Le Sénat vote le projet de budget 2020, revu et corrigé
Le Sénat a adopté mardi en première lecture, après l'Assemblée nationale, le projet de budget pour 2020, approuvant sa mesure...

Le Sénat vote le projet de budget 2020, revu et corrigé

Le Sénat a adopté mardi en première lecture, après l'Assemblée nationale, le projet de budget pour 2020, approuvant sa mesure...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le Sénat a adopté mardi en première lecture, après l'Assemblée nationale, le projet de budget pour 2020, approuvant sa mesure phare, la baisse de l'impôt sur le revenu de 5 milliards pour 17 millions de Français, mais rejetant les crédits de cinq "missions" budgétaires importantes.

Au terme de trois semaines de débats, avec plus de 2.500 amendements examinés, le projet de loi de finances revu et corrigé a été voté par 185 voix pour (LR, centristes), 94 voix contre (PS, CRCE à majorité communiste) et 67 abstentions (LREM, Indépendants, RDSE à majorité radicale).

Députés et sénateurs vont maintenant tenter de se mettre d'accord sur un texte commun en commission mixte paritaire. En cas d'échec, probable, une nouvelle lecture sera organisée dans les deux chambres, dans l'objectif d'une adoption définitive avant la fin de l'année, le dernier mot revenant à l'Assemblée.

Le secrétaire d'Etat Olivier Dussopt a "formé le voeu" que les discussions puissent permettre "de trouver un certain nombre de points d'accord".

Le rapporteur général Albéric de Montgolfier (LR) a de nouveau exhorté le gouvernement à "écouter le Sénat", affirmant que "la France s'en porterait mieux".

Les sénateurs ont rejeté les crédits de cinq "missions" budgétaires, "pas à la hauteur des enjeux", selon Philippe Dallier (LR): agriculture, sécurité, justice, immigration et écologie.

La majorité sénatoriale de droite a aussi proposé des mesures d'"économies", comme une augmentation du temps de travail des fonctionnaires d'Etat.

Ce budget "marquera l'acte II du quinquennat, celui du renoncement au retour à l'équilibre de nos comptes publics", a déploré M. Dallier. "Gageons que le train de l'Etat continuera de rouler vers l'abîme de la dette".

"Vous bouchez les trous en recréant d'autres à côté", a critiqué Claude Raynal (PS), empruntant aux "Shadoks" la formule "et plus ils pompaient plus il ne se passait rien".

- "Far West fiscal" -

"L'aspiration à vivre mieux s'exprime avec force dans notre pays depuis plusieurs mois, vous ne voulez pas l'entendre, ce budget ne va en rien améliorer la situation économique et sociale", a déclaré Eric Bocquet (CRCE), évoquant le "singulier télescopage" entre le vote au Sénat et la journée de mobilisation contre la réforme des retraites.

Pour la partie "recettes", le principal point d'achoppement a tourné autour de la suppression de la taxe d'habitation. Pour les sénateurs, il n'est pas question de revenir sur cette mesure qui devrait concerner 80% des ménages en 2020, pour un gain de 3,7 milliards d'euros de pouvoir d'achat. Mais ils se sont opposés au mécanisme de compensation pour les collectivités tel que prévu par le gouvernement.

Fustigeant une "fausse fiscalité écologique", ils ont supprimé purement et simplement la disposition revenant à augmenter de 2 centimes les taxes sur le gazole pour le transport routier, contre laquelle la profession est mobilisée.

Le Sénat s'est opposé à une réduction de l'avantage fiscal lié au mécénat d'entreprise, qui doit générer des économies pour l’État, mais qui inquiète associations et fondations. Il a prolongé jusque fin 2021 le régime de zone de revitalisation rurale (ZRR) pour les communes qui devaient en sortir en 2020.

La chambre haute a encore voté un report d'une année de la taxe de dix euros pour les CDD d'usage, afin de laisser le temps aux entreprises de négocier un accord de branche.

Le Sénat a encadré l'expérimentation de collecte de données sur les réseaux sociaux pour détecter des fraudes fiscales, et adopté un dispositif pour lutter contre la fraude à la TVA sur les plateformes de commerce en ligne. Pour la sénatrice centriste Nathalie Goulet, il est "plus qu’urgent de mettre un terme au Far West fiscal du commerce en ligne".

Le porte-parole du groupe LREM Julien Bargeton a estimé que "les grands équilibres du texte n'ont pas été modifiés", mais a déploré la suppression de cinq missions. "Comment se prononcer sur un budget amputé de cinq missions?", a aussi interrogé Jean-Claude Requier, président du groupe RDSE. Emmanuel Capus (Indépendants) a jugé que le budget "va dans la bonne direction", mais que le Sénat le "prive d'ambition".

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Sénat vote le projet de budget 2020, revu et corrigé
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Le Sénat vote le projet de budget 2020, revu et corrigé
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le

Retailleau ok
7min

Politique

Bruno Retailleau veut rétablir les contrôles à la frontière espagnole : c’est le cas depuis 2015

Suite à la régularisation de 500 000 sans-papiers en Espagne, la droite et l’extrême droite réclament un rétablissement des contrôles à la frontière espagnole. Or, ces contrôles ont été rétablis, théoriquement temporairement, mais sans discontinuer, depuis 2015. Par ailleurs, un titre de séjour délivré par un autre Etat-membre ne permet pas de séjourner légalement en France.

Le