Législatives : après une semaine à couteaux tirés entre Macron et Mélenchon, les enjeux du second tour

Législatives : après une semaine à couteaux tirés entre Macron et Mélenchon, les enjeux du second tour

Face au risque de se retrouver sans majorité absolue, Emmanuel Macron a dramatisé l’enjeu pour les législatives, en multipliant les attaques contre Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la Nupes, dont le pari de devenir premier ministre semble compromis, devrait néanmoins devenir la première force d’opposition. Les LR pourraient eux devenir la force pivot, si le Président est affaibli par les résultats.
François Vignal

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Les dés sont jetés et chacun joue gros. D’un côté Emmanuel Macron qui vise une majorité à l’Assemblée nationale. De l’autre, Jean-Luc Mélenchon et une gauche au plus haut, qui pourraient poser de sérieux problèmes au chef de l’Etat. Un entre-deux tours à couteaux tirés où tous les coups, ou presque, ont été permis.

Dans la majorité, la crainte d’une majorité relative qui pourrait empêcher Emmanuel Macron de gouverner

Dimanche dernier, 20 heures. Les résultats du premier tour apparaissent. La majorité présidentielle et la Nupes sont au coude à coude. Les projections tombent : Ensemble, la confédération qui rassemble le parti présidentiel de Renaissance et les alliés du Modem et d’Horizons, sont donnés entre 255 sièges et 310, selon les instituts. La majorité absolue et ses 289 sièges est loin d’être acquise. Officiellement, pas de panique. Mais c’est bien la capacité d’Emmanuel Macron à gouverner qui se joue. Signe de la tension : le ministère de l’Intérieur et LFI bataillent pour savoir qui est arrivé en tête, en nombre de voix.

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Concrètement, si Ensemble n’a pas de majorité absolue, les macronistes devront composer et trouver des voix, au cas par cas, un coup à droite, peut-être un coup à gauche. Mais surtout à droite. Dès dimanche soir, Christian Jacob, l’encore patron des LR, dit d’ailleurs vouloir incarner une opposition constructive… « Si nous avons une majorité relative, ça va nous contraindre à gouverner avec la droite », prédit avant le premier tour un ministre.

Dans l’entre-deux tour, une de ses collègues du gouvernement explique ne pas croire à des majorités de circonstance, selon les textes. « Le problème d’une majorité relative, c’est que vous ne votez plus de projet de loi », « l’idée de faire au cas par cas, ça n’existe pas. Ce n’est pas le système allemand. Vous ne créez pas de coalition. Nos institutions ne sont pas construites comme ça », analyse en privé une ministre, qui ne voit qu’une solution : « Une alliance avec les LR. Pas que sur la réforme des retraites, sur tout ». Mais tous les LR, qui pourraient conserver autour d’une cinquantaine de députés, ne seraient pas prêts à un accord avec Emmanuel Macron, après l’avoir fustigé pendant 5 ans.

Pour éviter d’en arriver là, la stratégie définie à l’Elysée est claire : haro sur la Nupes et surtout sur Jean-Luc Mélenchon, accusé de tous les mots et maux. Les macronistes agitent la menace d’un « pays bloqué ». « Une cohabitation serait impossible », lance le président LREM de l’Assemblée, Richard Ferrand, ce qui est constitutionnellement inexacte. Des attaques tous azimuts, avec en point d’orgue, la déclaration d’Emmanuel Macron sur le tarmac d’Orly, avant de décoller pour la Roumanie, puis de se rendre en Ukraine où il rencontre le président Zelenski. Un petit air de de Gaulle qui fuit à Baden Baden. Surtout une dramatisation à l’extrême, où le chef de l’Etat demande « une majorité solide » au nom « de l’intérêt supérieur de la Nation ». Il en appelle au « sursaut républicain ». Un ton qui montre en creux une forme de fébrilité de l’exécutif.

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La République, c’est aussi sur ce clivage que la macronie entend mobiliser ses électeurs, dans un contexte d’abstention historique. Au point de manquer de clarté sur le mot d’ordre en cas de duel Nupes/RN au second tour. Pas une voix ne doit aller à l’extrême droite, mais l’appel au vote dépend de la nature républicaine du candidat de la Nupes, comme l’explique Elisabeth Borne. Une ministre reconnaît qu’« il y a peut-être eu des formulations maladroites », mais renvoie sur le positionnement de la Nupes en cas de duel LREM/RN. « Ils ne font que 15 appels clairs à faire barrage au RN sur 110 circonscriptions. Les leçons de morale, ça vaut dans les deux sens », tacle cette ministre.

