Législatives : Macron fixe les conditions d’une future majorité

Législatives : Macron fixe les conditions d’une future majorité

Avant de dévoiler « le cœur de son projet » début mars, Emmanuel Macron a présenté, ce jeudi, son plan de bataille pour les législatives. Il promet plus de la moitié de candidats nouveaux et rejette tout « accord d’appareil » entre son mouvement et les autres partis.
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Dans le 15 ème arrondissement de Paris non loin du QG de François Fillon, la meute des journalistes était invitée à visiter les 1000 m², répartis sur trois étages, du jeune mouvement politique En Marche !. Revendiquant plus de 145 000 adhérants et une cinquantaine de salariés, la déambulation des caméras et des micros commence par l’étage dédié aux bénévoles ou plutôt les « helpers » comme on dit ici.

Salles de réunion et dortoirs

Ils sont pour la plupart jeunes et même très jeunes et doivent s’engager à donner au moins 5H par semaine de leur temps. Une cuisine, des bureaux, des salles de réunion et de « convivialité » et même un dortoir avec lits superposés sont mis à disposition. Pour savoir qui peut amener quelles compétences, le pôle ressources humaines s’occupe de repérer les talents particuliers parmi ceux qui ont cliqué « j’adhère » sur le site En Marche !. « Des gens qui savent faire du code, ont pu ainsi apporter leurs compétences. Pour le déplacement d’Emmanuel Macron en Outre-mer, des personnes spécialistes des questions ultramarines ou qui viennent d’Outre-mer étaient mobilisées » développe Sibeth Ndyaye notre hôte du jour, en charge des relations presse du mouvement. Curieusement, à cet étage, un bureau rassemble les jeunes avec Macron et des jeunes ex-UDI, avec sur la porte, le logo du parti centriste. A l’étage du dessus, le service comptabilité indique que le mouvement a déjà récolté 4 millions de dons de la part de 12 000 personnes.

Visite des locaux d'En Marche !
01:23

reportage Cécile Sixou

La société civile à l’honneur

Depuis quelques jours, il se murmure que de nombreux parlementaires socialistes, déçus de la tenue de la primaire de gauche, seraient prêts à tourner casaque dès le 29 janvier pour rejoindre les rangs d’En Marche. Des rumeurs qui confortent le positionnement stratégique, ni droite ni gauche, d’Emmanuel Macron mais qui d’un autre côté abîment l’image de renouvellement qu’il souhaite incarner. Il était donc temps pour le leader d’En Marche ! de clarifier les choses en vue des législatives. Devant la presse, comme à son habitude, l’ancien ministre de l’Economie a donc pris soin de ne pas inviter les élus qui ont déjà rallié sa cause. Mis à part le secrétaire général de son mouvement le député PS Richard Ferrand, c’est la société civile qui est mise à l’honneur avec la présence de l’ancienne journaliste Laurence Haim désormais porte-parole d’Emmanuel Macron en charge des questions internationales et l’économiste Jean Pisani-Ferry « responsable du programme et des idées ». Crédité de près de 20% d’intention de vote selon le dernier sondage Ipsos Sopra Steria pour Le Monde et le Cevipof, Emmanuel Macron ne souhaite visiblement pas jouer le ramasse miettes d’un parti socialiste déchiré. De mauvais augure pour un homme qui depuis des mois fustige la République des partis.

Pas de « Grand Soir » mais des « matins heureux »

En attendant l’annonce du « cœur de son projet » qui viendra d’ici début mars, le président d’En Marche préfère se projeter sur les législatives. Avec quelle majorité pourrait gouverner un Emmanuel Macron président ? Avec les progressistes, comme ne le cessent de le répéter ses soutiens, désireux comme lui, de bousculer le paysage politique français. Conscient, qu’il n’y aura pas de « Grand Soir », Emmanuel Macron promet néanmoins « des matins heureux ». « A compter d’aujourd’hui, nous ouvrons un appel à candidatures pour nos élections législatives. Tous les membres du mouvement ou ceux qui souhaiteraient le rejoindre peuvent s'inscrire en ligne », a-t-il indiqué se targuant  de représenter « la seule force politique à avoir établi des formalités aussi claires et accessibles ».  5 conditions seront requises pour représenter En Marche ! dans les 577 circonscriptions. D’abord, la probité (casier judicaire vierge, pas de peine d’inéligibilité) et la parité réelle (y compris dans les circonscriptions gagnables). Ménageant la chèvre et le chou, le renouvellement et la continuité, Emmanuel Macron souhaite que « plus de la moitié des candidats soient issus de la société civile. Avis aux députés sortants qui voudraient rejoindre ses rangs, le temps est compté. De même, les candidats devront respecter la règle de la « pluralité ». En Marche n’est pas l’anti chambre du PS, les « socialistes, radicaux, écologistes, centristes et républicains » sont les bienvenus « tant qu’ils se retrouvent » dans le projet. Ce qui amène à la cinquième condition : « l’efficacité et la clarté ». Pas question pour Emmanuel Macron de s’attirer les foudres de frondeurs durant tout un quinquennat, raison pour laquelle tous les candidats investis devront signer « un même contrat avec la Nation », c'est-à-dire une liste des principales réformes qu’ils s’engageront à voter. Une commission nationale d’investiture composée de 9 membres du mouvement, s’engageant à ne pas être candidats, sera mise en place dans les prochains jours. Une commission d’éthique sera en charge de superviser les investitures « qui se feront par vagues successives ». Emmanuel Macron a par ailleurs ajouté que ce processus s’appliquera également pour les sénatoriales.

Si Ségolène Royal ne cache pas la sympathie qu’elle accorde à sa démarche, Emmanuel Macron l’en a remerciée, ce jeudi. « J'ai toujours eu beaucoup de respect à la fois pour ce qui a été son parcours politique, et nous avons toujours très bien travaillé lorsque j'ai eu le plaisir d'être au gouvernement avec elle ». Une proximité qui explique peut-être pourquoi Emmanuel Macron a repris le concept « d’un contrat avec la Nation ». Une formule déjà utilisée par la ministre de l’Ecologie lorsqu’elle était candidate à la primaire de 2011. Et quant à François Hollande, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée n’est visiblement pas pressé d’obtenir son soutien qui pourrait se révéler à double tranchant. « Je ne sollicite pas son soutien ou son ralliement à titre personnel » précise-t-il.


 

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