Paris: weekly session of questions to the government at the Senate
Bruno Retailleau during the weekly session of questions to the government at the French National Senate in Paris on February 28, 2024//01JACQUESWITT_senat026/Credit:Jacques Witt/SIPA/2402281635

Législatives : la droite sénatoriale « prête à harceler un gouvernement de gauche »

Alors qu’aucune majorité ne se dessine à l’Assemblée nationale, empêchant, pour le moment, la constitution d’un nouveau gouvernement, la majorité LR du Sénat compte bien utiliser tous les moyens institutionnels pour contrecarrer un exécutif qui pencherait trop à gauche.
Simon Barbarit

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La réunion de groupe hebdomadaire des Républicains s’est étendue pendant presque trois heures ce mardi avec trois points forts à l’ordre du jour : la coalition, la ligne tenue par le groupe, et l’avenir du parti.

Pour le premier point, un consensus s’est dégagé et d’après nos informations aucun sénateur qui a pris la parole ce matin, ne s’y est montré favorable. « Une coalition petit périmètre avec Ensemble, ça ne fait pas la maille arithmétiquement. Une coalition grand périmètre avec la gauche, ça ne fait pas la maille d’un point de vue programmatique. Si vous prenez n’importe quelle politique publique, la fiscalité, l’éducation, le régalien… Nous n’avons rien de commun avec eux. Alors à quoi servirait une telle coalition ? », s’interroge Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques. « Un doux rêve » a qualifié Bruno Retailleau, le président du groupe LR, lundi soir sur TF1.

« Les débauchages, on en a déjà eus »

A minima, le sénateur des Alpes-Maritimes, Philippe Tabarot consent à soutenir « un programme d’intérêt national » mené par « un gouvernement technique » dont se tiendraient éloignés Les Républicains. « Les débauchages, on en a déjà eus. Je crois qu’on est plus crédible en obtenant des majorités sur des dossiers, pas en ayant des postes pour avoir des postes ».

Seul l’ancien ministre et actuel sénateur de Haute-Saône, Alain Joyandet a publiquement plaidé pour une coalition. « Si nous n’avons pas le courage de faire un pas les uns vers les autres dans ce qu’on appelle l’arc républicain, on passe à côté de l’histoire […] Si on n’est pas capable de la créer cette coalition, on va obliger le président à prendre un Premier ministre dans le groupe le plus important, et le groupe le plus important pour l’instant, il est à gauche », exposait-il sur Public Sénat, lundi.

« Ce qui est certain, c’est qu’à aucun moment nous ne pouvons laisser un quelconque pouvoir à la France Insoumise qui s’arroge une majorité qu’elle n’a pas », a martelé le président de la commission des lois, François-Noël Buffet avant d’entrer en réunion.

Pourtant, il semble bien que la majorité sénatoriale se prépare à voir nommer un Premier ministre de gauche. De source parlementaire, Bruno Retailleau a même affirmé être prêt « à bloquer voire à harceler un gouvernement de gauche ». Interrogé par Public Sénat à la sortie de la réunion, le patron des sénateurs LR confirme avec un ton légèrement moins vindicatif. « On s’opposera de manière très nette à un gouvernement minoritaire d’une gauche qui s’est associée à LFI, c’est-à-dire au pire. L’autonomie et l’indépendance seront notre ligne », expose-t-il avant d’évoquer les moyens mis à disposition de la chambre haute.

 

« Le Sénat dispose à sa main d’un éventail d’outils institutionnels »

« Quand il n’y a pas de majorité absolue à l’Assemblée nationale, le Sénat dispose à sa main d’un éventail d’outils institutionnels. Personne ne pourra modifier la Constitution (sans le vote du Sénat). Pour les lois organiques et ordinaires, s’il n’y a pas de majorité absolue à l’Assemblée nationale, la procédure du dernier mot sera totalement inopérante ce qui laisse au Sénat une très large marge de manœuvre », souligne-t-il. Selon nos informations, Les Républicains du Sénat pensent que l’exécutif rechignera à utiliser l’article 49.3 à l’Assemblée par crainte d’une motion de censure. Le Sénat serait alors la seule assemblée à pouvoir dégager une majorité pour adopter un texte. Bruno Retailleau évoque aussi la possibilité pour le Sénat de s’opposer à des nominations du président de la République, la multiplication des commissions d’enquête ou encore de « diligenter des contrôles sur place et sur pièces », comme il l’a fait cette année à Bercy sur l’ampleur du déficit.

Pour Max Brisson, c’est même « l’intérêt général » qui commande aux Républicains de ne pas participer à une coalition. « Emmanuel Macron a voulu instiller l’idée qu’un seul et même parti était amené à gouverner à perpétuité : le cercle de la raison contre les extrêmes. Or, les régimes démocratiques ont besoin d’alternance. Ils ont besoin d’une droite et d’une gauche. Ce n’est pas en participant à une coalition que nous parviendrons à reconstruire la droite », souligne-t-il.

« C’est qui M. Pradié ?

Justement, Bruno Retailleau a affirmé, lundi soir, sur TF1 que la marque LR était « morte ». A son retour de l’Assemblée, le député du Lot, Aurélien Pradié, qui a claqué la porte du parti ces derniers jours, a aussi invité les journalistes « à sortir de leur bouche, le mot Les Républicains ». « C’est une vieille histoire », a-t-il estimé, ajoutant qu’il n’y aurait plus de groupe Les Républicains dans la nouvelle assemblée, « mais les idées de la droite gaulliste vont perdurer ».

« C’est qui M. Pradié ? En plein combat des législatives, il a indiqué qu’il quittait LR. Point final », a réagi Bruno Retailleau qui a eu maille à partir avec le député ces derniers mois. Le sénateur assure, lui, « qu’il y aura un groupe LR dans un premier temps » au Palais Bourbon, « mais je considère qu’il ne faut pas seulement changer la marque, il faut tout changer. C’était d’ailleurs mon projet à la primaire pour la présidence LR contre M. Ciotti et M. Pradié. C’est curieux, je suis toujours là et eux sont partis. On voit bien dans les résultats de dimanche dernier qu’il y a un besoin de droite. Nous sommes les seuls à porter cette double conviction qu’il faut beaucoup d’autorité et de fermeté contre la délinquance et l’immigration. Mais qu’il faut aussi plus de liberté, et que le travail doit payer plus que l’assistanat », assure-t-il.

 

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