Paris : Auditions au MEDEF
Jordan Bardella et Eric Ciotti MEDEF hearings of party and coalition leaders ahead of parliamentary elections. Philemon Henry / SIPA Auditions des chefs de parti et de coalition en vue des elections legislatives par le MEDEF. Philemon Henry / SIPA//HENRYPHILEMON_philemon0243/Credit:Philemon Henry/SIPA/2406201214

Législatives : ces sénateurs tentés par la ligne Ciotti/Bardella

Depuis l’alliance annoncée entre Éric Ciotti et Jordan Bardella aux élections législatives, les sénateurs du groupe LR du Sénat font officiellement bloc derrière la ligne d’autonomie définie par le bureau politique du parti. Mais dans cette campagne éclair, certains expriment leurs divergences. Après les 7 juillet, elles pourraient bien s’accentuer.
Simon Barbarit

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Le 11 juin dernier, encore sous le choc de l’alliance surprise décidée par Éric Ciotti avec Jordan Bardella pour les législatives, Bruno Retailleau pouvait se consoler avec le soutien des sénateurs de son groupe. Quelques minutes avant l’annonce de l’accord par le patron de LR dans le JT de TF1, le président du groupe au Sénat avait fait adopter un communiqué par les élus de la chambre haute. : « A l’unanimité, pas une voix n’a manqué, pas une seule abstention, les sénateurs de mon groupe se sont prononcés pour cette ligne d’autonomie et d’indépendance, la seule capable de préserver ce que nous sommes, pour donner aux Français, une vraie alternative », martèle-t-il au cours de cette journée folle.

« Ne pas rajouter de l’huile sur le feu »

Pourtant, comme nous l’avions écrit (lire notre article) certains élus Les Républicains nous avaient confié, peu avant la rédaction de ce communiqué, soutenir l’initiative d’Éric Ciotti. Depuis, certains l’affirment même ouvertement. C’est le cas du sénateur des Alpes-Maritimes proche d’Éric Ciotti, Henri Leroy. Connu pour ses positions droitières au sein du Palais du Luxembourg — il a récemment plaidé pour la mise en place d’une commission d’enquête sur « l’islamogauchisme dans les universités » — Henri Leroy a « salué » la décision d’Éric Ciotti, c’est le seul moyen de sauver la France », a-t-il affirmé dans les colonnes de Nice Matin. Contacté par publicsenat.fr, Henri Leroy dit désormais vouloir observer une période de réserve « et ne pas rajouter de l’huile sur le feu ».

La sénatrice de l’Ain, Sylvie Goy-Chavent qui avait apporté son parrainage à Éric Zemmour lors de la dernière élection présidentielle, a posté une story de soutien au candidat de la 5e circonscription de son département investi sous la double étiquette « Les Républicains à droite et le RN ». Ce candidat n’est autre que Marc Chavent, son frère et collaborateur parlementaire,  Reconquête en 2022. La sénatrice n’hésite pas non plus à retweeter des posts d’Éric Ciotti ou du député sortant RN, Thierry Mariani. Contactée par publicsenat.fr, Sylvie Goy-Chavent n’a pas donné suite à nos sollicitations.

La sénatrice fait partie d’un petit groupe d’une dizaine d’élus LR, baptisé « le club des libertés », née de leur hostilité au passe vaccinal. « Le soutien des LR au pass vaccinal a été une erreur politique », expliquait à l’époque le sénateur Alain Houpert, pour qui le groupe avait miné son rôle d’opposition en acceptant de soutenir le dispositif. Parmi les élus de ce « club », on trouve d’autres parrains d’Éric Zemmour à la présidentielle, Alain Houpert, le sénateur du Rhône, Etienne Blanc, la sénatrice du Bas-Rhin Laurence Muller-Bronn, mais aussi l’ancien sénateur Sébastien Meurant, partisan de l’union des droites, et aujourd’hui candidat aux législatives dans la quatrième circonscription du Val d’Oise avec le soutien d’Éric Ciotti et du RN.

Vers un groupe RN au Sénat ?

L’union des droites pourrait-elle se faire aussi au Sénat après le 7 juillet via la création d’un nouveau groupe ? Le sénateur RN des Hauts-de France, Joshua Hochart assure que depuis son élection à la chambre haute en octobre dernier, il a reçu de nombreux messages de soutien provenant de sénateurs de droite et même du centre. « Certains n’ont pas attendu l’alliance avec Éric Ciotti. Nous avons pu observer lors de l’examen du projet de loi immigration que nous pouvions travailler ensemble. Nous avons fait notre petit bonhomme de chemin à la Haute assemblée. Nous avons appris les us et coutumes. Je ne pense pas qu’on sera en mesure de constituer un groupe dès septembre, mais dans deux ans, lors du prochain renouvellement du Sénat, ce sera tout à fait jouable », assure-t-il. Pour rappel, il faut 10 sénateurs pour constituer un groupe et il y a actuellement trois sénateurs RN et un sénateur Reconquête !, Stéphane Ravier.

« A la Nupes, il y a des gens qui s’allient aux islamistes »

Franchir le Rubicon ou couper le cordon sanitaire avec l’extrême droite ? La question est posée à Alain Houpert qui préfère répondre par une autre question. « Pourquoi avons-nous une morale à deux vitesses ? A la Nupes, il y a des gens qui s’allient aux islamistes. Je trouve déplorable cette façon de traiter la politique avec manichéisme. Vous avez des circonscriptions où des candidats LR n’ont pas de candidats macronistes face à eux. C’est tout à fait immoral car c’est quand même lui qui nous a mis dans cette situation dramatique ».

« Ça fait des années qu’une partie de LR tend vers le RN et une autre vers Emmanuel Macron »

Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, le sénateur de Haute-Saône, Alain Joyandet est l’un des rares à ne pas avoir voté pour l’exclusion d’Éric Ciotti lors du Bureau politique la semaine dernière. Mais n’allez pas y voir un soutien à une alliance avec le RN, bien au contraire. « Sur le principe, je pense qu’il ne fallait pas répondre à l’acte politique d’Éric Ciotti par un acte juridique. On peut lui rendre hommage, car il a précipité la clarification. Ça fait des années qu’une partie de LR tend vers le RN et une autre vers Emmanuel Macron. Résultat, des années qu’on fait du surplace et Valérie Pécresse a fait moins de 5 % à la présidentielle. Mon vote avait pour objectif de rappeler à ma famille politique que ça fait 10 ans qu’on fonce dans le mur ».

Alain Joyandet avait plaidé dès le mois de janvier pour une coalition avec la majorité. « Si on m’avait écouté, si on avait rassemblé la droite, les centristes et la majorité. On aurait fait 25, 26 % aux européennes et il n’y aurait pas eu de dissolution. A chaque fois qu’on a été au pouvoir, c’était grâce à une coalition, l’UMP ce n’est pas autre chose qu’une fusion de partis. Si au soir du 7 juillet, il n’y a pas de majorité entre le bloc très à gauche et le bloc très à droite, ce sera le chaos. Et la terre brûlée ce n’est pas la position des Républicains et des gaullistes ».

Voilà pourquoi, certains seront tentés par une coalition avec le RN.

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