La République en Marche semble s'acheminer vers une très large victoire aux élections législatives, malgré le déficit de notoriété de ses candidats, qui bénéficient de l'élan de la victoire d'Emmanuel Macron et de ses premiers pas sans fausse note rédhibitoire.
La vague qui se dessine à quatre jours du premier tour paraît tellement colossale que même dans le camp de M. Macron, on pense à l'écrêter.
"Je suis prudent. Les 48-72 dernières heures peuvent modifier la donne. Il est possible que les Français corrigent un peu ça", glisse un ministre.
Faire entrer quelque 400 députés à l'Assemblée, "ça paraît énorme, même 300 ce serait déjà conséquent", commente Arnaud Leroy, porte-parole de la REM et "un peu surpris par les projections des sondages"
"Mais comme elles se confirment jour après jour", relève-t-il, conforté, dit-il par les mines déconfites de ses adversaires LR et PS. "Je me dis qu'ils doivent aussi avoir des sondages internes", souligne-t-il.
Une affiche du président français Emmanuel Macron pour la campagne des législatives à Angers, dans l'ouest de la France, le 7 juin 2017
AFP
Cette mainmise annoncée des députés macronistes sur l'hémicycle fait même brandir la menace d'un "parti unique". Employant ce nouvel élément de langage des rivaux de M. Macron, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a ainsi jugé qu'il n'était "pas facile d'expliquer qu'on n'élit pas un empereur".
"C'est Bonaparte 1er consul, après une campagne d’Italie éclair", s'extasie en écho l'ancien ministre Renaud Dutreil, qui fut le premier soutien de droite de M. Macron.
Cette razzia s'effectuerait effectivement en un temps restreint puisque l'essentiel des 529 candidats de la REM ont été investis après le second tour de l'élection présidentielle et ont labouré le terrain trois semaines seulement. Et en ne comptant que 28 parlementaires sortants seulement dans leurs rangs, signe de l'exigence de renouvellement fixée par M. Macron, les postulants de la REM ont aussi dû se faire connaître des électeurs, à grand renfort d'affiches les faisant poser aux côtés du chef de l'Etat.
"Pour tous, il y a un déficit de notoriété", souligne Pierre Person, qui se présente dans la 6e circonscription de Paris, notamment face à Cécile Duflot. "En plus j'ai 28 ans, je suis jeune, je pensais que ce serait un handicap. Mais les gens sont convaincus qu'il faut donner une chance à Emmanuel Macron de réussir, qu'il lui faut une majorité large pour gouverner efficacement", insiste-t-il.
- "Les seuls électeurs motivés" -
Candidat face à Nathalie Kosciusko-Morizet dans la 2e circonscription de Paris, Gilles Le Gendre sent lui aussi "élan très porteur et très positif".
Des partisans de la République en marche en campagne à Nice, le 3 juin 2017
AFP/Archives
"Beaucoup d'électeurs me disent: +on sait parfaitement que si le chef de l'Etat n'a pas une majorité forte, on va retomber dans l’immobilisme, les petites histoires, les majorités à dimension variable, les oppositions dites constructives mais qui ne sont jamais que des oppositions+", relève-t-il.
"Et les gens sont extrêmement satisfaits du début de présidence. Ils ont retrouvé une forme de fierté au niveau international", abonde Jeanne Dromard, candidate dans la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis, un territoire historiquement ancré à gauche mais où la REM est "partout optimiste", dixit le référent départemental Alexandre Aidara.
"Ici, les premiers pas d'Emmanuel Macron ont rassuré et le climat est très bon", affirme celui qui se présente dans la 6e circonscription face à la socialiste Elisabeth Guigou.
Et l'affaire touchant le ministre de la Cohésion des territoires Richard Ferrand n'a rencontré que peu d'écho sur le terrain, jurent de conserve les candidats interrogés.
Néanmoins, malgré un important travail de filtrage en amont, la REM doit faire face à une série d'attaques contre ses candidats, sur leur probité ou des propos polémiques. Le Parti socialiste a ainsi appelé jeudi le parti à "retirer immédiatement" l'investiture aux candidats "mis en cause publiquement", une petite dizaine au total.
Soigneusement tutorés, les novices de la REM comptent en tout cas faire la différence par leur activisme, galvanisés par la perspective d'un siège de député à portée de main.
"Une élection c'est d'abord une question de motivation des électeurs. Les seuls électeurs que je vois motivés aujourd'hui sur le terrain", sont ceux derrière Macron, note ainsi Renaud Dutreil.
Mardi soir en conférence des présidents du Sénat, le gouvernement a réservé une surprise au nouveau groupe RN-UDR en décidant d’inscrire, le 19 novembre, dans son temps réservé, l’examen de la proposition de loi visant à instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Un texte que le groupe présidé par Edwige Diaz avait pourtant inscrit dans sa niche parlementaire prévue le 10 décembre. La sénatrice dénonce le « sectarisme » et les « calculs politiciens » du gouvernement.
Un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle continue de fortement se dessiner à moins de six mois du premier tour, selon un nouveau sondage de l'Ifop pour LCI publié mardi. A droite, David Lisnard poursuit sa percée.
Auditionnée dans le cadre du budget 2027, la ministre de la Culture, Catherine Pégard est revenue sur une mesure polémique qui vise à doubler le taux de TVA de 10 % sur les abonnements aux télévisions payantes comme Canal +. Une disposition rejetée par les députés et qui pourrait subir le même sort au Sénat car elle pourrait se répercuter sur le financement du cinéma français, comme avait prévenu le patron de Canal +, Maxime Saada.
Raphaël Glucksmann s’interroge à son tour sur les dates de l’élection présidentielle, fixées les 18 avril et 2 mai, soit le lendemain du 1er mai, où les syndicats défilent. Il rejoint les critiques déjà formulées par le candidat LR, Bruno Retailleau, et Louis Aliot, vice-président du RN. Mais le gouvernement n’entend pas changer le calendrier.