Législatives : en campagne, Elisabeth Borne tente de faire oublier les 49.3

Depuis la dissolution surprise, plusieurs poids lourds de la majorité sont de retour sur le terrain pour défendre leur siège de député. Une campagne aux allures de sacerdoce pour celles et ceux qui incarnent la politique du chef de l’Etat, que certains électeurs rejettent. Dans la 6ème circonscription du Calvados, Elisabeth Borne est même surnommée, Madame 49.3.
Audrey Vuetaz

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« Il paraît que ça va s’améliorer ces prochains jours ! » Ce matin-là, Elisabeth Borne, ne commente pas les sondages, mais la météo. Les clients se font rares au marché de Thury-Harcourt, balayé par la pluie, mais l’ex-Première ministre, parapluie dans une main et tracts dans l’autre va les voir, un par un. La campagne est tellement courte que chaque voix compte.

De prime abord, l’accueil est respectueux, certains sont un peu impressionnés, d’autres n’hésitent pas à l’interpeller.

« Comment ça se fait que vous mettez des 49.3 aux gens comme nous et pas à Total pour que l’entreprise paie ses impôts en France ? » Elisabeth Borne prend le temps, explique, « le 49.3 c’est sur les textes financiers » et défend son bilan et celui de la majorité présidentielle. Elle n’hésite pas à tacler au passage le patron du Rassemblement national, Jordan Bardella qui refuse de gouverner sans majorité absolue. « Ce n’est pas facile la majorité relative, moi je suis fière d’avoir pu faire passer 63 textes en allant chercher des majorités. Jordan Bardella dit qu’il ne gouvernera pas avec une majorité relative, mais qui gouverne la France dans ce cas-là ? »

Sa dernière réponse est agacée, en coulisse on nous confie que l’ex Première ministre, redevenue députée de la 6e circonscription du Calvados est vent debout contre la dissolution. Officiellement elle ne laisse presque rien paraitre et repart vanter les emplois créés en 7 ans de présidence d’Emmanuel Macron.

Qui captera les colères ?

Mais ce n’est pas si simple de défendre le bilan de l’exécutif dans la 6e circonscription du Calvados, territoire rural et désindustrialisé. Ici, le sentiment de déclassement est très important et ils sont nombreux à tenir Emmanuel Macron pour responsable.

A la sortie des services technique de Vire, une femme nous confie son désarroi. « Il y en a marre, on ne peut plus rien acheter, on ne peut pas se loger. Macron, il s’occupe des plus riches, il ne s’occupe pas vraiment de nous. » Et quand on lui demande si elle peut nous dire pour qui elle votera : « Je ne sais pas encore, mais peut-être qu’il faut être radical, ça ne peut pas être si grave, si ? »

Une colère, que Noé Gauchard tente de capter. Ce n’est pas pour rien qu’il est venu tracter ici. « Pour l’abrogation de la réforme des retraites, pour la revalorisation des salaires ! », lance-t-il en distribuant son programme.

Il y a deux ans, le jeune homme de 24 ans a tenu la dragée haute à celle qui était Première ministre depuis un mois, avec 47,5% des suffrages au second tour contre 52,5% pour Elisabeth Borne. Mais entre temps il y a eu la réforme des retraites et l’enseignant en sciences politiques, n’hésite pas à en jouer.

« Vous savez madame Borne a fait passer la réforme des retraites pour la prolonger à 64 ans, » lance-t-il pour arrêter un passant. « Evidemment celle qui a porté la retraite à 64 ans et qui est allée dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour prononcer le 49.3 pour la faire adopter, c’est bien Elisabeth Borne donc évidemment qu’on va insister sur ce sujet. »

Une campagne, depuis Paris, pour le RN

Il espère tenir sa revanche mais une autre personnalité s’invite dans ce duel installé. Nicolas Calbrix tout nouveau candidat du Rassemblement national qui remplace Jean-Philippe Roy, évincé par le parti « même s’il a beaucoup de qualités. »

En off, on nous confie que le RN cherchait un candidat plus jeune. Un candidat que nous retrouvons étonnamment à Paris où il travaille.  « Je fais campagne les week-ends mais je dois aussi travailler. » Lui, mise surtout sur le sentiment de rejet qu’inspire le chef de l’Etat et ceux qui incarnent sa politique comme Elisabeth Borne.

« Madame Borne et très identifiée, elle est identifiée à l’échec de la macronie, à la brutalité de de sa manière de gouverner pendant 18 mois. Madame 49.3 comme on l’appelle. Elle a gouverné contre le Parlement, elle a fait passer une réforme des retraites sans vote, c’est quasiment une chance d’être face à Mme Borne, qui est clairement identifiée et on voit que les Normands ont clairement envie de la sanctionner.

S’il est si confiant c’est parce que dans la 6e circonscription du Calvados, le RN de Jordan Bardella a remporté 34% des suffrages aux élections européennes. De très bons scores, qu’il espère transformer aux élections législatives.

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