L’attaque contre Mélenchon tombe parfois à côté, comme avec ce clip des Jeunes avec Macron, d’une jeunesse un peu dorée qui voit son week-end à Marrakech annulé si la Nupes arrivait au pouvoir. A l’heure des fins de mois difficiles, on fait mieux comme message… Le clip est supprimé.

Si l’opération est couronnée de succès et que la majorité présidentielle obtient la majorité absolue, Emmanuel Macron n’en sera pas au bout de ses peines. Car LREM n’aura pas seul la majorité dans ce cas de figure. Il aura certainement besoin des voix des alliés du Modem et d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe. Une situation qui renforcerait l’ex-premier ministre qui ambitionne déjà de prendre la succession d’Emmanuel Macron, en 2027. Mais promis, les philippistes n’entendent pas jouer les « frondeurs », assure Agnès Firmin Le Bodo, une proche du maire du Havre. Mais une bataille sourde s’annonce. « La guerre de succession a déjà commencé », confie une députée LREM, qui a vu tour à tour, ces dernières semaines, les soutiens d’Edouard Philippe ou de Bruno Le Maire l’inciter à les rejoindre…

Pari déjà gagné pour la Nupes et Jean-Luc Mélenchon ?

Au soir du premier tour, c’est un Jean-Luc Mélenchon au ton grave, presque crépusculaire, qui apparaît à l’écran. Croyait-il vraiment pouvoir obtenir une majorité, synonyme de cohabitation qui l’enverrait à Matignon ? Les résultats du premier tour donnent l’union de la gauche, la Nupes, au coude à coude avec LREM. Mais en projection, les candidats de gauche, dont le total de voix est égal à celui de 2017 et qui n’ont pas de réserves de voix, contrairement aux macronistes avec LR, n’auraient pas de majorité.

C’est pourtant déjà bien une première victoire pour l’attelage un brin baroque de Jean-Luc Mélenchon, qui reste à confirmer au second tour. Car la gauche, totalement divisée à la présidentielle, a réussi le tour de force, à la surprise de tous et d’Emmanuel Macron qui n’avait pas vu le coup politique venir, à s’unir. Et comme le veut l’adage, l’union crée la force… et les sièges à l’Assemblée nationale.

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Des sièges qui reviendraient surtout à La France Insoumise. Mais le PS devrait conserver un groupe et le premier secrétaire Olivier Faure réussir son pari. Sur les 66 candidats socialistes investis par la Nupes, 52 sont qualifiés pour le second tour. Et sur les 70 dissidents PS, très peu sont au second tour, malgré les coups de main de Carole Delga, de Bernard Cazeneuve ou de François Hollande.

Face aux coups de boutoir des macronistes, Jean-Luc Mélenchon n’est pas en reste. Au soir du premier tour, il avance qu’Emmanuel Macron prépare une « TVA augmentée » pour tenir les objectifs de réduction des déficits. Le leader insoumis est le « premier menteur » lui rétorque la première ministre, Elisabeth Borne. L’attaque de Jean-Luc Mélenchon tient plus du raisonnement logique, reconnaît ce dernier. Rien de tel n’a été annoncé par le gouvernement. Le tribun, au verbe toujours habile, fait par ailleurs un lapsus, qu’il regrette, en s’adressant aux « fachos pas trop fâchés », plutôt qu’aux « fâchés pas fachos ».

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Jean-Luc Mélenchon, qui affirme qu’il peut encore gagner dimanche, a besoin pour ça d’un sursaut de mobilisation. « Pas la peine de râler sur Parcoursup si après, on ne vote pas pour ceux qui veulent l’abolir », lance Mélenchon en direction des jeunes. Le candidat écologiste Yannick Jadot, dont on sait le peu de bien qu’il pense de l’accord de la Nupes, vient même donner un coup de main, appelant à voter pour l’union de la gauche, « même si on n’est pas mélenchoniste ».

