Le Sénat demande au gouvernement de s’armer dans la « guerre froide de l’information »
Face à l’influence de médias venus de Russie ou de Chine, les sénateurs ont appelé les ministres de la Culture et des Affaires étrangères à redonner rapidement des marges de manœuvre budgétaire à France 24 et RFI.

Le Sénat demande au gouvernement de s’armer dans la « guerre froide de l’information »

Face à l’influence de médias venus de Russie ou de Chine, les sénateurs ont appelé les ministres de la Culture et des Affaires étrangères à redonner rapidement des marges de manœuvre budgétaire à France 24 et RFI.
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Voilà plusieurs années au Sénat que la commission de la Culture et celle des Affaires étrangères alertent sur la situation de France Média Monde, structure qui regroupe France 24, RFI et la part de la France dans TV5 Monde. Lors de l’examen du projet de loi de finances, au chapitre de l’audiovisuel, une quasi-unanimité de sénateurs – des Républicains aux communistes, en passant par les centristes et les socialistes – a demandé au gouvernement de redonner de l’air à l’audiovisuel public extérieur, et d’en finir avec les discours contradictoires sur le développement de la francophonie dans le monde.

« Nous sommes en colère. Nous sommes découragés car nous avons l’impression que plus personne au sommet de l’État ne semble porte cette ambition, autrement que par de belles paroles. Ce qui ne coûte rien, mais c’est en train de saper progressivement les capacités de nos opérateurs et la confiance », a alerté la sénatrice (LR) des Français de l’étranger, Joëlle Garriaud-Maylam.

TV5 Monde : « La France est le seul pays à avoir réduit sa contribution »

À l’heure où la désinformation et les luttes d’influence s’intensifient sur le globe, la présidente de la commission de la Culture, Catherine Morin-Desailly (UDI) a souligné que la mission de France Média Monde était « plus que nécessaire », car elle était un « outil dans cette nouvelle guerre froide de l’information ». Plusieurs parlementaires se sont inquiétés du développement des audiovisuels russes (Russia Today) ou chinois (China Global Television Network). Sans compter la concurrence des Américains ou des Britanniques, implantés depuis plus longtemps. « France Média Monde est essentielle pour la francophonie, dans des parties du monde où la place et l’influence de la France sont en baisse », a relevé Roger Karoutchi. C’est notamment le cas dans les îles britanniques, et surtout au Brésil, où TV5 Monde (chaîne gérée également avec la Belgique, la Suisse et le Québec) va arrêter sa diffusion. « Son allocation stagne. La France est le seul pays à avoir réduit sa contribution depuis sa création », s’est indignée la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam.

Le sénateur LR des Hauts-de-Seine a, symboliquement, présenté un amendement pour relever de 10 millions d’euros le budget de l’audiovisuel extérieur. « C’est ce qu’aurait en plus France Médias Monde si le contrat d’objectifs et de moyens avait été respecté », a-t-il expliqué. Cette année, le budget total de l’établissement s’élevait à 267 millions d’euros, à titre de comparaison.

Les espoirs de Roger Karoutchi sur un éventuel geste du Quai d’Orsay

Il a finalement retiré son amendement, par réalisme. « Connaissant bien la structure parlementaire, je sais parfaitement que vous retirerez cet amendement à l’Assemblée nationale », a-t-il déclaré au ministre de la Culture, Franck Riester. L’an dernier, ce fut effectivement le cas : son amendement rehaussant de 2 millions d’euros ces crédits était passé à la trappe dans la suite de la navette parlementaire.

Le retrait a surtout été motivé par l’espoir d’être entendu du côté du Quai d’Orsay. Relatant une discussion récente avec le ministre des Affaires étrangères, Roger Karoutchi a indiqué que Jean-Yves Le Drian pourrait être prêt à rediriger une fraction des moyens de l’Agence française de développement (AFD) vers France Médias Monde. « Il semblait dire que l’on pouvait peut-être trouver des moyens supplémentaires ».

Appelé par le Sénat à trouver une solution, Franck Riester n’a rien pu garantir. « Je ne peux m’engager aujourd’hui sur le budget de l’AFD », a-t-il admis, cette agence ne relevant pas de son portefeuille. Le ministre a également répondu aux critiques exprimées par le Sénat, en précisant que l’effort budgétaire demandé à l’audiovisuel public extérieur était « proportionnellement moins important » que pour l’audiovisuel dans son ensemble. « Nous sommes conscients que France Médias Monde fait un travail remarquable avec des moyens limités », a-t-il salué.

Charge de David Assouline contre la baisse de la redevance

À gauche, le sénateur PS David Assouline a reproché à Roger Karoutchi de pas s’être opposé à la baisse d’un euro de la redevance audiovisuelle. Un geste qui aurait permis de retrouver 25 millions d’euros supplémentaires. « Ce n’est pas très cohérent », a-t-il déploré. Ce gain de pouvoir d’achat pour les ménages, qualifié de « petite goutte d’eau » mais aux conséquences fâcheuses pour l’audiovisuel en pleine cure d’austérité, a été dénoncé par plusieurs groupes de gauche ou du centre, comme l'Union centriste ou le groupe RDSE.

Alors que la réforme de l’audiovisuel public a été présentée ce midi en Conseil des ministres, plusieurs sénateurs se sont inquiétés des signaux budgétaires contradictoires dans ce budget 2020. La majorité de droite et du centre a voté en faveur des crédits, malgré de sérieuses réserves, accusant le gouvernement de « prendre le problème à l’envers », en définissant les moyens avant les objectifs. « Nous avons fait le choix difficile de ne pas s’y opposer », a résumé une sénatrice.

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