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Législatives 2024 : dans les programmes, un flou autour des questions de défense

Avec les législatives anticipées, et des programmes politiques parfois préparés dans l’urgence, certains partis n’ont pas encore clarifié leur position sur les questions de défense. Tour d’horizon de ce que proposent les uns et les autres, au regard notamment de ce qui avait été défendu pendant la présidentielle et les élections européennes.
Romain David

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En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait placé les questions internationales et de défense au cœur des campagnes présidentielle et des législatives. Deux ans plus tard, malgré une situation internationale toujours aussi tendue, force est de constater que le pouvoir d’achat, la sécurité et l’immigration ont pris le pas sur les thématiques militaires. À un peu moins de deux semaines du premier tour des législatives anticipées, les programmes des forces en présence sont, pour beaucoup, toujours en cours de finalisation. Les mesures proposées tombent au compte-gouttes et de nombreuses interrogations demeurent, notamment en ce qui concerne la défense et les forces armées.

Le Rassemblement national, sur le point de présenter une nouvelle copie ?

Comme l’a repéré le média Politico, le dossier programmatique présenté par le Rassemblement national pour la présidentielle de 2022 sur les questions de défense a été récemment supprimé de leur site internet, où il était encore disponible la semaine dernière. Ce document prévoyait un effort annuel moyen de 55 milliards d’euros pour la programmation militaire et des investissements à hauteur de 1,5 milliard par an pour les industries d’armement.

Mais c’est certainement le volet coopération qui a poussé le RN à faire disparaître cette partie de son programme, dans laquelle Marine Le Pen envisageait un « dialogue avec la Russie sur les grands dossiers communs et l’arrêt des coopérations structurantes avec l’Allemagne ». Epinglé à plusieurs reprises pour ses liens avec la Russie, et la fascination de certains de ses responsables pour Vladimir Poutine, le RN a fait montre d’un changement de discours progressif depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien. En mars 2023, Jordan Bardella invoquait dans les colonnes de L’Opinion « une naïveté collective à l’égard du dirigeant russe » pour justifier les prises de position passées.

Pour autant, tout ne semble pas encore parfaitement limpide au sein de l’équipe dirigeante. Le député Sébastien Chenu, également vice-président du parti, a déploré sur France 3 l’absence de Vladimir Poutine aux commémorations du 80e anniversaire du Débarquement, parlant d’un « rendez-vous manqué » pour relancer les discussions entre Kiev et Moscou. Avant d’être recardé quelques jours plus tard par Jordan Bardella ; sur franceinter, le patron du RN a jugé « compliqué » d’inviter l’agresseur russe et « de le faire se tenir à côté du président ukrainien ».

Autre élément sur lequel la position du RN a évolué : le rapport à l’OTAN. Longtemps, le parti à la flamme tricolore a réclamé le retrait de la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, invoquant une forme d’inféodation aux Etats-Unis, et donc une menace pour « son indépendance diplomatique et militaire et la libre définition de l’usage de sa force de frappe nucléaire ». Là encore, la guerre en Ukraine a fait bouger certaines lignes. Le 28 mars dernier, lors d’un entretien accordé à Politico, Jordan Bardella s’est dit opposé à cette sortie avant la fin du conflit.

Ce mardi 18 juin, dans les colonnes du Parisien, le protégé de Marine Le Pen a dévoilé les grandes lignes de son programme. Mais à ce stade, toujours aucun élément sur les questions de défense. Contactés par Public Sénat, plusieurs responsables du RN n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

L’angle mort du programme du « Nouveau Front populaire »

Dans le programme commun des partis de gauche, les questions de défense ne sont abordées que sous l’angle international, mais au-delà de cet aspect, aucune des 150 mesures présentées la semaine dernière par le « Nouveau Front populaire » ne concerne directement l’aspect militaire. Hormis la « démilitarisation et la dépollution de l’espace », une initiative essentiellement diplomatique.

