Le Sénat veut diviser par deux la surtaxe sur les grandes entreprises
Alors que l’Assemblée nationale a approuvé la création de la surtaxe exceptionnelle sur l’impôt sur les sociétés des grandes entreprises, pour un montant total de plus de 5 milliards d’euros, le rapporteur général du Budget au Sénat propose d’alléger de moitié cette contribution.

Le Sénat veut diviser par deux la surtaxe sur les grandes entreprises

Alors que l’Assemblée nationale a approuvé la création de la surtaxe exceptionnelle sur l’impôt sur les sociétés des grandes entreprises, pour un montant total de plus de 5 milliards d’euros, le rapporteur général du Budget au Sénat propose d’alléger de moitié cette contribution.
Public Sénat

Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Sandra Cerqueira)

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La commission des Finances du Sénat veut revoir la copie du gouvernement sur le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2017. La principale mesure de ce texte, adopté lundi par l’Assemblée nationale, prévoit d’instaurer, pour un an, une surtaxe exceptionnelle sur l’impôt sur les sociétés des 318 plus grandes entreprises, celles qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins un milliard d’euros.

Le gain attendu de contribution est de 5,4 milliards d’euros : la moitié des 10 milliards d’euros que l’État doit à 5.000 entreprises, après l’annulation par le Conseil constitutionnel de la taxe à 3% sur les dividendes, instaurée en 2012. Cette recette de dernière minute pour combler le trou permettrait au déficit de l’État de rester dans les critères de Maastricht, sous la barre fatidique des 3%.

Concrètement, l’État demande, pour un an, aux entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à un milliard d’euros une contribution exceptionnelle équivalente à 15% de leur impôt sur les sociétés. Pour les entreprises avec un chiffre d’affaires de trois milliards d’euros, elle s’élèverait à 30% de leur impôt.

De « meilleures recettes » avec le retour de la croissance

 Avec l’amélioration de la conjoncture (l’Insee a relevé fin octobre de 0,1 point ses estimations de croissance pour le dernier trimestre 2016 et le deuxième trimestre 2017), la commission des Finances du Sénat, où la droite est majoritaire, estime qu’il n’est pas nécessaire d’imposer un tel niveau de prélèvement supplémentaire aux grandes entreprises.

« Plutôt que de leur demander cinq milliards, nous considérons que la révision de la croissance et les meilleures recettes prévues permettraient de ne demander que 2,5 milliards aux entreprises », déclare à Public Sénat Albéric de Montgolfier (LR), le rapporteur général du Budget au Sénat. Selon lui, la commission des Finances a déposé un amendement pour diviser par deux la contribution demandée aux entreprises. « On aurait pu aussi espérer qu’il y ait un peu plus d’économies du côté de l’État pour compenser cette perte », ajoute-t-il.

Le rapporteur du budget au Sénat veut diviser par deux la surtaxe sur les grandes entreprises
00:27
Images : Sandra Cerqueira

Sénateur socialiste, Claude Raynal se montre lui défavorable à cet amendement et rappelle que le gouvernement a déjà la main moins lourde. « Je rappelle qu’il s’agit de financer par une taxe ce qui était déjà payé par des entreprises à un niveau de 10 milliards. Ceci est ramené à un niveau de 5 milliards : c'est-à-dire qu’il n’y a plus qu’un effort qui est moindre que celui demandé initialement en 2012 », met-il en parallèle. Pour l’élu de la Haute-Garonne, les fruits de la croissance doivent financer en priorité les « nouvelles politiques » ou financer le désendettement de l’État :

Claude Raynal (PS) « défavorable » à une baisse de la contribution exceptionnelle des grandes entreprises
00:51
Images : Sandra Cerqueira

Les entreprises ne payant pas de dividendes s’estiment lésées

L’explication n’est pas seulement conjoncturelle. Albéric de Montgolfier pense aux « perdants » de cette nouvelle surtaxe. « Il y a un certain nombre d’entreprises qui n’étaient pas bénéficiaires des remboursements, qui ne vont rien recevoir, qui n’étaient pas concernées par l’ancienne taxe [sur les dividendes], et qui vont de fait avoir une augmentation d’impôt », s’inquiète-t-il.

