Législatives allemandes: un député noir en lutte contre le racisme
En campagne pour sa réélection, Karamba Diaby, premier député noir d'Allemagne élu dans une circonscription d'ex-RDA, aspire à la...

Législatives allemandes: un député noir en lutte contre le racisme

En campagne pour sa réélection, Karamba Diaby, premier député noir d'Allemagne élu dans une circonscription d'ex-RDA, aspire à la...
Public Sénat

Par Yannick PASQUET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

En campagne pour sa réélection, Karamba Diaby, premier député noir d'Allemagne élu dans une circonscription d'ex-RDA, aspire à la normalité malgré les injures racistes qui pleuvent sur lui dans cette région où prospère la xénophobie.

"A tous les racistes: I'm not your negro!" ("Je ne suis pas votre nègre!"): sur Facebook, Karamba Diaby, né au Sénégal il y a 55 ans, a tapé du poing sur la table pour répondre aux néo-nazis qui l'agonissent d'injures alors qu'il bat le pavé pour se faire réélire lors des législatives du 24 septembre.

Car derrière l'apparente quiétude de la campagne et d'une élection qui paraît promise à Angela Merkel, la colère aux marges de l'échiquier politique gronde. Et avec lui le ressentiment à l'égard des étrangers.

Le candidat social-démocrate de la ville de Halle dénonce ceux qui déversent leur fiel sur lui à coup de "singe noir" et de "ce mot en n" qu'il refuse désormais de prononcer. Il a porté plainte contre le parti néo-nazi NPD à l'origine de cette campagne.

"Les commentaires sont devenus très, très agressifs" sur les réseaux sociaux, affirme à l'AFP ce docteur en chimie élu député pour la première fois il y a quatre ans.

Avec un autre Allemand d'origine sénégalaise, ils sont les deux premiers noirs de l'Histoire à siéger au Bundestag.

Karamba Diaby, qui a reçu des centaines d'emails injurieux et des menaces de mort dans le passé, considère que "c'est un devoir de toute la société" de faire front. Car "il n’y a pas de liberté d'opinion quand on insulte quelqu’un".

- Dignité d'une personne -

"La dignité d'une personne est inscrite dans notre Constitution", martèle cet homme qui parle parfaitement l'allemand, le français et le mandinka. Et "je ne me laisse pas intimider par qui que ce soit".

Le député né en Casamance aimerait qu'on ne le renvoie plus sans cesse à sa couleur de peau. "Si le fait que quelqu'un qui vit ici depuis plus de 31 ans, qui a étudié ici, qui a sa famille ici (...) pose sa candidature au parlement est un événement extraordinaire et une sensation, c'est très dommage", juge-t-il.

Mais sur les terres désindustralisées de l'ancienne RDA communiste, le racisme fait florès. Halle, ville de 230.000 habitants qui ne compte que quelque 7% d'étrangers et accueille 4.000 réfugiés, est considérée comme un fief néo-nazi.

En outre, le jeune parti nationaliste et anti-migrants Alternative pour l'Allemagne (AfD) a enregistré dans sa région un score record de plus de 24% l'an dernier.

Sur la place principale de Halle, Karamba Diaby enchaîne ce matin-là les échanges chaleureux. Très loin de la haine sur internet. "Karamba!", lance un jeune poing levé en signe de victoire. "Tu viens au match samedi?", lui demande un autre alors que grimpé sur un escabeau, le député se débat avec une affiche de campagne qu'il faut accrocher au lampadaire.

- Naturalisé en 2001 -

"Je dis toujours aux étrangers que quand tu es en Allemagne, tu dois la considérer comme ton pays", reprend M. Diaby naturalisé allemand en 2001.

Malgré tout, pour lui "l’Allemagne est un pays ouvert" qui a beaucoup changé depuis qu'il a débarqué, un jour d'octobre 1985, dans la RDA communiste. Pour seul bagage, le jeune Sénégalais disposait d'une bourse d'études décrochée grâce à ses activités dans une organisation estudiantine de gauche dans son pays natal.

"Je savais seulement deux mots, 'Bundesliga’ et 'BMW’" en arrivant, sourit M. Diaby qui a fréquenté au lycée l'actuel président sénégalais, Macky Sall. Et "les conditions n'étaient pas faciles" dans ce régime dictatorial.

Les Allemands de l'Est vivaient en vase clos, les Africains, essentiellement des étudiants venus de pays socialistes, n'étaient guère intégrés.

Quand le Mur de Berlin s'effondre en 1989, le racisme à l'Est se déchaîne. Un soir de 1991, descendant d'un bus, le jeune doctorant est agressé physiquement. M. Diaby n'aime guère évoquer ce souvenir.

Marié à une Allemande, il reste dans le pays, s'engage au SPD où il veut aujourd'hui se battre pour l'éducation, "l'un des grands défis" du pays.

Sa thèse de doctorat, il l'a consacrée à la pollution de sols dans les jardins ouvriers. Ces lopins de terre typiques de son pays d'adoption.

Partager cet article

Dans la même thématique

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le

Législatives allemandes: un député noir en lutte contre le racisme
5min

Politique

« J’ai bien peur du cauchemar » : Sébastien Lecornu pointe le contre-budget du RN et dénonce l’effort de « 18,4 milliards d’euros en 2031 » demandé aux collectivités

« Ces deux mandats macronistes nous lèguent 1300 milliards d’euros de dette supplémentaire », soit « plus de 400 millions d’euros par jour », a dénoncé la nouvelle présidente du groupe RN/UDR du Sénat, Edwige Diaz. Le premier ministre a pointé en retour l’effort demandé aux collectivités par le Rassemblement national. La sénatrice RN a démenti les chiffres, pourtant bien inscrits dans le contre-budget du RN.

Le