Le Sénat renonce à limiter à 3 ans la durée d’exercice pour les médecins remplaçants
Les sénateurs ont suivi l’avis du gouvernement, en retirant un article ajouté en commission. Il plafonnait la durée totale de remplacements que pouvait effectuer un docteur en médecine à trois ans, pour ne pas retarder les installations pérennes. De nouvelles exonérations de cotisations ont été créées dans le même temps pour les nouveaux médecins qui s’installent.

Le Sénat renonce à limiter à 3 ans la durée d’exercice pour les médecins remplaçants

Les sénateurs ont suivi l’avis du gouvernement, en retirant un article ajouté en commission. Il plafonnait la durée totale de remplacements que pouvait effectuer un docteur en médecine à trois ans, pour ne pas retarder les installations pérennes. De nouvelles exonérations de cotisations ont été créées dans le même temps pour les nouveaux médecins qui s’installent.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La mesure, introduite en commissions des Affaires sociales du Sénat par le rapporteur sur le projet de loi réorganisant le système de santé Alain Milon (LR), avait scandalisé les syndicats de jeunes médecins. Le nouvel article ajouté à la réforme du gouvernement prévoyait de limiter à trois années la durée totale des remplacements que pouvait effectuer un médecin dans sa carrière. « Si le recours à la qualité de remplaçant peut être utile, de manière ponctuelle, dans le cadre d'un parcours professionnel ou pour un territoire spécifique, ce mode d'exercice dérogatoire ne doit pas devenir la règle à la sortie des études de médecine », avait expliqué le sénateur.

Crainte sur le vivier de médecins remplaçants et sur l’attractivité de la médecine libérale, pour les uns

Cet article (4 ter) a finalement été effacé en séance dans la nuit de mardi à mercredi. Les sénateurs ont adopté l’amendement déposé par le gouvernement qui réclamait sa suppression. « Le recours à des remplaçants est essentiel pour assurer la continuité des soins. Une diminution du vivier risquerait de laisser des territoires sans médecins pendant plusieurs semaines chaque année, avec des périodes critiques comme en été », a mis en garde la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Elle a ajouté que la mesure aurait également dégradé l’attractivité de la médecine libérale. Selon elle, le choix d’être remplaçant en début de carrière permet de préparer son installation, car « 81 % des installés ont été remplaçants exclusifs avant de s'installer ».

Retard à l’installation et diminution du temps médical, pour les autres

Mais « la moyenne d'âge de l'installation [des médecins] est de 39 à 40 ans », a précisé René-Paul Savary (LR), qui y a vu une conséquence directe du statut « intéressant » de médecin remplaçant. « Ce n'est pas normal ! » Selon le rapporteur, la limitation à 3 ans permettrait de sédentariser « un millier » de médecins.

Des sénateurs de toutes tendances se sont rangés derrière l’amendement de suppression du gouvernement. À l’image d’Élisabeth Doineau, sénatrice du groupe Union centriste. « De nombreux praticiens choisissent de remplacer parce qu'ils ont des propositions de remplacement. Si vous limitez le remplacement à trois ans, comment répondre à ces besoins ? Actuellement, la moyenne de remplacement est de sept à dix ans. » La communiste Céline Brulin a, elle, soulevé une forme de contradiction dans l’idée du rapporteur. « Certains collègues défendent la liberté d'installation, et là ils n'en veulent plus... »

Une chose est certaine, les médecins remplaçants constituent une proportion limitée de l’ensemble de la profession. Selon le ministère, « moins de 4 % des médecins inscrits au tableau de l'Ordre au 1er janvier 2018 exercent une activité dite intermittente ».

Une nouvelle incitation sociale pour les installations de médecins votée en séance

En séance, les sénateurs ont, en revanche, confirmé l’article 4 bis, lui aussi introduit en commission (lire notre article). Dans l’esprit du rapporteur, cet avantage allait de pair avec la limitation à 3 ans d’un exercice en tant que remplaçant. Le nouvel article ouvre le droit à une exonération de cotisations sociales sur les revenus des jeunes médecins qui s’installent dans les trois ans suivant l’obtention de leur diplôme. L’avantage est conditionné une activité continue de cinq années, afin « d’inciter les jeunes praticiens à s'ancrer dans un territoire et auprès d'une patientèle ». Un amendement, déposé par le sénateur (centriste) Jean-François Longeot, a précisé que cette exonération de cotisations ne serait « pas applicable aux installations dans les zones dans lesquelles est constaté un fort excédent en matière d'offre de soins ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le