Législatives : Jordan Bardella expose ses priorités en cas de victoire et fait du Nouveau Front populaire son seul adversaire
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Législatives : Jordan Bardella expose ses priorités en cas de victoire et fait du Nouveau Front populaire son seul adversaire

Le chef de file du Rassemblement national a exposé les grandes lignes d’un programme de gouvernement qu’il conditionne toujours à une majorité absolue. Il n’a toutefois livré aucun chiffrage sur le projet dans son ensemble.
Guillaume Jacquot

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Accusé par ses adversaires de changer de pied ou de renier certaines mesures, Jordan Bardella a organisé une conférence de presse ce 24 juin pour présenter les grandes priorités de son programme, en cas de victoire aux législatives du 30 juin et du 7 juillet.

À six jours du premier tour, le président du Rassemblement national s’est posé en « candidat de la vérité », dénonçant en particulier « les mesures inapplicables non financées » des candidats de gauche. C’est d’ailleurs avec le Nouveau Front populaire qu’il installe sa campagne, considérant le camp présidentiel hors-jeu. « C’est un choix entre Jean-Luc Mélenchon et nous », a-t-il résumé.

« L’alliance que je conduis est aujourd’hui la seule alternance crédible, responsable, capable d’engager le redressement du pays […] Nous sommes prêts », a-t-il fait valoir. Dès le mois de juillet, et jusqu’à l’automne, l’aspirant à Matignon veut répondre à trois « urgences » : la relance du pouvoir d’achat, « le rétablissement de la sécurité » et « la reprise en main » de la politique d’immigration.

Un premier texte budgétaire dès juillet, concentré sur la baisse de la fiscalité sur l’énergie

Un projet de loi de finances rectificative (PLFR) sera le premier des textes qu’il entend déposer au Parlement au cours d’une session extraordinaire en juillet. Sa principale disposition : un abaissement de la TVA sur l’électricité, le gaz, le fioul et les carburants. Jordan Bardella n’a toutefois pas parlé d’une baisse à 5,5 %. Il a seulement évoqué un « réalignement » de la fiscalité français « avec la moyenne européenne ». Interrogé sur la directive européenne interdisant l’abaissement de la TVA sur les carburants sous les 15 %, Jordan Bardella s’est référé à l’exemple polonais, qui l’avait descendue à 8 %. Mais encore faut-il que la négociation française avec la Commission européenne puisse aboutir, pour mettre en œuvre cette dérogation.

Concernant le coût, il l’estime à 7 milliards d’euros pour le reste de l’année 2024 – un chiffre qu’il qualifie de « raisonnable » dans le contexte, et 12 milliards d’euros en année pleine (Bercy l’a évaluée de son côté à 16,8 milliards d’euros).

Le RN assure que la mesure est financée. Il veut compenser cette baisse de la TVA sur les produits énergétiques avec la suppression de la niche fiscale des armateurs (1,2 milliard d’euros), une hausse de la taxe sur les énergéticiens (3 milliards d’euros). Il compte aussi sur une renégociation de la contribution française au budget de l’Union européenne (2 milliards d’euros de ristourne sur environ 25 milliards), à l’instar de ce qu’a obtenu l’Allemagne, mais sans aucune garantie de succès.

Toujours au niveau européen, Jordan Bardella veut demander une « renégociation aux règles européennes de fixation des prix », sur le marché de l’électricité, afin de retrouver un coût reflétant les coûts de production. Sur le reste du chiffrage, l’eurodéputé RN était resté volontairement flou, indiquant que la réduction du déficit impliquera de « renouer avec la croissance ». Dans cette optique, il veut poursuivre la baisse des impôts de production et lancer un grand chantier de simplification.

Selon Jean-Philippe Tanguy, député sortant du RN membre de la commission des finances, ce budget rectificatif se ferait à « déficit constant », en l’occurrence celui adopté par voie de 49.3 l’an dernier : 4,4 % du PIB. Or, le déficit précédent de 2023 s’est creusé à 5,5 %, au lieu des 4,9 % espérés.

Ce budget rectificatif estival intégrerait en outre des mesures pour la santé. Les médecins et infirmiers retraités qui reprendraient leur activité seraient exonérés d’impôt sur le revenu, le RN veut aussi alléger les dispositifs de cumul emploi retraite pour les professions de santé.

En parallèle, le RN au pouvoir lancerait son grand audit sur les comptes publics, jusqu’à l’automne. Promettant de « ramener le pays à la raison budgétaire », Jordan Bardella n’a pas détaillé outre mesure les « gisements » d’économie éventuels.

Une réforme pénale et un texte relatif à l’immigration

Autre urgence mise en avant : « Le rétablissement de l’ordre public » face à « l’ensauvagement » de la société. Un projet de loi contenant relatif à la politique pénale sera l’autre temps fort de la session extraordinaire. Le RN vise en particulier l’instauration de peines planchers ou encore la suspension des allocations familiales pour les parents de délinquants mineurs récidivistes. Jordan Bardella ambitionne aussi de « mettre fin à l’excuse de minorité », en généralisant les centres éducatifs fermés. Par décret, il souhaite renforcer la protection fonctionnelle fournie aux fonctionnaires agressés ou menacés.

