Eric Ciotti

Législatives : le RN s’apprête à soutenir 60 à 70 candidats issus de LR

Le Rassemblement national devrait laisser sa place dans plus d’une circonscription sur dix, en soutenant des élus qui s’inscrivent dans la ligne du président exclu de LR, Eric Ciotti. Pas plus d’une poignée de députés LR sortants figureront dans cette alliance.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Les tractations s’approchent de leur épilogue entre le Rassemblement national de Jordan Bardella et la frange des Républicains emmenée par Eric Ciotti, pour investir des candidats communs au premier tour des législatives. Pour rappel, les candidats ont jusqu’à dimanche, 18 heures, pour déposer leur dossier en préfecture.

Invité de BFMTV, ce matin, Jordan Bardella a annoncé que son parti investirait pour sa coalition 70 candidats en commun avec Les Républicains, « dont des députés sortants ». C’est un peu moins que le chiffre avancé au même moment par le député Sébastien Chenu (RN) et Eric Ciotti, le président déchu par décision de son bureau politique, dont il conteste la légalité. Selon ces deux hauts responsables, environ 80 candidats LR seraient soutenus par le Rassemblement national.

« On est à plus de 70 circonscriptions. Nous nous engageons à ne pas présenter de candidats contre ces candidats venus de LR et proposés par l’état-major d’Eric Ciotti », précise à Public Sénat Gilles Pennelle, directeur général du RN. Et de préciser que ces candidats en question sont « bien en souvent en position éligible ». L’officialisation de la liste ne serait plus qu’une question d’heures.

« Il reste un ou deux réglages »

« Il reste un ou deux réglages », nous confiait ce vendredi la mi-journée Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement national. Le député sortant de Moselle évoque de son côté « entre 60 et 70 » candidats extérieurs soutenus par son parti, dont au minimum 60 issus des Républicains, le reste étant des candidats divers droite, voire sans étiquette.

Une chose est acquise, le nombre de députés LR sortants qui se présenteront devant les électeurs, sans candidat RN en face, sera réduit à la portion congrue. Le président exclu de LR, Éric Ciotti, entré dans une bataille juridique avec les autres cadres du parti, semble être le seul député LR sortant à avoir rejoint l’alliance avec le Rassemblement national, aux côtés de sa collègue des Alpes-Maritimes Christelle D’Intorni. Ce sont les seuls à ne pas avoir été investis par la commission nationale d’investiture LR, mercredi, parmi les 61 membres du groupe d’Olivier Marleix.

Selon le JDD, le député LR de Mayotte Mansour Kamardine serait en négociation avec le RN pour avoir le terrain libre aux législatives. Dans ce département de l’Océan Indien miné par l’insécurité et l’immigration clandestine, la liste du Rassemblement national avait recueilli 52,4 % des voix aux élections européennes. Le député apparenté LR Meyer Habib, de la 8e circonscription des Français établis hors de France, a démenti hier avoir reçu une double investiture LR-RN.

« Beaucoup de députés sortants ont subi une pression incommensurable »

« Beaucoup de députés sortants ont subi une pression incommensurable et partiront en dehors de l’accord. Certains étaient partants et ont dit que la pression locale ou des caciques du parti était telle, qu’ils se sont sentis obligés de partir tout seul », affirme le député RN Laurent Jacobelli.

Peu de mouvements au palais Bourbon, donc, c’est plutôt des figures locales qui ont décidé de franchir le Rubicon. Parmi les noms issus de LR qui devraient partir en campagne avec le soutien du RN, citons par exemple le cas du maire de Cholet depuis 1995 (et député du Maine-et-Loire de 2002 à 2017), Gilles Boudouleix. Proche d’Eric Ciotti, Bartolomé Lenoir, président de la fédération de la Creuse, a affirmé sur ses réseaux sociaux se présenter avec le soutien de Jordan Bardella et des ciottistes.

Les noms de Guilhem Carayon, président des Jeunes Républicains, et Théo Michel, vice-président du parti, reviennent aussi dans la presse. Brigitte Barèges, maire de Montauban et présidente de la fédération LR de Tarn-et-Garonne entend se présenter « en tant que LR ». Soutenant l’alliance proposée par Eric Ciotti, l’élue locale a néanmoins précisé à nos confrères de la Dépêche du Midi qu’elle n’avait signé « aucune charte avec le Rassemblement national ».

