Législatives : indépendance ou rapprochement avec la majorité présidentielle ? LR tiraillé entre deux stratégies

Législatives : indépendance ou rapprochement avec la majorité présidentielle ? LR tiraillé entre deux stratégies

Officiellement, le parti conduira la bataille des législatives sans rapprochement avec la majorité sortante. Mais plusieurs élus LR se disent prêts à collaborer avec le président réélu. Ces différentes prises de position sèment le trouble et rappellent que cinq ans après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, la recomposition du paysage politique est loin d’être stabilisée.
Romain David

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La droite est-elle en mesure de sauver son ancrage territorial, et sa centaine de députés ? Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour… Ils étaient nombreux dimanche soir, juste après la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, à mettre le cap sur les élections législatives, parfois présentées comme « le troisième tour » de la présidentielle. Chez Les Républicains aussi, alors que les prises de parole se sont faites plus discrètes après le second tour, on s’active en vue du scrutin des 12 et 19 juin prochains. Si le président sortant a été réélu avec plus de 58 % des suffrages exprimés, le poids du vote utile parmi ses électeurs – 42 % d’entre eux déclarent avoir déposé un bulletin à son nom pour faire barrage à Marine Le Pen, selon une enquête de notre partenaire Ipsos-Stopra Steria pour France Télévisions, Radio France, France24/RFI/MCD, Public Sénat/LCP Assemblée Nationale et Le Parisien-Aujourd’hui en France – laisse espérer une prochaine séquence politique plus favorable, pour ne pas dire une planche de salut pour une droite républicaine sortie laminée du premier tour, avec seulement 4,78 % des voix.

« Il y a eu un double rejet lors de la présidentielle : d’un côté le rejet d’Emmanuel Macron qui a alimenté l’abstention et le vote extrême, et de l’autre le rejet de Marine Le Pen qui a alimenté le vote d’Emmanuel Macron. À l’évidence, il faut rééquilibrer les choses aux élections législatives », constate le sénateur Marc-Philippe Daubresse, auprès de Public Sénat. « Il y a une problématique criante : le débat démocratique a été confisqué sur le premier et le deuxième tour. Il y a un troisième tour qui s’appelle les législatives. Si le débat n’a pas lieu on aura une crise sociale sans précédent dès le mois de septembre », avertit pour sa part le sénateur Stéphane Le Rudulier, soutien du très droitier Éric Ciotti pendant le congrès d’investiture de décembre, et qui était invité de notre matinal lundi. « J’appelle l’ensemble des électeurs de droite à revenir vers les partis traditionnels pour que l’on puisse porter un projet de société, que l’on puisse débattre avec les forces de gauche, avec l’extrême gauche, avec l’extrême droite. »

La tentation d’un rassemblement

Mais tous ne sont pas aussi optimistes sur la capacité de LR à reconstruire une force d’opposition pleinement indépendante. De plus en plus de voix estiment que le salut de la droite passera par une forme de coalition avec le camp d’Emmanuel Macron. Une position qui alimente les divisions, parfois violentes, comme en témoigne la bronca soulevée juste avant le second tour par les déclarations de Daniel Fasquelle, le maire du Touquet. Dans un tract posté sur Twitter avant le second tour - et reprenant la charte graphique du livret de campagne d’Emmanuel Macron comme l’a remarqué Libération - celui qui est également trésorier du parti laisse entendre qu’il pourrait, à terme, rallier le fondateur d’En Marche !. Réaction du député et secrétaire général des LR, Aurélien Pradié, également Twitter : « S’il reste un peu d’énergie à Daniel Fasquelle, il pourra devenir trésorier du comité de la lèche à Emmanuel Macron ». Selon des informations du Figaro, l’ancien président des jeunes LR, Aurane Reihanian, souhaiterait désormais pousser l’édile touquettois à la démission de son poste de trésorier, et s’active pour ce faire à réunir des signatures d’élus.

Indépendance totale ou rapprochement en vue d’une forme de coalition, jeune garde ou anciens ténors… l’affaire est révélatrice du type de tensions qui risquent d’agiter le parti dans les semaines à venir, et finalement assez caractéristique des périodes de recomposition politique. Le maire de La Baule Franck Louvrier, la présidente de la région Pays de la Loire Christelle Morançais, le maire de Meaux Jean-François Copé ou encore la sénatrice de Paris Céline Boulay-Espéronnier se disent prêts à travailler avec Emmanuel Macron. Ils s’inscrivent ainsi dans l’appel au rassemblement lancé par Nicolas Sarkozy pendant l’entre-deux-tours, et qui a semé un certain trouble chez des élus qui ne pensaient pas que l’ancien président de la République irait au-delà d’un simple appel à voter Emmanuel Macron au nom du front républicain. « À présent, un certain nombre de gens lèvent le doigt pour dire qu’ils sont prêts à venir manger à la gamelle macroniste, sans en connaître le contenu », raille le sénateur de l’Oise Jérôme Bascher.

« Il peut y avoir un risque d’éclatement de LR, je ne suis pas naïf », admettait la semaine dernière Gérard Larcher, le président du Sénat, dans les colonnes du Parisien. « Ce qu’il va se passer dans les prochains mois sera passionnant. Il y aura certainement des invectives. C’est ça ou la disparition ! », nous confiait il y a quelques jours, non sans une certaine gourmandise, un sénateur plutôt favorable, lui, à un rapprochement avec l’extrême droite.

