Emmanuel Macron at the Croix du Souvenir monument to commemorate General de Gaulle’s Appeal of June 18th

Législatives : « Emmanuel Macron participe à installer les thématiques d’extrême droite »

En déplacement dans le Finistère, le chef de l’Etat a fustigé le programme « ubuesque » et « totalement immigrationiste » du nouveau Front Populaire. Des propos qui ont logiquement provoqué l’ire de la gauche et pose question sur sa stratégie de campagne.
Simon Barbarit

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Le vent dans les cheveux, sur l’île de Sein, Emmanuel Macron s’est offert mardi, un moment d’échange comme il les aime avec quelques Français, en marge des commémorations du 84e anniversaire de l’appel du 18 juin. L’occasion pour le chef de l’Etat de faire mine de battre sa coulpe devant son électorat déboussolé par la dissolution surprise. « Ça m’a fait mal le 9 juin (soir des résultats des élections européennes). « C’était un coup de pied dans les fesses », confie-t-il avant de justifier sa décision en empruntant des accents gaulliens : « Sans dissolution, ça aurait été la chienlit ». Il conclut par un satisfecit en affirmant que la dissolution était « la solution la plus raisonnable ».

« Les législatives anticipées lui offrent une seconde chance »

Mais cette nouvelle implication du Président dans la campagne des législatives lui a surtout permis de décocher ses meilleures flèches à l’encontre du Nouveau Front Populaire. Usant d’un lexique emprunté à l’extrême droite. le programme du Front Populaire consisterait selon lui à mettre fin à la laïcité et serait « totalement immigrationiste ». Il a également dénoncé une mesure « totalement ubuesque » qui consiste « à aller changer de sexe à la mairie ». De quoi provoquer l’indignation des responsables de gauche et des associations LGBTQ d’autant que lors de la campagne 2022, Emmanuel Macron avait dénoncé « les procédures administratives inutiles » auxquels devaient se soumettre les « personnes qui s’engagent dans un processus de transition ».

« Comme lors de la campagne des Européennes, Emmanuel Macron se replie sur sa base en s’adressant au cœur de son électorat, les seniors. Il se présente comme un recours face au Rassemblement national. Cette stratégie n’a pas fonctionné lors du précédent scrutin. Mais les législatives anticipées lui offrent une seconde chance. Il pense qu’il peut l’emporter et dans ce cas, ce serait héroïque », analyse Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste de communication politique.

En sept ans, le chef de l’Etat n’en est pas à son premier clin d’œil à l’électorat RN, que ce soit par certaines mesures, comme lors du dernier projet de loi immigration, ou par des propos publics. « En ce sens, il y a une cohérence avec l’évolution programmatique du macronisme qui s’est progressivement dirigé vers la droite avec la volonté de contrecarrer le RN. Il y a quand même un deuxième élément à prendre en compte, c’est que le Front Populaire arrive en deuxième position dans les sondages devant Renaissance, il est donc logique qu’il concentre ses attaques sur la gauche », souligne Olivier Rouquan, enseignant-chercheur en sciences politiques et chercheur associé au Centre d’Études et de Recherches de Sciences Administratives et Politiques (CERSA). Emmanuel Macron semble en effet avoir été pris de court par la dynamique en œuvre à gauche. Il a d’ailleurs pris soin, lors de cet échange filmé, de ne pas reprendre l’appellation Nouveau Front Populaire préférant parler « d’extrême gauche ».

« On a le sentiment que le Président n’a pas de véritable colonne vertébrale idéologique » »

Mais la « triangulation », une tactique politique chère à Emmanuel Macron qui consiste à prendre des idées de ses adversaires pour l’affaiblir, est bien loin d’avoir été un succès aux Européennes. « Seul Nicolas Sarkozy avait réussi à le faire en 2007 car il faisait face à un Jean-Marie Le Pen vieillissant. Là, Emmanuel Macron participe simplement à installer les thématiques d’extrême droite. Globalement sa stratégie est peu compréhensible. Rien ne l’obligeait à dissoudre le 9 juin. Surtout, l’annoncer 30 minutes après que Jordan Bardella l’a demandé, a pu paraître choquant. On a le sentiment que le Président n’a pas de véritable colonne vertébrale idéologique et qu’il navigue à vue », observe la politologue Frédérique Matonti, auteure de « Comment sommes-nous devenus réacs ? » (ed. Fayard)

« La meilleure des options serait qu’il se retire de la campagne »

Le chef de l’Etat ne semble donc pas prêt « à fermer sa gueule » comme l’a demandé cette semaine un sympathisant Renaissance à Gabriel Attal. « Pour l’instant, on ne peut pas encore assurer que le pari macroniste soit perdu. Il subsiste encore la possibilité de voir se mettre en place une coalition avec des élus de droite et une frange de modérés du Front Populaire. Toutefois, Emmanuel Macron est pris dans une injonction contradictoire. Il est celui qui a mis le chaos dans la vie politique et veut se présenter comme le remède. Sans oublier son problème de crédibilité liée à l’usure du pouvoir qui touche tous les dirigeants après sept ans de mandat. La meilleure des options pour son camp serait qu’il se retire de la campagne », esquisse Philippe Moreau Chevrolet.

 

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