Les élections législatives françaises, le 11 et 18 juin, représentent un enjeu majeur pour le président Emmanuel Macron, qui a besoin d'une majorité large à l'Assemblée pour mener ses réformes, dans un paysage politique en pleine recomposition.
- Enjeu -
Ce scrutin est crucial pour Emmanuel Macron, en quête d'une large majorité qui lui permettra de mener ses réformes, à commencer par celle du Code du Travail, face aux deux partis traditionnels de droite (Les Républicains) et de gauche (Parti socialiste), affaiblis.
Le Front national (extrême droite) et La France insoumise (gauche radicale), qui ont effectué des percées importantes à la présidentielle avec leurs programmes anti-européens, espèrent confirmer leurs ancrages grâce aux votes des déçus de la mondialisation.
- Mode de scrutin -
Il s'agit d'élire 577 députés à l'Assemblée nationale, dont onze représentant les Français installés à l'étranger. Chaque circonscription représente environ 125.000 habitants.
Une affiche du président français Emmanuel Macron pour la campagne des législatives à Angers, dans l'ouest de la France, le 7 juin 2017
AFP
Les bureaux de vote seront ouverts de 08h00 (06H00 GMT) à 20H00 (18H00 GMT) dans les grandes villes, heure à laquelle seront publiées les premières projections sur les résultats partiels.
Si aucun des candidats ne dépasse les 50% au premier tour, les deux premiers sont automatiquement qualifiés pour un second tour, tout comme ceux qui dépassent 12,5% des inscrits - même en troisième ou quatrième position - peuvent se maintenir au second tour. Au second tour, est élu celui qui remporte le plus de voix quelle que soit la participation.
- Profond renouvellement -
La nouvelle Assemblée sera profondément renouvelée, notamment parce que plus de 200 députés sortants ne se représentent pas.
Le député socialiste Daniel Vaillant lors d'une réunion au siège du PS à Paris, le 14 décembre 2015
AFP
La décision du mouvement d'Emmanuel Macron, La République en Marche (REM), d'investir un grand nombre de candidats issus de la société civile et la nouvelle loi sur le non-cumul des mandats qui a incité certains à ne pas se présenter pour privilégier leur mandat local, vont contribuer au renouvellement de l'Assemblée.
Un total de 7.882 candidats se présentent au premier tour. Leur âge moyen est de 48,5 ans, plus de 42% sont des femmes.
Dans l'Assemblée sortante, les femmes ne représentent que 26,9% des députés --155 sur 577-- ce qui était cependant un record.
- Forces en présence -
- Camp Macron: conquérir la majorité
Les 530 candidats REM, dont très peu sont des députés sortants, ex-socialistes pour la plupart, font face à des adversaires souvent bien implantés localement.
Premier tour des législatives
AFP
Le centriste François Bayrou, rallié à M. Macron en amont de l'élection présidentielle, a obtenu un nombre important d'investitures pour son parti le MoDem. Mais son influence sera marginalisée si En Marche fait un bon score.
A défaut de majorité absolue (289 députés sur 577), le président Macron devra bâtir une coalition avec des élus de droite et de gauche - contre les consignes officielles des partis d'origine- ou bien obtenir au cas par cas les voix des députés pour faire passer ses textes. Le scénario d'une France ingouvernable redouté par certains après l'élection du plus jeune président de l'histoire de France semble désormais exclus par les sondeurs.
- Extrême droite: incarner l'opposition
Après un score historique à la présidentielle (33,9%), moins élevé cependant que dans ses ambitions, l'extrême droite conduite par Marine Le Pen compte sur ses 10,7 millions d'électeurs pour s'installer comme "la première force d'opposition".
Les divisons internes, notamment sur la question de la sortie de l'euro et la prise de distance de la très populaire Marion Maréchal-Le Pen, nièce de Marine, ont cependant ébréché les espoirs du Front National de remporter les 45 circonscriptions où Marine Le Pen a obtenu plus de 50% au deuxième tour de la présidentielle.
- Droite: imposer une cohabitation
Les députés réunis lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 24 mai 2016
AFP
Après la débâcle de la présidentielle qui a vu son candidat éliminé au premier tour (20%), le parti Les Républicains (LR) ambitionne d'imposer un gouvernement de coalition au président centriste. Mais le ralliement de plusieurs responsables au camp Macron et la stratégie du nouveau président qui a nommé un premier ministre de droite à la tête de son gouvernement, sèment le doute et la division. Plusieurs de ses ténors sont en difficulté dans leur circonscription, selon les sondages.
- Gauche: éviter l'effondrement
Après un score historiquement bas à la présidentielle (6,3%), les socialistes, au pouvoir pendant le quinquennat du président Hollande jouent leur survie: une partie de leurs électeurs les a déjà quittés pour Emmanuel Macron, d'autres se sont tournés vers la gauche radicale.
- Gauche radicale: être l'opposition de gauche
Fort de son joli score au premier tour de la présidentielle (19,6%), Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, veut s'imposer comme le premier opposant au nouveau président.
Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.
La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.
Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.
ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.