Parliament of Sports Conference â??What development strategy for sports equipment in France? » at French Senate
View of the entrance of the French Senate at Palais du Luxembourg, in Paris on March 25th//YUENKINWAI_12140001/Credit:Kin-Wai YUEN/SIPA/2403261216

Législatives 2024 : « Le Sénat peut apparaître comme un pouvoir clé dans cette période chahutée que nous allons vivre »

Alors que le Sénat prend un poids politique de plus en plus important depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, les élections législatives les 30 juin et 7 juillet pourraient accroître cette influence.
Stephane Duguet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le Palais du Luxembourg incarnerait-il un roc de stabilité sous la Ve République ? Depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, le Sénat est devenu une chambre avec plus poids politique. « Nous observons un poids politique croissant du Sénat lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron avec la visibilité des commissions d’enquêtes sur l’affaire Benalla ou les cabinets de conseils, par exemple », indique Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université Paris Panthéon-Assas. Le constitutionnaliste estime que ce qui a renforcé le Sénat depuis la majorité relative du camp présidentiel en 2022, c’est « l’importance du groupe Les Républicains (LR) qui a joué un rôle charnière », avec le dépôt de plusieurs textes en première lecture au Sénat. En témoignent les négociations autour du projet de loi immigration porté par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, largement refaçonné selon les conditions des sénateurs LR.

Avec la dissolution de l’Assemblée nationale actée par Emmanuel Macron le 9 juin dernier, il pourrait y avoir à nouveau une majorité relative. Dans ce cas, « le Sénat, va jouer un rôle très important parce qu’il aura la tâche d’apporter la clarté dans le débat parlementaire et de tempérer le pouvoir de l’Assemblée nationale de fracturer les débats », explique la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina. « Cette dissolution accélère la reparlementarisation de la Ve République entamée en 2022, donc le Sénat va mécaniquement voir son rôle grandir », abonde Dorian Dreuil, membre de l’Observatoire de la vie politique et expert associé à la fondation Jean Jaurès.

Rôle de blocage contre les réformes constitutionnelles

Si aucun des trois blocs de gauche, du centre et d’extrême droite ne parvient à obtenir 289 députés, « le Sénat pourra jouer le consensus entre les groupes politiques qui ont l’habitude de travailler ensemble sachant qu’il n’y a pas de groupes extrêmes » au Palais du Luxembourg, ajoute-t-elle. « Si vous avez un Sénat qui apparaît comme un une force stable face à une Assemblée nationale divisée, ça peut être un facteur de force », considère Benjamin Morel. Ce rôle joué par la chambre haute du Parlement pourrait être différent de celui imaginé par ses créateurs. « C’est historiquement une chambre qui n’a pas été pensée comme une chambre d’alternance mais comme réfractaire au changement institutionnel », détaille Anne-Charlène Bezzina.

Les sénateurs ont d’ailleurs refusé à de nombreuses reprises des réformes constitutionnelles sous la Ve République comme en 1993 ou en 2018. « C’est un pouvoir de blocage historique au Sénat, rappelle Anne-Charlène Bezzina. Si le futur gouvernement veut réviser la constitution, ce rôle de blocage pourra être important. » S’il obtient la majorité, le Rassemblement national (RN) a d’ores et déjà annoncé qu’il souhaite réviser la Constitution pour mettre en place, par exemple, « la priorité nationale ».

« La stabilité institutionnelle ne peut pas reposer que sur [le Sénat] »

Pour le moment, le rôle du Sénat après le deuxième tour des législatives le 7 juillet est conditionné aux résultats des urnes. Dans le cas où le Rassemblement national parviendrait à former un gouvernement, Benjamin Morel voit deux hypothèses. La première, qu’il considère comme « la plus probable » : « On a un Sénat qui joue les empêcheurs de tourner en rond et qui est dans une logique de barrage comme a pu le faire le groupe RPR de Charles Pasqua dans les années 1980 ». Un blocage qui pourrait se traduire dans l’hémicycle car « il y a un pouvoir d’obstruction du Sénat », explique Benjamin Morel qui cite les articles du règlement intérieur de la chambre haute, à la disposition du groupe majoritaire. Les sénateurs peuvent aussi influencer les débats en commission mixte paritaire (CMP), même si en cas de majorité absolue, l’Assemblée a le dernier mot sur le vote des textes.

Le deuxième scénario qu’il anticipe serait des « compromis trouvés entre l’extrême droite et la droite notamment au moment du budget ». Une hypothèse peu probable qui relèverait d’un alignement de la majorité sénatoriale de la droite et du centre sur le programme économique du RN, éloigné de leur volonté de moins dépenser. Le politiste estime aussi que le RN pourrait venir troubler la majorité Les Républicains en réutilisant certaines de ses propositions. « Par exemple, les sénateurs LR avaient porté le référendum d’initiative partagée sur l’immigration. Que feraient-ils si cette proposition est reprise ? S’il y a une cohabitation qui dure, je ne suis pas certain que les tabous se maintiennent chez les élus ».

« Le Sénat peut apparaître comme un pouvoir clé dans cette période chahutée que nous allons vivre », analyse néanmoins Anne-Charlène Bezzina. D’autant plus qu’à « la différence de l’Assemblée nationale, le Sénat ne peut être dissous. Cela peut le rendre distant des aléas politiques », renchérit Dorian Dreuil. « Mais la stabilité institutionnelle ne peut reposer sur lui. On voit bien que depuis quelques années, la Ve République est à bout de souffle et qu’il faut repenser nos institutions », conclut-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le