Paris – Manifestation AESH
Manifestation d'AESH en juin 2021. Crédits : EMMA PROSDOCIMI/SIPA

« L’école inclusive est sur le point de craquer » : les sénateurs PS veulent fonctionnariser les AESH pour créer « un choc d’attractivité »

Dénonçant la « très grande précarité » des accompagnants d’élèves en situation de handicap, les sénateurs PS veulent créer un nouveau corps de fonctionnaire pour les AESH, dont le salaire moyen est de 850 euros. De quoi rendre le métier plus attractif, alors qu’il manquait 50.000 accompagnants à la rentrée 2025.
François Vignal

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C’est un enjeu majeur pour l’inclusion des enfants en situation de handicap : le manque d’AESH, les accompagnants d’élèves en situation de handicap. Ils sont présents aux côtés des élèves pour leur permettre de suivre une scolarité en milieu ordinaire. A la rentrée 2025, près de 50.000 postes n’étaient pas pourvus, sur un total de 352.000 élèves ayant droit à un AESH. Un manque énorme.

« Remettre à leur juste valeur ces personnels »

Pour tenter de rendre le métier plus attractif, les sénateurs du groupe PS ont déposé une proposition de loi (PPL) pour fonctionnariser les AESH et « garantir une meilleure inclusion des élèves ». Ce texte de la sénatrice PS Marie-Pierre Monier crée un nouveau corps de la fonction publique de catégorie B pour les AESH, « pour remettre à leur juste valeur ces personnels devenus, en quelques années, le deuxième métier de l’éducation », souligne la sénatrice PS de la Drome.

De quoi, espère l’auteure du texte, répondre aux problématiques inhérentes aux accompagnants d’élèves en situation de handicap. A savoir « une très grande précarité, un salaire moyen de 850 euros par mois, inférieur au seuil de pauvreté, un temps partiel subi », pointe Marie-Pierre Monier, avec des AESH souvent obligés d’avoir un second travail pour vivre, parfois « jusqu’à plus de 10 enfants à accompagner » ou encore un manque criant de formation, avec des personnels qui peuvent attendre jusqu’à un an pour être formés aux spécificités de l’enfant qu’ils accompagnent. Derrière, ce sont directement les élèves concernés qui en pâtissent.

Les AESH avec 3 ans d’ancienneté intégrés automatiquement

Encore faut-il avoir eu la chance d’avoir un AESH. 14 % des notifications de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées), qui donnent le droit d’avoir un AESH, n’étaient pas respectées à la rentrée, faute souvent de candidats suffisants. Sur les près de 50.000 postes vacants en septembre, le ministère de l’Education avait pu ramener ce chiffre à 42.000 avant les vacances de la Toussaint. Et si un AESH est obtenu, bien souvent, le nombre d’heures notifiées par la MDPH n’est pas respecté.

En leur permettant de devenir fonctionnaire – en intégrant ceux qui ont plus de 3 ans d’ancienneté, avec un concours pour les autres – les sénateurs PS espèrent rendre la fonction d’AESH plus attrayante, notamment en « garantissant une progression de carrières » et en « professionnalisant leur métier ». De quoi créer « un choc d’attractivité », selon la sénatrice PS Colombe Brossel, co-auteure du texte. Le cadre existant, qui exclut la pause méridienne et le périscolaire du temps de travail des AESH, est maintenu. Le texte vise surtout à créer ce nouveau statut, laissant à la part réglementaire la question de la durée de travail et des moments d’intervention.

Une réforme qui coûte 1,4 milliard d’euros supplémentaires

Cette réforme a un coût, estimé par le ministère à « 4,4 milliards d’euros », selon la sénatrice de la Drome, qui rappelle que la suppression de l’ISF a fait perdre 4 milliards d’euros aux caisses de l’Etat… Précision utile : le coût actuel de l’embauche des AESH est déjà de « 3 milliards d’euros » par an, souligne Colombe Brossel. Le coût supplémentaire serait donc de 1,4 milliard d’euros. Le prix pour « améliorer la réussite scolaire des enfants et leur insertion professionnelle », souligne Marie-Pierre Monier. Mais dans les faits, tous les enfants handicapés n’ont pas les mêmes chances. « L’école inclusive est sur le point de craquer », alerte Colombe Brossel, qui insiste :

 On est au bord de l’implosion. Il y a urgence, il faut s’y atteler. 