Un troisième texte pour l’été, avec des mesures d’urgence pour la maîtrise de l’immigration est annoncé en cas de victoire. Au rétablissement du délit de séjour irrégulier, à la suppression du droit du sol, et à la suppression de l’aide médicale d’Etat par « une aide d’urgence vitale », Jordan Bardella ajoute la suppression des « dérogations » empêchant les expulsions. Peu de détails ont filtré de cette ambition, si ce n’est la volonté d’augmenter les délais de rétention dans les centres de rétention. Le RN a surtout l’intention d’intégrer dans le texte toutes les dispositions du projet de loi immigration, censurées au Conseil constitutionnel en janvier dernier, et de marteler que le Nouveau Front populaire conduirait à une « accélération de l’immigration massive ».

Quant au reste des propositions sur l’immigration, nécessitant une révision constitutionnelle, Jordan Bardella a donné rendez-vous à la présidentielle de 2027 et à un hypothétique référendum. Et de préciser que « le retour à l’ordre autour des questions de sécurité et d’immigration prendra du temps » et « a vocation à s’échelonner » dans le temps.

Abrogation des obligations liées au DPE

Après ce « temps des urgences », il a égrené tout une liste des réformes, dont la réalisation sera en partie conditionnée par les résultats de l’audit financier. Comme jeudi face aux organisations patronales, Jordan Bardella a dû s’expliquer à nouveau sur sa vision des retraites, qui a été selon lui « déformée voire caricaturée ». À compter des textes budgétaires de l’automne, le dirigeant RN veut permettre aux personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans de partir à la retraite à 60 ans, sous condition d’avoir 40 annuités. Pour les autres, il propose une « progressivité », permettant de partir à 62 ans et « jusqu’à 42 années de cotisation ». Mais cette progressivité sera « déterminée après l’audit budgétaire et au regard des marges » que ce dernier aurait « permis d’identifier ».

En matière d’éducation, Jordan Bardella plaide pour un « big bang de l’autorité» , mais aussi la fin du collège unique (lire notre article). Concernant la santé, le patron du Rassemblement national veut supprimer les agences régionales de santé (ARS) et réduire le poids des services administratifs dans les hôpitaux. Sur le terrain de l’écologie, il a l’intention d’abroger « toutes les interdictions et obligations liées au DPE » (diagnostic de performance énergétique), en particulier pour les locations. Il veut aussi revenir sur le zéro artificialisation nette (ZAN), renvoyant au Parlement le détail des modalités de cet assouplissement.

Pour les familles, Jordan Bardella défend l’instauration d’une « part fiscale pleine » pour le deuxième enfant, et la possibilité pour les parents réaliser des donations défiscalisées à leurs enfants, pour un montant de 100 000 euros tous les 10 ans, au lieu de 15 ans actuellement.

Les binationaux exclus des postes stratégiques, la Russie une « menace multidimensionnelle »

Interrogé sur la position de son parti vis-à-vis des personnes binationales, il a confirmé que les « postes les plus stratégiques de l’Etat » seraient « réservés aux citoyens français », évoquant les domaines « sensibles » de la défense et de la sécurité. « Les réserver aux citoyens français, c’est un moyen parmi d’autres de se protéger de tentatives d’ingérence, orchestrées par des États étrangers ». Ce qui ne l’a pas empêché d’affirmer l’assertion suivante : « Aucun droit ne sera enlevé à un seul Français, à une seule Française ». Un peu agacé par les relances de la presse à ce sujet, le candidat a affirmé que ce cas de figure concernerait « très peu de personnes » et que le RN n’entendait « pas remettre en cause la double nationalité ».

La politique étrangère, éludée pendant son discours, n’a finalement été abordée qu’au moment des questions. Sur la guerre en Ukraine, le président du RN n’entend « pas remettre en cause » les engagements de la France, pour ne pas en affaiblir la crédibilité sur la scène internationale. Il s’est dit favorable à la poursuite de l’aide logistique et matérielle, en fixant une ligne rouge pour les missiles de longue portée susceptibles de frapper le sol russe. Ce type d’arme pourrait créer les conditions d’une « cobelligérante » et d’une escalade, selon ses mots. Et d’ajouter : « Je considère la Russie comme une menace multidimensionnelle », qui « conteste les intérêts français ».

La séquence a aussi été l’occasion pour Jordan Bardella d’exposer le style de gouvernement qu’il envisage. Promettant « écoute » et « dialogue » avec les partenaires sociaux et les corps intermédiaires, actuellement « bafoués », Jordan Bardella s’est engagé à ne pas être une « majorité qui écrase ». « Nous serons à l’opposé du dogmatisme, du sectarisme, qui constitue depuis 7 ans la marque de fabrique d’Emmanuel Macron », a-t-il insisté.

Sur sa manière de concevoir la cohabitation, il s’est référé aux règles institutionnelles – « Toute la Constitution, rien que la Constitution » – et a fait savoir qu’il serait un chef de gouvernement « respectueux » du chef de l’État mais « intransigeant » sur son programme. Et pour réaliser ce dernier, Jordan Bardella conditionne toujours son ambition de gouverner à l’obtention d’une majorité absolue de son camp. « Je n’irai pas à Matignon par gloriole personnelle pour dire je suis allé à Matignon mais j’ai été renversé par une motion de censure […] Je veux le pouvoir pour l’exercer et pour l’exercer j’ai besoin d’une majorité absolue ». Quant à l’éventualité d’une majorité relative, il a simplement indiqué : « Nous verrons. »

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