La gauche en ordre dispersé pour la présidentielle. Fin janvier, le Parti socialiste, les écologistes, les dissidents « insoumis » et François Ruffin se sont accordés pour une « primaire de la gauche unitaire », prévue le 11 octobre 2026. Un rendez-vous en vue de désigner un candidat commun pour la présidentielle, mais qui se fera sans les deux personnalités de gauche les mieux placées dans les sondages : Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise et Raphaël Glucksmann, le cofondateur de Place Publique. Le parti communiste non plus n’a pas prévu d’y participer. La question du programme, elle aussi, reste en suspens, ce qui préoccupe grandement certains élus. À commencer par le sénateur écologiste Ronan Dantec, inquiet de voir l’exercice « se transformer en concours de beauté ».
C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs semaines, ce proche de Johanna Rolland, la maire de Nantes, et les membres d’Ensemble sur nos territoires (ESNT), un mouvement d’élus locaux qu’il a lancé en 2019, planchent sur un projet de rassemblement autour de la social-écologie. L’objectif : établir une plateforme programmatique à l’intérieur de laquelle les candidats d’une primaire de gauche, « de François Ruffin à Pascal Canfin », seraient susceptibles de se retrouver.
Le 11 avril prochain, Ensemble sur nos territoires réunira à Montreuil des intellectuels et plusieurs responsables de gauche pour une série de tables rondes autour de leur projet : Yannick Jadot, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, et Boris Vallaud devraient en être. Des échanges sont en cours avec François Ruffin, Clémentine Autain, Marine Tondelier, Pascal Canfin et Bernard Cazeneuve. En revanche, La France insoumise n’a pas été conviée, notamment en raison de divergences sur la question européenne.
« Il est temps de s’interroger sur le socle de nos convergences »
« Il ne s’agit pas d’une synthèse des différents programmes, nous ne voulons pas refaire ce qui a été fait avec le Nouveau Front populaire », explique Ronan Dantec qui évoque l’écueil des accords conclus au forceps au bout de la nuit, amalgamant tant bien que mal les propositions des uns et des autres. L’initiative part plutôt d’un double constat : d’une part, de plus en plus de personnalités de gauche mettent en avant le cadre de la « social-écologie », sans l’avoir jamais vraiment défini. De l’autre, la gauche s’est beaucoup adossée ces dernières années à un électorat urbain, et a fini par perdre l’attention des classes populaires, pour partie tombée dans l’escarcelle de l’extrême-droite.
« La gauche s’est piégée en s’appuyant sur les CSP +, et en donnant l’impression de mépriser la culture populaire », regrette Ronan Dantec. « Il est temps de s’interroger sur le socle de nos convergences. Nous devons refaire des habitants des banlieues, de ceux des zones pavillonnaires et des sous-préfectures, plutôt défiants vis-à-vis d’une écologie politique perçue comme élitiste et punitive, une priorité. Chez moi, la voiture, c’est la liberté ! », abonde Grégory Blanc, sénateur Place publique du Maine-et-Loire, et adhérent d’Ensemble sur nos territoires (ESNT).
Marier pouvoir d’achat et transition écologique
C’est la raison pour laquelle leur plateforme programmatique articule deux grandes priorités : le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, et l’urgence écologique. Avec des propositions très concrètes : comme la baisse de la TVA dans les transports en commun ou l’abandon de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse. « Je suis très fier de ce que nous présentons. On a là le texte de gauche le plus abouti pour venir nourrir un projet présidentiel », se félicite Ronan Dantec. Bruno Rebelle, ancien directeur de Greenpeace et conseiller de Ségolène Royal sur l’environnement pendant la campagne de 2007, a participé à sa rédaction.
Mais la contribution devra encore être amendée. Il est question, notamment, de muscler le volet « sécurité », jugé trop timide par certains, alors qu’elle est régulièrement citée dans les enquêtes d’opinions comme la première préoccupation des Français. « On va y aller sur la sécurité ! Il n’y aura aucun angle mort dans notre démarche », promet Ronan Dantec. Avant de nuancer : « Pour les classes populaires, la question fondamentale n’est pas celle de la sécurité, mais de l’aigreur sociale. Le RN n’ira jamais sur les sujets de redistribution. »
La rencontre de Montreuil sera aussi l’occasion d’interroger ses participants sur la question du dépassement des appareils partisans, et d’une « construction politique » spécifique pour faire vivre la social-écologie. Supra-fédération ou parti unique ? Certains élus estiment que la gauche, très fragmentée depuis 2017 en dépit des accords passés lors des deux dernières élections législatives, « arrive dans un moment proche de celui du congrès d’Epinay, en 1971 ». À l’époque, il avait permis de rassembler dans une seule structure – le Parti socialiste -, les différentes composantes de la gauche non communiste. Une première étape vers l’alternance de 1981.