Législatives 2024 : moins de candidats, une bataille juridique en toile fond, la drôle de campagne des LR

Législatives : moins de candidats, une bataille juridique en toile fond, la drôle de campagne des LR

Pris de court par la dissolution, et affaiblis par une bataille juridique au sujet du maintien ou non de leur président, les Républicains ont investi environ 400 candidats pour les élections législatives. Les candidats LR, qui jouent la carte de l’autonomie au niveau national, peuvent parfois compter sur le désistement de candidats de la Macronie.
Guillaume Jacquot

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Ils seront « près de 400 » sur la ligne de départ, pour les législatives anticipées, du 30 juin et du 7 juillet. Au terme d’une semaine rocambolesque, la commission nationale d’investiture (CNI) des Républicains « canal historique » a annoncé le résultat de ses travaux dimanche soir, via un communiqué de sa présidente Michèle Tabarot et de ses trois vice-présidents. Le parti, en guerre ouverte avec son président contesté Éric Ciotti depuis sa proposition d’alliance avec le Rassemblement national, sera présent dans 93 départements et dans des circonscriptions des Français établis hors de France. L’enjeu pour le parti, qui comptait 61 sièges à l’Assemblée, va être de limiter considérablement la casse, alors que les législatives se structurent autour de trois gros blocs.

Avec 400 candidats, cela signifie que le parti de droite défendra ses propres couleurs dans sept circonscriptions sur dix. C’est sensiblement moins qu’en 2022, où le parti de la rue de Vaugirard, déjà sonné par un résultat famélique à la présidentielle, avait désigné 457 candidats LR (hors candidats UDI et Les Centristes). Au vu des circonstances politiques exceptionnelles, les grands élus du parti s’accommodent du contingent adoubé par la CNI. « Il ne faut pas se leurrer. Les conditions dans lesquelles la dissolution a été prononcée ne permettaient pas de beaucoup mobiliser. On n’a fait alliance avec personne, ce sont nos ressources internes », justifie la sénatrice du Morbihan Muriel Jourda. « Trouver les candidats en une semaine, dans le cirque ambiant qu’a mis Éric Ciotti, avec les questions juridiques qui se posaient ça ne nous a pas simplifié la tâche ! » renchérit Philippe Dallier, maire LR des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et ancien premier vice-président du Sénat. « Cela montre qu’il y a encore des gens qui pensent qu’il y a encore de la place pour une droite républicaine et de gouvernement », insiste la sénatrice des Alpes-Maritimes LR, Dominique Estrosi Sassone.

Une commission d’investiture « à quatre »

Le cas des sortants a été très vite tranché, dès mercredi. 59 des 61 députés du groupe d’Olivier Marleix ont été investis par la CNI, à l’exception d’Éric Ciotti et de la députée Christelle D’Intorni, favorable elle aussi à une alliance électorale avec le RN. La commission a d’ailleurs investi un candidat LR contre Éric Ciotti. « Il était impensable, compte tenu de ce qu’il s’est passé qu’il n’y ait pas quelqu’un contre lui dans cette conscription », applaudit Dominique Estrosi Sassone.

La commission nationale d’investiture est loin d’avoir travaillé dans des conditions optimales, la décision d’Emmanuel Macron de remettre en jeu les sièges du Palais Bourbon a pris tout le monde de court. « La CNI ne s’est pas réunie suivant le fonctionnement normal, elle a fonctionné à quatre : présidente et vice-présidents. Une CNI est validée par le Conseil national avant chaque élection nationale. Mais compte tenu des délais, il n’y avait pas 50 000 solutions », observe Julien Aubert, vice-président du parti.

Des candidats potentiels jettent l’éponge après la suspension de l’exclusion d’Éric Ciotti

Le tout s’est joué sur fond d’un bras de fer juridique interne totalement inédit au sein de LR. Le bureau politique du parti a voté à deux reprises la semaine dernière l’exclusion de son président Éric Ciotti, mais le tribunal judiciaire de Paris, saisi en référé, a suspendu leur décision, le temps de se prononcer sur le fond de l’affaire.

Localement, ce dernier rebondissement a été la goutte de trop. L’exemple de la Haute-Garonne est presque un cas d’école de ce qu’il s’est joué la semaine dernière. Dans ce département difficile pour la droite (la liste de François-Xavier Bellamy Bellamy a obtenu 5,93 % des voix), comptant 10 circonscriptions, la fédération locale parvient à proposer 7 candidats à la commission nationale d’investiture. Puis tombe la décision du tribunal de Paris, avec son lot d’interrogations de dernière minute sur la valeur des investitures. « Deux candidats seulement ont décidé d’y aller en connaissance de cause », nous raconte la présidente de fédération Christine Gennaro-Saint. « Il y a une procédure en cours, un risque juridique sur l’investiture, l’utilisation des logos, forcément ça soulève des questionnements », témoigne cette participante du bureau politique national, qui évoque aussi « les risques financiers ».