La façon dont se présenteront ces différents candidats est l’une des inconnues à cette heure. Arboreront-ils le logo de LR sur leurs documents de campagne, celui du RN, ou les deux ? Ce vendredi, à l’issue d’un nouveau bureau politique, les Républicains opposés à Eric Ciotti ont adopté une motion affirmant qu’un candidat n’ayant pas été adoubé par la Commission nationale d’investiture ne pourra se prévaloir du label LR.

Alors que l’union de la gauche, le « Nouveau Front populaire », a dévoilé aujourd’hui les premières mesures qu’il prendrait s’il sortait victorieux des nouvelles législatives, les interrogations demeurent sur la façon dont députés RN et députés ciottistes vont arriver à se mettre d’accord sur les thématiques en dehors du champ régalien. Pour prendre l’exemple d’un sujet d’importance, celui de l’âge légal de la retraite, Jordan Bardella et Eric Ciotti, qui défendait un recul jusqu’à 65 ans, ne sont clairement pas sur la même longueur d’onde.

Gilles Pennelle, le directeur général du RN, veut minimiser les éventuels désaccords de fond pour les candidats de la « plateforme d’union nationale ». « On s’aperçoit que, finalement, on est d’accord sur l’essentiel. On n’a pas eu besoin de beaucoup de compromis, on est d’accord sur l’immigration, la baisse de la TVA pour relancer le pouvoir d’achat et la sécurité. Ces Républicains n’ont pas besoin d’être convaincus quand on leur dit qu’on va baisser les impôts et les taxes, et défendre les entreprises plus que jamais.

« Chacun fait un peu d’efforts », défend Laurent Jacobelli, convaincu que les premiers textes qui pourraient être mis en œuvre au Parlement, dans l’optique d’une victoire, satisferont les deux tendances appelées à soutenir le « gouvernement d’union nationale », promis par Marine Le Pen. « C’est un gouvernement pour régler d’urgence les problèmes graves. Sur la sécurité, la lutte contre le laxisme judiciaire, le contrôle de l’immigration, rendre du pouvoir d’achat aux classes moyennes avec la baisse de la TVA sur l’énergie, on est d’accord », affirme le député RN de Moselle.

Dans la même thématique

Paris: Lucie Castets
7min

Politique

« Exigeante », « politique », « âpre négociatrice » : le profil de Lucie Castets par les sénateurs qui l’ont côtoyée

Cette haute fonctionnaire de 37 ans, issue de la société civile et très marquée à gauche, a été choisie par le Nouveau Front populaire comme candidate au poste de Première ministre. Au Sénat, plusieurs élus ont été amenés à travailler avec elle à la mairie de Paris. Ils saluent ses aptitudes, et l’appellent désormais à engager une « bataille de l’opinion » pour pousser Emmanuel Macron à la nommer à Matignon.

Le

Paris Olympics
6min

Politique

Candidature du NFP à Matignon : Emmanuel Macron « botte en touche en disant qu’on va d’abord s’occuper des JO »

Mardi 23 juillet, Emmanuel Macron a donné sa première longue interview télévisée depuis la dissolution et les législatives. L’occasion pour le président de la République de livrer son analyse du scrutin, de temporiser et de refuser net la candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon. Analyse de cette prestation avec l’expert en communication Philippe Moreau-Chevrolet.

Le

Emmanuel Macron interview sur France TV
4min

Politique

Emmanuel Macron est-il contraint de nommer Lucie Castets Première ministre ?

Hier, le Nouveau Front populaire s’est accordé sur le nom de Lucie Castets comme candidate au poste de Première ministre. Emmanuel Macron a balayé cette candidature considérant que cela n’était « pas le sujet ». Ce matin, Lucie Castets a demandé au Président de la République « de prendre ses responsabilités et de la nommer Première ministre ». Si constitutionnellement rien ne le contraint à nommer un Premier ministre, la décision du chef de l’Etat réside dans le choix « qui lui semble le plus à même de résister à une motion de censure », selon Bastien François, professeur de sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le