Alors que l’exécutif décrit Jean-Luc Mélenchon en grand méchant rouge, la Nupes rétorque que « le chaos, c’est Macron ». L’écologiste Léa Balage El Mariky dénonce au passage l’« inaction climatique organisée », alors que la canicule s’abat sur l’hexagone. Vendredi, lors d’un dernier point presse, le numéro 1 d’EELV enfonce le clou et parle de « canicule politique ».

Si LFI se retrouve le premier groupe d’opposition dimanche soir, la présidence de la commission des finances devrait théoriquement lui revenir. Enfin sur le papier. Car au cœur du pouvoir, on veut « empêcher que ce soit un député LFI » qui prenne le poste, assume un ministre. Si les insoumis ont autour de 100 députés, contre seulement 17 aujourd’hui, les macronistes craignent déjà « le bazar » ou « le bordel » qui régnera au Palais bourbon. Quel que soit le résultat, l’ambiance sera à n’en pas douter électrique.

Le retour des LR, qui pourraient jouer les juges de paix

On les avait peut-être enterrés un peu vite. Certes, le groupe LR devrait fondre après le second tour des législatives. Mais pas s’écrouler. De 100 députés aujourd’hui, le groupe pourrait garder entre 60 et 80 sièges, selon les sondages. Si elle s’est retrouvée défaite à la présidentielle, la droite pourrait de manière inattendue retrouver du galon, à l’issue des législatives, et jouer le rôle de force pivot. Si Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, il devra se tourner vers les députés LR, pour faire adopter ses réformes (voir plus haut). Facile sur les retraites, mais moins évident sur d’autres textes. Tout le monde n’est pas prêt, chez LR, à suivre la voie proposée par Nicolas Sarkozy ou Jean-François Copé, qui se sont découvert un tropisme macroniste ces dernières semaines.

Au lendemain du premier tour, Christian Jacob, président des LR, décrit la ligne : « Voter et amender les réformes qui vont dans le bon sens » mais « s’opposer durement à celles qui vont à contresens de ce que l’on souhaite et à l’intérêt du pays ».

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Dans ce paysage politique toujours en recomposition, le Sénat pourrait voir son rôle renforcé, en tant que place forte de la droite. Lundi, Emmanuel Macron a rencontré discrètement son président, Gérard Larcher. Après de nombreux épisodes de tension, le chef de l’Etat devra peut-être « ouvrir ses chakras » avec le Sénat, s’amuse un sénateur LR. A côté du « bazar » de l’Assemblée, la Chambre haute « sera la chambre apaisée », prédit un ministre, qui ajoute : « Avec le Sénat, on peut travailler ». Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques du Sénat, confirme. Les commissions mixtes paritaires conclusives avec les députés ont été nombreuses depuis 5 ans.

Mais le contexte politique qui pourrait remettre les LR au centre du jeu est à double tranchant. « Bien sûr, c’est un cadeau empoisonné. Car cela peut nourrir le sentiment de confusion. C’est pour ça qu’il faudra être sélectif et probablement assez exigeant sur ce qu’on demande », met en garde Sophie Primas. Et un rapprochement, même au coup par coup, n’arrangerait pas les affaires de certains LR, comme Laurent Wauquiez.

Eclipsé par la Nupes, le RN devrait cependant avoir un groupe à l’Assemblée

On l’a assez peu entendu avant le premier tour, pas beaucoup plus avant le second. Marine Le Pen est passée à côté de la campagne des législatives. La candidate malheureuse du second tour de la présidentielle n’a pas semblé chercher à transformer l’essai.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, lance au lendemain du premier tour un appel à la mobilisation pour faire « barrage à la Macronie et à l’extrême gauche ». « Entre la république Traoré d’un côté et la République McKinsey de l’autre, nous sommes les garants de la République Française », lance le responsable frontiste. « Jean-Luc Mélenchon est le chouchou des medias », va jusqu’à dire Jordan Bardella sur CNews, la chaîne de Vincent Bolloré qui a pourtant sorti le tapi rouge à l’extrême droite avant et pendant la campagne présidentielle.

Le RN progresse néanmoins en voix, entre 2017 et 2022, et semble à peu près assuré d’avoir un groupe à l’Assemblée. Ce sera moins que LFI, mais ce sera déjà un progrès pour Marine Le Pen, qui devrait être réélue députée. Autre satisfaction pour le RN : avoir rayé de la carte électorale la concurrence de Reconquête et d’Eric Zemmour, défait dans le Var dès le premier tour.

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