LA ROCHELLE : French socialist party summer camp.

Le sénateur Ronan Dantec à pied d’œuvre pour faire de la social-écologie le socle du rassemblement de la gauche en 2027

À l’initiative d’Ensemble sur nos territoires (ESNT), un mouvement d’élus locaux lancé par le sénateur écologiste Ronan Dantec, plusieurs responsables de gauche sont conviés à Montreuil, le 11 avril, pour se prononcer sur la mise en place d’une plateforme programmatique commune. L’objectif : faire de la « social-écologie » un instrument de rassemblement et de reconquête des classes populaires en vue de 2027.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

La gauche en ordre dispersé pour la présidentielle. Fin janvier, le Parti socialiste, les écologistes, les dissidents « insoumis » et François Ruffin se sont accordés pour une « primaire de la gauche unitaire », prévue le 11 octobre 2026. Un rendez-vous en vue de désigner un candidat commun pour la présidentielle, mais qui se fera sans les deux personnalités de gauche les mieux placées dans les sondages : Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise et Raphaël Glucksmann, le cofondateur de Place Publique. Le parti communiste non plus n’a pas prévu d’y participer. La question du programme, elle aussi, reste en suspens, ce qui préoccupe grandement certains élus. À commencer par le sénateur écologiste Ronan Dantec, inquiet de voir l’exercice « se transformer en concours de beauté ».

C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs semaines, ce proche de Johanna Rolland, la maire de Nantes, et les membres d’Ensemble sur nos territoires (ESNT), un mouvement d’élus locaux qu’il a lancé en 2019, planchent sur un projet de rassemblement autour de la social-écologie. L’objectif : établir une plateforme programmatique à l’intérieur de laquelle les candidats d’une primaire de gauche, « de François Ruffin à Pascal Canfin », seraient susceptibles de se retrouver.

Le 11 avril prochain, Ensemble sur nos territoires réunira à Montreuil des intellectuels et plusieurs responsables de gauche pour une série de tables rondes autour de leur projet : Yannick Jadot, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, et Boris Vallaud devraient en être. Des échanges sont en cours avec François Ruffin, Clémentine Autain, Marine Tondelier, Pascal Canfin et Bernard Cazeneuve. En revanche, La France insoumise n’a pas été conviée, notamment en raison de divergences sur la question européenne.

« Il est temps de s’interroger sur le socle de nos convergences »

« Il ne s’agit pas d’une synthèse des différents programmes, nous ne voulons pas refaire ce qui a été fait avec le Nouveau Front populaire », explique Ronan Dantec qui évoque l’écueil des accords conclus au forceps au bout de la nuit, amalgamant tant bien que mal les propositions des uns et des autres. L’initiative part plutôt d’un double constat : d’une part, de plus en plus de personnalités de gauche mettent en avant le cadre de la « social-écologie », sans l’avoir jamais vraiment défini. De l’autre, la gauche s’est beaucoup adossée ces dernières années à un électorat urbain, et a fini par perdre l’attention des classes populaires, pour partie tombée dans l’escarcelle de l’extrême-droite.

« La gauche s’est piégée en s’appuyant sur les CSP +, et en donnant l’impression de mépriser la culture populaire », regrette Ronan Dantec. « Il est temps de s’interroger sur le socle de nos convergences. Nous devons refaire des habitants des banlieues, de ceux des zones pavillonnaires et des sous-préfectures, plutôt défiants vis-à-vis d’une écologie politique perçue comme élitiste et punitive, une priorité. Chez moi, la voiture, c’est la liberté ! », abonde Grégory Blanc, sénateur Place publique du Maine-et-Loire, et adhérent d’Ensemble sur nos territoires (ESNT).

Marier pouvoir d’achat et transition écologique

C’est la raison pour laquelle leur plateforme programmatique articule deux grandes priorités : le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, et l’urgence écologique. Avec des propositions très concrètes : comme la baisse de la TVA dans les transports en commun ou l’abandon de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse. « Je suis très fier de ce que nous présentons. On a là le texte de gauche le plus abouti pour venir nourrir un projet présidentiel », se félicite Ronan Dantec. Bruno Rebelle, ancien directeur de Greenpeace et conseiller de Ségolène Royal sur l’environnement pendant la campagne de 2007, a participé à sa rédaction.

Mais la contribution devra encore être amendée. Il est question, notamment, de muscler le volet « sécurité », jugé trop timide par certains, alors qu’elle est régulièrement citée dans les enquêtes d’opinions comme la première préoccupation des Français. « On va y aller sur la sécurité ! Il n’y aura aucun angle mort dans notre démarche », promet Ronan Dantec. Avant de nuancer : « Pour les classes populaires, la question fondamentale n’est pas celle de la sécurité, mais de l’aigreur sociale. Le RN n’ira jamais sur les sujets de redistribution. »

La rencontre de Montreuil sera aussi l’occasion d’interroger ses participants sur la question du dépassement des appareils partisans, et d’une « construction politique » spécifique pour faire vivre la social-écologie. Supra-fédération ou parti unique ? Certains élus estiment que la gauche, très fragmentée depuis 2017 en dépit des accords passés lors des deux dernières élections législatives, « arrive dans un moment proche de celui du congrès d’Epinay, en 1971 ». À l’époque, il avait permis de rassembler dans une seule structure – le Parti socialiste -, les différentes composantes de la gauche non communiste. Une première étape vers l’alternance de 1981.

Partager cet article

Dans la même thématique

Retraites : droite et gauche se déchirent sur l’interprétation du rapport du COR
5min

Politique

Droits voisins : le Sénat s’apprête à mieux contraindre et sanctionner les géants du numériques rétifs à rémunérer la presse

Après son adoption à l’unanimité à l’Assemblée, la proposition de loi sur l’effectivité des droits voisins est examinée dans l’hémicycle du Sénat ce mardi soir. En commission, les sénateurs ont encore renforcé les nouvelles prérogatives de l’Arcom pour contraindre les Gafam à respecter leurs obligations de rémunération des éditeurs de presse.

Le

Stop fast fashion action in Bordeaux
5min

Politique

« On s’achemine vers un accord » : la loi anti fast-fashion de retour au Parlement, avec Shein et Temu dans le viseur

Sénateurs et députés vont devoir se mettre d’accord, ce mercredi, en commission mixte paritaire, sur la proposition de loi anti fast-fashion, après l’avoir adoptée en des termes différents en première lecture. Les positions convergent vers des pénalités ciblant uniquement les produits des géants chinois Shein et Temu, délaissant les dérives plus larges de l’industrie textile.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
5min

Politique

IA : la France débloque 655 millions d’euros pour accélérer sa souveraineté numérique

À la veille de l’ouverture du salon VivaTech à Paris, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros dans l’intelligence artificielle. Au-delà du soutien à la recherche et aux infrastructures, le gouvernement entend faire de l’IA un levier de modernisation de l’État tout en renforçant l’indépendance technologique de la France face aux géants américains.

Le