Législatives : dans les Alpes-Maritimes, la droite et le RN se disputent un électorat divisé

Sur les terres d’Eric Ciotti, l’électorat de droite est déboussolé par les déchirements des LR. Dans la neuvième circonscription, Michèle Tabarot mise sur son ancrage local pour battre l’extrême-droite aux élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet prochains. Reportage à Grasse et Pégomas de Samia Dechir et Lina Boudjeroudi.
Samia Dechir

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C’était une proche d’Éric Ciotti, élue du même département des Alpes-Maritimes. Michèle Tabarot a vécu comme une trahison l’alliance passée secrètement par le président de son parti avec l’extrême droite. « Nous qui sommes engagés dans cette famille politique depuis tant d’années, nous avons très mal vécu la décision d’Eric Ciotti. C’est quelque chose qui pour nous a été inacceptable », lance-t-elle aux militants LR venus l’écouter ce soir à Grasse (Alpes-Maritimes).

« On est paumés »

Michèle Tabarot repart en campagne avec une ligne claire : pas d’alliance avec le RN, ni avec la majorité présidentielle, qui ne présente pourtant aucun candidat face à elle dans la neuvième circonscription des Alpes-Maritimes. « A ceux qui disent qu’il y a eu des petits arrangements entre amis, moi je ne connais pas ça. Je ne suis pas à vendre ! » se défend la députée sortante. Celle qui a présidé la commission nationale d’investiture des LR « canal historique » revendique l’indépendance de son parti. Les militants présents approuvent, sans cacher leur inquiétude. « On est paumés » avoue un octogénaire qui a toujours voté à droite. « J’espère que le parti va survivre, qu’il ne va pas complètement disparaître après ces élections » lâche un autre sympathisant.

Ici plus qu’ailleurs, l’alliance d’Eric Ciotti avec le Rassemblement National peut faire du tort à la droite locale, dont l’électorat est réputé poreux aux idées d’extrême droite. « Dans notre département ils sont partagés », reconnaît Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice des Alpes-Maritimes venue soutenir Michèle Tabarot. « Certains de la base adhèrent à cette ligne de l’union des droites […] et puis il y a des électeurs qui ne l’admettent absolument pas, qui pensent que la droite républicaine a toujours sa place ». Combien choisiront de se tourner vers l’extrême-droite les 30 juin et 7 juillet prochains ?

Miser sur l’ancrage local

Michèle Tabarot reconnaît que la trahison d’Eric Ciotti est un « boulet que [nous avons] au pied, particulièrement dans ce département ». Mais la députée sortante, réélue sans discontinuer depuis 2002, veut croire que son ancrage local fera la différence. « Je pense que le tort est fait au niveau national. Sur le terrain c’est différent, ils me connaissent, ils connaissent mes votes, ils connaissent mon travail ».

Face à elle, l’extrême droite mise au contraire tout sur une figure nationale, celle de Jordan Bardella. Sur le marché Pégomas, devant la permanence de Michèle Tabarot, Franck Galbert, candidat du RN, reçoit un accueil plutôt bienveillant. Lorsqu’il tend un tract aux passants, pas un mot sur son parcours, ni son programme., sa seule promesse : « amener Jordan à Matignon ». « Pourquoi pas rétorque » une cliente du marché. La plupart des électeurs qu’il croise acceptent son tract avec le sourire, beaucoup semblent prêts à voter pour lui.

« Des jeunes LR vont militer et voter pour nous »

Il y a deux ans, cet auto-entrepreneur spécialiste de la cybersécurité s’était incliné face à Michèle Tabarot aux élections législatives, avec près de trente points d’écart. Cette fois, il compte bien profiter des divisions de la droite pour détrôner celle qui tient la circonscription depuis 22 ans. « Tabarot était le nom de la droite forte, maintenant elle symbolise la droite molle » tacle Franck Galbert. « Elle n’a pas rejoint Ciotti, ce qui a surpris énormément de LR locaux, surtout des jeunes LR qui m’appellent et qui vont militer et voter pour nous » glisse-t-il confiant.

Faire barrage à l’extrême-droite

Quelques mètres plus loin, le Front Populaire courtise le même électorat. José Garcia Abia tient la fédération socialiste des Alpes Maritimes. Ce matin, le candidat de l’union des gauches est accompagné de militants communistes et associatifs. Sur ces terres de droite, la gauche n’est pas en position de force. Mais José Garcia Abia tente de convaincre chaque électeur qu’il croise de faire barrage à l’extrême-droite. « Quand on voit le nombre de procurations qu’on nous demande, je pense qu’on aura un taux important de vote » espère le candidat de l’union des gauches.  « Si ce taux est important, je peux être au deuxième tour, et on ne sait pas ce qu’il va se passer ». Difficile en effet, de faire des pronostics dans ce département des Alpes Maritimes, où les déchirements de la droite brouillent les repères habituels des électeurs.

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