Seuls les candidats qui obtiennent au moins 5 % des suffrages peuvent être remboursés par l’État de leurs frais d’impression et d’affichage des documents électoraux. Sous ce seuil, LR vient en aide à ses candidats. Mais devant le chaos actuel des procédures en cours, certains ont préféré ne pas prendre le risque de s’engager. « Dans ma circonscription, jusqu’à la dernière minute, c’était celui qui voulait qui était investi. Ça ne se bousculait pas au portillon », nous confie un membre du Conseil stratégique.

Des ententes de désistements avec la Macronie qui crispent le parti

D’autres candidats LR peuvent au contraire aborder le scrutin, avec une difficulté en moins. Dans une grosse vingtaine de circonscriptions, la majorité présidentielle a fait le choix de ne pas investir de candidats face à des candidats LR, pour éviter tout risque d’une victoire d’un concurrent qui serait en dehors de « l’arc central ». C’est le cas dans les Hauts-de-Seine, où des cadres départementaux de LR et les barons locaux de la Macronie se sont entendus pour éviter de se neutraliser mutuellement dans ces législatives à haut risque pour les deux camps. Une coalition baptisée « arc républicain ». Le député LR sortant Philippe Juvin, dans la 8e circonscription bénéficie de ce pacte de non-agression. Idem pour Thomas Lam, dans la 2e. En 2022, la candidate NUPES l’avait emporté de justesse face à la candidate de la majorité présidentielle, et Marie-Do Aeschlimann (LR). Il s’agissait de l’une des 8 triangulaires de ces législatives. « C’est exactement ce qu’on veut éviter. Si je ne m’étais pas retrouvée face à une candidate Renaissance, je n’aurais pas perdu », témoigne aujourd’hui la sénatrice LR Marie-Do Aeschlimann. « On présente un candidat qui a les meilleures chances de l’emporter, c’est une réflexion de bon sens. »

Mais ce type d’accord local contrevient à la ligne fixée au niveau central, par le bureau politique, une ligne « d’autonomie et indépendance », vis-à-vis des macronistes comme du Rassemblement national. La commission d’investiture a placé des candidats dans toutes les circonscriptions, en particulier contre les membres du gouvernement, Gabriel Attal, Stéphane Séjourné et Prisca Thevenot. Seul le député (Renaissance) Pierre Cazeneuve, dans la 7e circonscription, n’affrontera pas de LR.

Ce type d’entente au niveau des fédérations est loin de convaincre dans le parti. « En tant que présidente de fédération, je n’ai pas eu ce type de discussion. Je ne pense pas qu’elle soit judicieuse. Les élections européennes ont démontré qu’il y avait une forme de rejet des candidats de la majorité », tient à souligner Muriel Jourda. Autre illustration des dissensions entre l’échelon national et le local : le cas de la circonscription du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin (ancien LR). La présidente de la CNI, Michèle Tabarot, a dû rappeler que seule son instance investissait les candidats et que le parti avait fait le choix de Jérôme Garcia. Ce dernier avait accusé les dirigeants LR de son département d’avoir « négocié pour n’avoir aucun candidat LR face à M. Darmanin ».

« Quand vous avez une étiquette qui fait 5 %, c’est compliqué… »

LR a par ailleurs reconduit certaines alliances avec des partis centristes, comme avec l’UDI en Seine-Saint-Denis. Ce parti était engagé dans la liste présidentielle aux européennes. Dans le Calvados, LR a fait le choix de soutenir dans la 6e circonscription une candidate des Centristes (ex-Nouveau centre d’Hervé Morin) contre l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne.

Quant aux cas des candidats présentés par Éric Ciotti à la direction du Rassemblement national dans le cadre d’une « alliance des droites », ils ne semblent pas effrayer les cadres LR « canal historique ». « Ciotti aura réussi à débaucher une trentaine de militants sous sa bannière. Nous, nous présentons 400 candidats. J’espère que ça va clôturer le débat. Il n’y aucun problème, ni ambiguïté », tranche Philippe Dallier. « Les candidats de Ciotti se sont bien gardés de se déclarer LR. Ils savent qu’il y a un problème juridique. » Dominique Estrosi Sassone admet néanmoins que cette guerre fratricide a entraîné de la confusion. « Cela déstabilise aussi par milliers des élus locaux, qui souhaitaient s’engager. Ils ne savent plus à quel saint se vouer. » Signe des temps, l’utilisation du logo LR sur le matériel de campagne, diffusé sur les réseaux sociaux, n’est pas systématique et certains aspirants députés font le pari de faire campagne sur leur seul nom.

Sollicités, peu de membres du Conseil national se risquent à faire des pronostics sur ces élections législatives de tous les dangers que s’apprête à vivre LR. Un seul se laisse aller à une projection, particulièrement parlante : « Sans accord avec En Marche, on revenait à 15 ou 10. Avec des accords, entre 25 et 30 sièges. Quand vous avez une étiquette qui fait 5 %, c’est compliqué… »

« Il faut rester humble. L’humilité n’empêche pas d’avoir de l’ambition. Mais c’est vrai que nous sommes toujours convalescents », observe Pascal Allizard. « De toute façon, on abordera les choses différemment à partir du 7 juillet. Là, on bascule dans une autre époque. »

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