Colombe Brossel, sénatrice PS de Paris.

Une situation qui pèse aussi sur les quartiers populaires, cause « d’inégalités territoriales fortes », pointe Adel Ziane, sénateur PS de Seine-Saint-Denis. Pour les familles de son département concernées par le manque d’AESH, « c’est la double peine ». Le socialiste y voit « une précarité organisée ».

« Si la droite sénatoriale vote contre ce texte, il faudra qu’ils l’assument dans leurs territoires »

« Et comme par hasard, on est sur des métiers très féminisés », relève la sénatrice PS Karine Daniel, avec 93 % de femmes. « On observe toujours des réticences pour mieux rémunérer les métiers très féminisés », soutient la sénatrice de Loire-Atlantique. Karine Daniel ajoute que face à l’absence d’AESH, ce sont souvent « des femmes », en l’occurrence les mères, « qui compensent », les amenant parfois à arrêter de travailler.

Avant même l’examen en séance, ce mercredi en fin d’après-midi dans leur niche parlementaire, les sénateurs socialistes se faisaient peu d’illusion. La droite sénatoriale s’est opposée au texte en commission et plusieurs amendements de suppression des articles ont été déposés, les LR pointant, selon les sénateurs PS, le coût de la mesure notamment. « Si la droite sénatoriale vote contre ce texte, il faudra qu’ils l’assument dans leurs territoires, devant chaque famille, devant les enfants et devant les AESH […] que ce n’est pas une priorité », lance Colombe Brossel.

PPL pour revaloriser 200 euros au-dessus du Smic les métiers du travail social

Les socialistes n’ont pas plus d’espoir, ou peut-être un peu plus, sur l’autre proposition de loi présentée dans leur niche. Elle vise à revaloriser les métiers du travail social. Là encore, ce sont essentiellement des femmes. « Elles sont en difficulté financière », relève Annie Le Houerou, auteure de la PPL. Comme pour les AESH, le secteur, qui permet notamment de venir en aide aux personnes âgées à leur domicile, fait face « à une crise de recrutement très important. Le métier n’attire plus », avec « des conditions de travail très difficiles avec des horaires atypiques, des journées découpées ».

Pour y répondre, la sénatrice PS des Côtes-d’Armor met sur la table « une proposition très concrète » : « Les rémunérer 200 euros au-delà du Smic, soit 1600 euros net ». Le coût auprès des employeurs, « les associations ou les départements », serait compensé via une part de CSG. Mais la mesure a été rejetée lors du budget et du budget de la Sécu. L’objectif est aussi de « travailler sur la grille de salaire pour évoluer tout au long de leur carrière ». « Ce sont « des travailleurs invisibles et non reconnus, alors qu’ils jouent un rôle majeur », ajoute Emilienne Poumirol, rapporteure PS du texte.

« Il faut prendre nos responsabilités, si on veut passer ce mur du grand âge »

Si « le constat est partagé par la droite et le gouvernement », reconnaît la sénatrice PS de la Haute-Garonne, « ils disent qu’on ne peut pas pour des raisons financières ». Si elle ne se fait « pas beaucoup d’illusion » sur la mesure de hausse salariale, la rapporteure espère que l’article 4, « qui donne un véritable statut d’étudiant », puisse être soutenu par la droite. De quoi, si la PPL est adoptée, même vidée de l’essentiel de sa substance, perdurer et être transmise à l’Assemblée. Pour les socialistes, là aussi, il y a urgence à agir, alerte Emilienne Poumirol : « Il faut prendre nos responsabilités, si on veut passer ce mur du grand âge ».

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