On suppose que le sujet a pu crisper au cours des tractations, alors que certains partis de gauche déroulaient de nombreuses mesures relatives aux questions de défenses dans le cadre des élections européennes. De ce point de vue, le programme de Raphaël Glucksmann était l’un des plus fournis : la tête de liste PS-Place publique proposait notamment la création d’un fonds de 100 milliards pour investir dans les industries de défense européennes, un plan de lutte européen contre les cyberattaques et la création d’un protocole de partage du renseignement pour lutter contre le terrorisme. Le programme de Manon Aubry, tête de liste LFI, défendait une position de non-alignement, avec la mise à distance de plusieurs partenariats avec les Etats-Unis et la réaffirmation de la clause de défense mutuelle entre les Etats de l’UE. De leur côté, les écologistes étaient favorables à la création d’une force européenne de 5 000 hommes.

« L’accord a été fait en trois jours, donc ça ne peut pas être un document exhaustif. Ça ne veut pas dire pour autant que la défense est un sujet de désaccord », balaye un collaborateur socialiste auprès de Public Sénat.

Le programme du Nouveau Front populaire clarifie les positions sur le conflit israélo-palestinien. Si le Hamas n’y est pas formellement qualifié « d’organisation terroriste » – un point de rupture entre LFI et les autres partis de gauche -, le texte condamne « les massacres terroristes » perpétrés par le mouvement et « son projet théocratique ». Le Nouveau Front populaire s’engage à rompre le soutien au gouvernement de Benyamin Netanyahou, notamment avec un embargo sur les livraisons d’armes à Israël, pour obtenir un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Concernant l’Ukraine, l’alliance réaffirme le soutien à la résistance, « par la livraison d’armes nécessaires », et propose l’envoi de casques bleus pour sécuriser les centrales nucléaires ukrainiennes. « Il nous tenait à cœur d’asseoir la nécessité d’un envoi d’armes à l’Ukraine », confiait Aurore Lalucq, la co-présidente de Place publique, quelques heures après le bouclage de l’accord, Raphaël Glucksmann ayant largement fait campagne sur le soutien à apporter à Kiev.

La majorité défend la montée en puissance budgétaire

Lors de la conférence de presse qu’il a accordée le 12 juin, dans la foulée de la dissolution, Emmanuel Macron ne s’est pas attardé sur les questions de défense lorsqu’il a présenté les grands axes de campagne de sa majorité pour ces législatives anticipées. Après avoir dévoilé une série de mesures au 20 heures de France 2 samedi dernier, le Premier ministre Gabriel Attal devrait présenter un programme plus détaillé cette semaine. D’ici là, c’est au discours fleuve prononcé par Emmanuel Macron à la Sorbonne le 25 avril, qu’il faut se référer sur les questions de défense côté majorité.

Le chef de l’Etat y a défendu l’idée « d’une Europe puissance », avec « une préférence européenne pour acheter du matériel militaire » et la création d’une « capacité européenne » de cybersécurité et de cyberdéfense. Il souhaite que les Etats membres puissent consacrer 3 % de leur PIB à la défense d’ici 2030. Pour mémoire : la loi de programmation militaire actuellement en vigueur en France porte l’effort à 2 % du PIB entre 2025 et 2027. Elle acte également la construction d’un porte-avions nucléaire pour remplacer le Charles de Gaulle.

Chez les LR affaiblis par les dissensions, quel avenir pour le programme ?

Du côté des Républicains, toujours en plein psychodrame depuis le ralliement de leur président au Rassemblement national, le site internet du parti présente une page entière consacrée à « l’Europe de la Défense ». La droite articule son projet autour de cinq propositions : une hausse du budget militaire à hauteur de 3 % du PIB, un soutien « massif » à l’Ukraine, la mise en place d’une préférence européenne pour soutenir les industries de défense, le renforcement des prérogatives de l’État-major de l’Union européenne, et enfin la création d’un Fonds européen destiné au financement des opérations extérieures.

Il reste à savoir si une partie de ces propositions tomberont dans l’escarcelle du parti de Marine Le Pen, via le rapprochement d’Éric Ciotti et d’une soixantaine de candidats LR. De quoi ajouter encore un peu plus de confusion à droite.

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