« Aux législatives, la personne compte au-delà de l’étiquette »

Ce lundi après-midi, les députés tenaient leur réunion de groupe. Mardi, c’est le conseil stratégique du parti qui se réunira. Le patron des LR, Christian Jacob, souhaite un groupe totalement indépendant à l’Assemblée nationale. Les candidats pourraient être amenés à signer une sorte de charte, par laquelle ils s’engagent à ne pas siéger aux côtés de LREM une fois élu. En 2017, un tel document n’avait pas empêché la création du groupe Agir ensemble, réunissant les députés LR Macron-compatibles. « Quel est le principe contraignant d’une charte ? Va-t-on vous envoyer en prison parce que vous n’avez pas respecté ce à quoi vous vous étiez engagés ? », raille la sénatrice Christine Lavarde, qui avait été chargée de travailler sur le projet présidentiel de LR. « C’est une question qui se règle avec sa propre conscience. À quoi bon faire de la politique, si c’est pour trahir après quelques mois les électeurs qui vous ont fait confiance… » « Le conseil stratégique regroupe des vielles barbes, qui ne sont pas vraiment des personnages de terrains », tacle un parlementaire.

Christine Lavarde estime que le parti est en mesure de récupérer des électeurs qui ont privilégié le vote utile dès le premier tour, grâce à son important maillage territorial. « C’est un scrutin local. Aux législatives, la personne compte au-delà de l’étiquette, la façon dont elle a été présente, investie sur certains dossiers peut faire la différence. On sait que les élus LREM n’ont pas su occuper le terrain. Le vote ne sera pas le même qu’à la présidentielle », veut-elle croire, d’autant que LR reste, après les municipales et les dernières régionales, le premier parti de France.

Le groupe LR au Sénat, principal groupe parlementaire d’opposition, aura certainement son mot à dire sur la stratégie à adopter. Au lendemain du premier tour, en pleine gueule de bois électorale, les élus LR du Palais du Luxembourg s’étaient entendus sur « la nécessité de territorialiser au maximum le scrutin pour s’adapter aux spécificités locales », selon la formule d’une sénatrice au sortir d’une longue réunion qui avait pris des allures de thérapie de groupe. Mercredi matin, le groupe se rassemblera à nouveau pour un séminaire « en dehors du Sénat », glisse une collaboratrice parlementaire. « Séminaire… c’est le mot qu’on utilise pour les très longues réunions », soupire une élue. Néanmoins, l’unité affichée jusqu’à présent par le groupe au Sénat devrait le préserver des turbulences que s’apprêtent à traverser les LR du Palais Bourbon.

» Lire notre article - Elections législatives : 6 points pour comprendre

Sur quel projet faire campagne ?

« On a un problème de ligne politique qu’il faudra trancher, il faut que l’on révise notre socle idéologique avec des idées plus innovantes, et derrière il y aura aussi la question du leadership », avance Stéphane Le Rudulier. « L’espace politique est gigantesque », assure le sénateur du Rhône Etienne Blanc auprès de Public Sénat. « Ce qu’il faut, simplement, c’est aborder franchement des sujets sur lesquels les Français ont souhaité qu’une réponse leur soit apportée », explique cet élu qui évoque « les questions d’identités, celles qui touchent à la culture, à notre histoire, à notre civilisation ». En clair : un recentrage très à droite pour récupérer les électeurs partis chez Éric Zemmour.

« Il y a un certain nombre de sujets sur lesquels nous avons un avantage comparatif par rapport au programme de Monsieur Macron », nuance Marc-Philippe Daubresse, qui cite pour sa part les questions de sécurité ou encore la défense du nucléaire, deux thématiques très ancrées à droite, et sur lesquelles l’actuelle majorité a souvent été critiquée. Mais ce sénateur n’envisage pas de rapprochement avec LREM sans la mise en place préalable d’un rapport de force. « J’ai toujours dit les choses très clairement : on ne peut faire de discussions sur un projet gouvernemental, d’alliances éventuelles, de soutiens ponctuels qu’une fois qu’on aura vu le résultat des élections législatives. Pour cela, il faut que les Républicains, alliés avec leurs amis centristes de l’UDI, puissent présenter des candidats dans toutes les circonscriptions et que l’on voit comment se compose la future majorité », martèle-t-il.

La question financière

« Nicolas Sarkozy a dit un certain nombre de choses sur la gravité dans laquelle se trouve le pays et la nécessité de trouver un certain nombre d’accords sur des sujets essentiels », poursuit Marc-Philippe Daubresse. « Se mettre d’accord sur quelques sujets essentiels ne veut pas dire avaliser le programme de Monsieur Macron comme des béni-oui-oui et faire partie d’une majorité de godillots », ajoute-t-il. D’autant que l’indépendance des députés LR recoupe un autre sujet particulièrement épineux, celui du financement du parti. Les résultats du scrutin de juin vont déterminer pour une large part les revenus dont pourra bénéficier LR pour les cinq prochaines années.

Un parti politique touche un peu plus d’un euro par voix récoltée s’il a réuni au moins 1 % des suffrages dans 50 circonscriptions différentes. Une seconde subvention est corrélée au nombre de parlementaires inscrits dans chaque assemblée. On comprend que LR, qui a sorti de ses caisses environ deux millions d’euros pour la campagne présidentielle d’une candidate qui, avec moins de 5 % des voix, ne peut prétendre à un remboursement de ses frais de campagne, redoute aussi des accords qui risqueraient d’amoindrir son financement.

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