultés pratiques" pour le travail des députés et du gouvernement, avait motivé son président Richard Ferrand (LREM).

Il voulait aussi rendre "plus vivantes" et moins "théâtrales" ces "QAG" instaurées en 1974 dans le cadre du rôle de "contrôle" du gouvernement par le Parlement, à côté du vote de la loi.

Une caméra de la chaîne Public Sénat au Palais du Luxembourg, le 8 novembre 2016 à Paris
Un caméra de la chaîne Public Sénat au Palais du Luxembourg, le 8 novembre 2016 à Paris
AFP/Archives

Souvent chahutées, ces séances, retransmises sur LCP, sont régulièrement épinglées pour donner une image défavorable de la représentation nationale.

Le nombre de questions accordées aux oppositions a augmenté depuis octobre. Comme c'était déjà le cas au Sénat, un "droit de réplique" du député et de "contre-réplique" du gouvernement a été introduit et entre doucement dans les moeurs.

- "Chambre du sous-sol" -

Mais les députés, jusque dans la majorité, trouvent eux-mêmes que ces deux heures sont "longues, voire trop longues". "Les jambes dans le menton, des collègues décrochent, et des ministres bâillent ou sortent", relève un élu d'opposition.

"C'est un affaiblissement du Parlement au profit du gouvernement. A 16H00 c'est fini, la deuxième heure a zéro impact", fulmine un responsable de groupe.

Le Premier ministre Edouard Philippe et Marc Fesneau, ministre des Relations avec le parlement, à l'Assemblée nationale le 14 janvier 2020
Le Premier ministre Edouard Philippe et Marc Fesneau, ministre des Relations avec le parlement, à l'Assemblée nationale le 14 janvier 2020
AFP/Archives

Ce qui compte, estime le ministre des Relations avec le Parlement Marc Fesneau sur LCP, c'est d'"avoir la capacité d'un vrai débat démocratique et qui puisse intéresser les concitoyens à la chose publique".

Cette nouvelle mouture des QAG a aussi des effets collatéraux: des députés quittent l'Assemblée pour leur circonscription dès le mercredi matin.

"L'Assemblée revêt une cape d'invisibilité médiatique le mercredi, on est devenus quasi inexistants: nous sommes la chambre du sous-sol", déplore le député Philippe Gosselin (LR).

Richard Ferrand, qui préfère que l'Assemblée donne le "la" le mardi, vient de faire un bilan d'étape avec les présidents des groupes, dont il ressort que les audiences télé n'ont pas diminué, même si elles fléchissent à la fin des deux heures d'exercice.

Pas de changement dans l'immédiat: personne ne veut renoncer à une part de ses questions au gouvernement. Le titulaire du perchoir a cependant demandé davantage d'"assiduité" des députés sur les deux heures, selon un participant.

Quid d'un éventuel retour en arrière ? Le Sénat, qui doit lui aussi faire une "évaluation" en lien avec Public Sénat, "ne va pas se laisser marcher sur les pieds, c'est sûr", lâche un député désabusé.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le

Photo illustration d un titre de voyage pour refugie
6min

Politique

Droit d’asile : un rapport sénatorial alerte sur son coût et son utilisation détournée en « voie d’immigration comme les autres »

Dans un rapport présenté le 9 juillet, la sénatrice LR Marie-Carole Ciuntu chiffre à près de 2 milliards le coût annuel de la politique française de droit d’asile. Dénonçant un dispositif « dévoyé », détourné pour s’installer durablement sur le territoire, elle appelle à mieux suivre les déboutés de l’asile et à réduire de plus de moitié la durée de validité des titres des réfugiés.

Le