Paris : Manifestation Front Populaire vs Extreme Droite

Législatives 2024 : la mobilisation des influenceurs peut-elle jouer un rôle dans les élections ?

Influenceurs, streameurs, vidéastes… De plus en plus de personnalités du web se mobilisent avant les élections législatives, simplement pour appeler à aller voter ou pour signifier leur opposition au Rassemblement national. Ces prises de parole sur les réseaux sociaux peuvent-elles avoir un véritable effet sur le scrutin ?
Rose Amélie Becel

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« L’heure n’est plus à la neutralité. Il faut massivement voter et faire voter. » Dans une tribune publiée sur le blog de Mediapart, plus de 200 personnalités d’internet appellent à « une mobilisation dans les urnes contre l’extrême droite ». Depuis l’annonce de la convocation d’élections législatives anticipées les 30 juin et 7 juillet prochain, ils sont nombreux à avoir pris la parole dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Une mobilisation qui s’inscrit dans le sillage de celle du vidéaste Squeezie, qui a publié sur son compte Instagram une lettre ouverte résolument opposée au Rassemblement national. La prise de position du deuxième youtubeur de France, qui totalise près de 19 millions d’abonnés sur la plateforme, a été suffisamment prise au sérieux pour susciter une réponse quasi-immédiate de Jordan Bardella.

Dans un communiqué reprenant exactement les mêmes codes que la lettre ouverte de Squeezie et également publié sur Instagram, le chef de file du RN a dénoncé les « multimillionnaires répondant à la très noble profession d’influenceurs [qui] s’engagent “apolitiquement” contre des millions de Français ».

Présidentielle 2002 : « La première mobilisation en ligne contre l’extrême droite »

« Je n’avais jamais vu autant de mobilisation politique sur internet pour une élection, c’est assez exceptionnel », réagit le streameur Ponce, interrogé par l’AFP après la publication de la tribune sur Mediapart. « C’est la première fois qu’ils [les streameurs] prennent vraiment position sur un sujet qui ne touche pas à l’écosystème du jeu vidéo », note de son côté le professeur à Sciences Po et spécialiste en jeux vidéo et politique Olivier Mauco.

À l’heure où presque toutes les personnalités politiques font campagne sur les réseaux sociaux, ces mobilisations ne passent pas inaperçues. Elles ne sont pourtant pas inédites, rappelle Marie Neihouser, docteure en science politique à l’Université de Toulouse : « À chaque élection, des personnalités s’engagent, notamment contre le Rassemblement national. Il suffit de se rappeler les mobilisations des artistes en 2002, pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen. »

L’élection présidentielle de 2002 marque d’ailleurs « la première mobilisation en ligne en France contre l’extrême droite, à l’occasion d’une élection », observe la spécialiste de la politique sur les réseaux sociaux. Dans l’entre-deux-tours, de jeunes graphistes se saisissent ainsi d’internet pour créer et partager des images, des tracts et des appels à manifester.

« Depuis l’annonce de la dissolution, on trouve en ligne une effervescence des jeunes »

Ces prises de position ont-elles un réel effet sur la mobilisation des électeurs, notamment les plus jeunes ? Pour Marie Neihouser, « difficile de mesurer leur effet direct », ces appels au vote doivent plutôt être considérés comme « des éléments d’un mouvement de mobilisation plus large ». Sur les réseaux sociaux, la jeunesse ne semble en effet pas avoir attendu les messages des personnalités d’internet pour s’emparer de l’actualité politique. « Depuis l’annonce de la dissolution, on trouve en ligne et sur les médias sociaux une effervescence des jeunes, qui se mobilisent pour produire du contenu par eux-mêmes, notamment contre l’extrême droite », estime la chercheuse.

Ces mobilisations en ligne prennent parfois une tournure un peu déroutante. Depuis quelques jours, notamment avec la création du Nouveau Front populaire à gauche, fleurissent sur TikTok et Twitter des « édits », des clips au montage très dynamique, bourrés d’effets visuels kitsch. Ces courtes vidéos, habituellement partagées par les fans de musique pop coréenne à la gloire de leurs idoles, sont désormais détournées pour mettre en avant des personnalités politiques. Un montage du député insoumis sortant Sébastien Delogu, jusqu’ici largement inconnu des jeunes sur les réseaux sociaux, a ainsi dépassé les 3 millions de vues sur Twitter, jusqu’à être diffusé sur les écrans géants de Times Square à New-York.

« On peut écarter l’hypothèse d’une construction de l’identité politique par un réseau social »

Malgré l’immense caisse de résonnance qu’offrent les réseaux sociaux, leur influence sur le vote serait en réalité inexistante. C’est en tout cas ce que tend à démontrer l’enquête réalisée le mois dernier par le politiste Luc Rouban, avec l’institut de sondage OpinionWay et le Cevipof. En observant les pratiques de près de 9 000 personnes de quatre pays européens différents, le chercheur affirme que le comportement électoral et la confiance dans la démocratie et les institutions n’évoluent pas selon le degré d’utilisation des réseaux sociaux. Lors de l’élection présidentielle de 2022, le vote en faveur de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon reste ainsi sensiblement le même entre les « utilisateurs faibles » des réseaux et les « utilisateurs intenses ». « On peut écarter l’hypothèse d’une construction de l’identité politique par un réseau social », conclut Luc Rouban.

Les réseaux sociaux semblent toutefois permettre aux personnalités politiques d’acquérir une notoriété auprès d’un électorat jeune, difficile à mobiliser. Mais l’influence des réseaux sociaux sur le taux de participation aux élections reste à prouver. Selon l’enquête du politiste, les usagers intensifs de ces plateformes ont même été plus abstentionnistes que les usagers occasionnels lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, 36 % pour les premiers contre 22 % pour les seconds. D’après un sondage Ifop pour LCI publié ce 18 juin, le taux de participation au premier tour des législatives pourrait cette fois-ci atteindre 63 %. Un chiffre record, qui semble donc davantage s’expliquer par les enjeux inédits de ces élections anticipées que par la mobilisation exceptionnelle des influenceurs.

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