« Les entreprises qui vont être amenées à payer ne sont pas celles qui ont bénéficié de ces remboursements » (Albéric de Montgolfier)
00:29
Images : Sandra Cerqueira

Devant les députés lundi, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a d’ailleurs expliqué que la contribution exceptionnelle créerait  « 223 perdants pour un montant moyen de 13 millions d’euros » et « 95 gagnants pour un montant moyen de 40 millions d’euros ».

Dans une tribune publiée dans Les Échos, trois grands groupes mutualistes se sont émus d’une surtaxe qu’ils jugent « injuste ». Les trois établissements, le Crédit Agricole, Banque Populaire-Caisse d’Épargne, et le Crédit Mutuel, qui ne « distribuent pas de dividendes », insistent-ils, bénéficieront d’une « fraction marginale » du remboursement de la taxe sur les dividendes, quand ils s’acquitteront à eux trois de « 20% du produit attendu » de la nouvelle contribution exceptionnelle.

 « C'est un transfert injustifié, au bénéfice des groupes qui préfèrent investir à l'étranger et au détriment des entreprises qui opèrent en France, y investissent », écrivent leurs présidents.

Plus généralement, le rapporteur général critique les signaux « contradictoires » du prochain budget. « C’est un peu contradictoire au moment où le projet de loi de finances présente une baisse d’impôt sur les sociétés. On baisse l’impôt sur les sociétés et par ailleurs on met une surtaxe, c’est difficilement compréhensible », constate Albéric de Montgolfier.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la réaction de Sébastien Lecornu après les fuites sur le budget peine à convaincre au Sénat
7min

Politique

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la contre-attaque de Sébastien Lecornu, après les fuites sur le budget, interpelle au Sénat

La saisine de la procureure de Paris, après la divulgation dans la presse de pistes de travail, non arbitrées, sur la taxation de l’épargne salariale, a surpris au sein de la commission des finances du Sénat. Plusieurs sénateurs n’adhérent pas à la version de fuites qui auraient échappé au contrôle du gouvernement.

Le

Rentrée scolaire Collège Parc Imperial à Nice
7min

Politique

Résultat du classement PISA : « Les ministres passent et le système demeure », martèle Max Brisson

La France atteint son plus bas niveau jamais enregistré dans les trois domaines évalués par PISA. Publiés ce mardi 8 septembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les résultats de l’enquête interviennent quelques jours après la rentrée scolaire et à quelques mois de l’élection présidentielle. Ils relancent le débat sur l’état de l’école française et, inévitablement, sur le bilan des années Macron.

Le

France VE Day
5min

Politique

« Décision absurde, inique et inacceptable » : le maire de Paris annonce le lancement de deux enquêtes après l’éviction polémique du personnel féminin de la Tour Eiffel

Emmanuel Grégoire a annoncé lors d'un point presse la mise en œuvre de deux enquêtes après l'éviction des salariées de la tour Eiffel lors d'une visite dispensée à un groupe religieux hindou. Cette mise à l'écart a provoqué un mouvement de colère des salariés et la fermeture du monument lundi.

Le

Illustrations – Reseaux Sociaux – France
8min

Politique

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : Emmanuel Macron a-t-il tiré un trait sur sa promesse d’une application d’ici la fin de son mandat ?

Après la censure par le Conseil constitutionnel, au mois d'août, d'un texte visant à interdire les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, Emmanuel Macron a demandé, lundi, à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d'avancer sur un texte européen en la matière. Mais l'harmonisation de cette interdiction au niveau des 27 pourrait prendre du temps et contrecarrer le calendrier du chef de l'État, qui en avait fait un engagement de son dernier quinquennat.

Le