Elections Legislatives bureau de vote a Nice
Elections Legislatives, bureau de vote, Nice FRANCE - 30/06/2024//SYSPEO_sysB025/Credit:SYSPEO/SIPA/2406301529

Législatives : comment un candidat placé sous curatelle a-t-il pu se présenter ?

Dans la 2e circonscription du Jura, un candidat RN s’est qualifié au second tour des élections législatives, récoltant 32,76% des suffrages. Problème ? En novembre 2023, il a été placé sous curatelle, le rendant théoriquement inéligible.
Alexis Graillot

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Il s’appelle Thierry Mosca, il a 65 ans, et il est candidat RN dans la 2e circonscription du Jura. Jusqu’ici, rien ne semble anormal. Mais en cette journée mondiale des OVNIS, ce candidat bénéficie d’une notoriété toute particulière, puisque ce dernier est placé sous curatelle depuis novembre 2023, selon les informations du quotidien Le Progrès.

Il ne s’agit nullement de stigmatiser ce candidat de quelque manière qui soit. En revanche, le code électoral interdit expressément qu’une telle candidature puisse aboutir. Pourtant, celle-ci a été validée par la préfecture. Comment est-ce possible ? Public Sénat vous aide à comprendre cet imbroglio avec Anne-Charlène Bezzina, constitutionnaliste et maître de conférences en droit public à l’Université de Rouen.

« Inéligibilité » de principe

Pour comprendre ce qu’il se joue, il faut se tourner vers le code électoral, qui en son article LO 129, stipule : « Les majeurs en tutelle ou en curatelle sont inéligibles ». Une « inéligibilité » de principe qui doit cependant s’interpréter au regard de l’article LO 128 du même code, qui précise que « ne peuvent faire acte de candidature que les personnes déclarées inéligibles par le juge administratif ».

Dans cette configuration, en l’absence d’un recours devant ce dernier, Thierry Mosca avait toute la légitimité pour se présenter. Et ce, en dépit des informations de nos confrères de Mediapart, selon lesquelles « une procédure le visant pour travail dissimulé a par ailleurs été classée sans suite début juin en raison d’un état mental déficient ».

« Auto-saisine » du Conseil constitutionnel

Quant au juge constitutionnel, il « peut invalider l’élection, mais il faudrait qu’il y ait une forme d’insincérité du scrutin », nous explique Anne-Charlène Bezzina. En d’autres termes, si le Conseil constitutionnel considère que si le public avait eu connaissance de l’information, et que le résultat eut été différent, l’insincérité du scrutin peut être prononcée.

Il faut cependant noter qu’ « un électeur qui souhaiterait contester la candidature en amont ne peut pas former un recours devant le Conseil constitutionnel, seul un candidat a la capacité de pouvoir le faire », continue la constitutionnaliste, qui précise également que la haute juridiction possède une capacité « d’auto-saisine » sur cette question. En d’autres termes, le Conseil peut invalider de lui-même l’élection, sans qu’un recours soit formé contre lui, étant considéré comme le « juge électoral ».

En revanche, le droit au recours est garanti par l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, qui dispose en son article 33 : « L’élection d’un député ou d’un sénateur peut être contestée devant le Conseil constitutionnel jusqu’au dixième jour qui suit la proclamation des résultats de l’élection, au plus tard à 18 heures ». Avant de préciser : « Le droit de contester une élection appartient à toutes les personnes inscrites sur les listes électorales ou les listes électorales consulaires de la circonscription dans laquelle il a été procédé à l’élection ainsi qu’aux personnes qui ont fait acte de candidature ».

Secret médical

Dès lors, pourquoi la préfecture du département a-t-elle validé cette candidature ? « Les pièces fournies au moment du dépôt des candidatures ne permettent pas aux préfectures de savoir si une personne est sous curatelle », explique-t-elle auprès de l’AFP. Le secret médical étant garanti, le candidat n’avait pas à préciser cette information au moment de sa déclaration de candidature.

Thierry Mosca a cependant peu de chances d’être élu, puisque non seulement celui-ci est arrivé 6 points derrière la candidate LR sortante, Marie-Christine Dalloz (38,59 %), mais il fait également face au désistement de la candidate du Nouveau Front Populaire, Evelyne Tenant, arrivée troisième avec 24,75 %.

Du côté du candidat RN, il expliquait hier auprès de France Bleu Besançon, les raisons pour lesquelles il a fait le choix de maintenir sa candidature : « J’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont voté pour moi et qui m’ont dit de continuer malgré tout, car nous devons taper encore du poing sur la table ». Néanmoins, la candidate communiste malheureuse ne compte pas en rester là : « Cette élection est un tel déni de sincérité que je ne vois pas comment elle pourrait être validée. De toutes les façons, il y aura des recours et ce sera au conseil constitutionnel de décider ». Un petit moment insolite dans une campagne qui ne laisse que peu de répit… et une histoire qui n’est sans doute pas encore terminée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Législatives : comment un candidat placé sous curatelle a-t-il pu se présenter ?
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Législatives : comment un candidat placé sous curatelle a-t-il pu se présenter ?
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le