Parité aux législatives : après la déception de 2017, les partis feront-ils mieux en 2022 ?
En 2017, le Haut Conseil à l’égalité les femmes et les hommes s’était ému de l’absence de réel progrès de parité aux législatives. Et ce, malgré l’aggravation du malus qui frappe les partis au portefeuille. Selon des données encore préliminaires, les chiffres de 2022 laissent apparaître encore des écarts.

Parité aux législatives : après la déception de 2017, les partis feront-ils mieux en 2022 ?

En 2017, le Haut Conseil à l’égalité les femmes et les hommes s’était ému de l’absence de réel progrès de parité aux législatives. Et ce, malgré l’aggravation du malus qui frappe les partis au portefeuille. Selon des données encore préliminaires, les chiffres de 2022 laissent apparaître encore des écarts.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Depuis ce lundi, et jusqu’au 20 mars, les aspirants députés convergent vers les préfectures pour déposer leurs candidatures. On saura à l’issue de la compilation des données par le ministère de l’Intérieur ce qu’il en est des proportions d’hommes et de femmes. L’essentiel des investitures ayant été révélé par les principaux partis, il est déjà possible d’avoir une idée du respect ou non de la parité dans les candidatures.

Depuis le 6 juin 2000, date de la promulgation de la loi « tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives », les partis politiques et leurs groupements doivent investir un nombre égal de candidats et de candidates. Sous peine de pénalités, retenues de l’aide perçue au titre du financement public des partis (relire notre article). Plus les partis s’éloignent de la parité, plus la dotation de l’État est diminuée. Les sanctions ont d’ailleurs été considérablement alourdies avec la loi du 4 août 2014, pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

La pénalité se déclenche lorsqu’un écart entre le nombre des candidats des deux sexes représente 2 % du total des candidats investis par le parti. La note peut vite monter pour les partis en infraction, étant donné la règle de calcul pour la pénalité financière. Pour savoir de combien l’aide publique sera diminuée, il suffit de majorer de 150 % l’écart entre le nombre d’hommes et de femmes (ou vice versa), rapporté au nombre total de candidats présentés par le parti. Prenons l’exemple d’un parti qui présente 200 candidats, parmi eux 130 hommes et 70 femmes. L’écart est de 60 personnes, soit 30 % du total. Majoré de 150 %, on obtient un pourcentage de rabot de 45 %. La tranche d’aide publique, correspondant au score du parti au premier tour des législatives sera donc réduite de 45 %.

Des déséquilibres entre les deux sexes chez plusieurs familles politiques

Selon les données compilées par NSPPolls, un collectif de plusieurs journalistes et chercheurs, certains partis présentent à l’heure actuelle des données déséquilibrées. Les données ne sont pas exhaustives, mais déjà suffisamment parlantes par leur ampleur. Sur les 413 premières investitures des Républicains pour les législatives de 2022, on compte seulement 39,7 % de femmes. La République en marche (553 investitures) fait mieux avec 46,9 % de femmes. Au Rassemblement national, sur 547 candidatures, la part des femmes atteint 49 %. A la France insoumise, les femmes représentent 53,3 % sur les 319 candidatures recensées. Elles sont 53,8 % chez Europe Écologie-Les Verts.

Pour l’année 2022, deux principaux partis ont été sanctionnés pour ne pas avoir respecté la parité lors des dernières législatives. Les Républicains ont vu fondre la première fraction de l’aide publique de 31 % (soit 1,79 million d’euros) et La France insoumise s’est vue retirer 252 400 euros (6 % de l’enveloppe), au titre cette modulation parité.

Plusieurs dizaines de millions d’euros retirés aux partis fautifs

Dans la précédente Assemblée nationale (2012-2017), les manquements à la loi sur la parité étaient encore plus importants. Et à l’échelle d’une législature, les retenues pèsent lourd. Sur l’ensemble de cette 14e législature, les partis politiques ont renoncé à 28 millions d’euros : 18 millions d’euros pour LR, 6,4 millions pour le PS, 659 000 pour le Nouveau centre, 632 000 pour le Parti radical de gauche ou encore 400 000 euros pour le Front national.

À l’issue des législatives de 2017, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, instance consultative indépendante placée auprès du Premier ministre, avait déploré l’absence d’amélioration profonde, malgré un renforcement des sanctions en 2014. « Les contraintes légales et les retenues financières n’ont pas permis d’amélioration notoire. Le compte n’y est toujours pas, loin s’en faut. » En 2017, les partis ont investi au total 3 344 candidates, soit 42,4 % de l’ensemble des candidatures enregistrées (contre 40 % en 2012 et 41,6 % en 2007). « Nous avons encore la preuve que le partage du pouvoir n’est pas naturel : il revient aux pouvoirs publics de renforcer les contraintes paritaires et aux partis politiques de faire preuve de volontarisme et d’exemplarité », avait appelé Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Egalité.

Ces données sur les investitures ne sont d’ailleurs que la face émergée de l’iceberg. Elles ne rendent pas comptent des circonscriptions réputées « gagnables », et in fine, du nombre d’élues qui accèdent effectivement au mandat parlementaire. En 2017, l’Assemblée nationale comptait 38,9 % de députées.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Missing Girl
7min

Politique

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.

Le

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le

SoftBank CEO Masayoshi Son Meets French President Emmanuel Macron at Elysee Palace
2min

Politique

Lyhanna : Emmanuel Macron dénonce un « dysfonctionnement inacceptable », Sébastien Lecornu demande que « les conclusions de l’enquête administrative lui soient remises sous 15 jours »

Au lendemain de la découverte dans le Gers d'un corps étant probablement celui de Lyhanna, le président de la République dénonce depuis le Monténégro, un « dysfonctionnement inacceptable ». A l’issue de réunion de crise à Matignon entre Gérald Darmanin, Laurent Nunez et Sébastien Lecornu, ils « ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux ».

Le

Parité aux législatives : après la déception de 2017, les partis feront-ils mieux en 2022 ?
3min

Politique

Loi de programmation militaire : le sénateur LR Hugues Saury appelle à des négociations en vue de la commission mixte paritaire

Interrogé sur Public Sénat, le sénateur LR Hugues Saury assume le rejet par son groupe, mardi, de l’article phare de la loi de programmation militaire. La droite espère encore arracher une rallonge supplémentaire à la hausse de 36 milliards d’euros du budget des armées inscrite dans le texte, qui file en commission mixte paritaire.

Le