Législatives : quelle est la position du Rassemblement national sur la réforme des retraites ?

Législatives : quelle est la position du Rassemblement national sur la réforme des retraites ?

Au cours des derniers jours de campagne, Jordan Bardella n’a pas été d’une grande clarté sur la réforme des retraites. Il a tantôt temporisé, tantôt annoncé une révision dès l’automne. L’eurodéputé s’est aussi vu contredit dans ses propres rangs.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Le RN entretient le flou sur la réforme des retraites. Et temporise aussi. Le parti n’a pas toujours été aussi prudent. Au printemps dernier, alors que les débats faisaient rage au Parlement sur le projet de loi, les députés de Marine Le Pen affichaient leur opposition frontale au projet d’un recul de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans. Il faut dire qu’un an avant, l’adversaire d’Emmanuel Macron défendait dans son programme présidentiel une retraite à 60 ans pour les personnes ayant commencé leur carrière avant 20 ans et ayant 40 annuités à leur compteur. Et lors de ses précédentes campagnes, notamment en 2017, elle prônait pour un retour à une retraite à 60 ans pour tous.

Depuis le coup de tonnerre des européennes et de la dissolution de l’Assemblée nationale du 9 juin, le discours Rassemblement national s’est caractérisé par un certain flou. Au premier jour de la campagne des législatives, le 10 juin, le porte-parole du groupe RN à l’Assemblée, Thomas Ménagé, était catégorique : « Nous avons toujours été très clairs : nous reviendrons sur cette réforme injuste des retraites portée par Macron qui est passé en force, sans vote de l’Assemblée », annonçait-il sur BFMTV.

« Nous verrons » : dans un premier temps, Jordan Bardella se montre prudent …

Le lendemain, 12 juin, Jordan Bardella n’était pas aussi tranché. « Nous verrons », répondait-il sur RTL, interrogé sur sa volonté d’abroger la réforme des retraites. « J’ai la lucidité et l’honnêteté de dire aux Français que la situation économique dont nous allons hériter dans un pays qui pulvérise, sous Emmanuel Macron, les records de déficits commerciaux, de déficit public et de dette, va être compliquée. Par conséquent, nous serons, dans le cadre d’une cohabitation, amenés à faire des choix », a prévenu le président du Rassemblement national, désireux d’axer ses priorités sur la défense du pouvoir d’achat. Celui qui se verrait bien prendre la succession de Gabriel Attal à Matignon répète que son souhait est « connu » : un renforcement du dispositif des carrières longues, afin que les salariés qui ont commencé leur vie professionnelle avant 20 ans puissent partir à 60 ans, s’ils ont leurs 40 annuités. Et de préciser : « économiquement, moi je suis raisonnable ».

Le même jour, sur le plateau de France 2, l’eurodéputé a dû repréciser à nouveau sa pensée, indiquant vouloir revenir « évidemment sur la réforme Macron, qui est une réforme sur le plan économique catastrophique », mais « dans un second temps ».

Au même moment, selon Le Monde, citant le secrétaire général du groupe RN Renaud Labaye, cette proposition ne figurera pas sur la plateforme programmatique du parti des législatives. Et elle pourrait également être absente de la profession de foi, réduite aux mesures d’urgence que le RN s’engagerait à mettre en œuvre en cas d’accession au pouvoir.

… avant de proposer une « abrogation à l’automne »

Dans un long entretien dans le Parisien paru ce 18 juin, Jordan Bardella annonce finalement une autre couleur : « Parce qu’elle est inefficace économiquement et injuste socialement, la réforme des retraites menée par Emmanuel Macron sera abrogée à partir de l’automne ». Le chef de file de la campagne RN répète qu’il veut permettre aux personnes ayant commencé à travailler à 20 ans de pouvoir partir à 60 ans, au bout de 40 annuités. Juste avant, il conditionnait les réformes relatives à la santé ou encore à l’éducation, au résultat du grand audit des comptes publics que le parti frontiste envisage de conduire « dès les premières semaines » en cas de conquête d’une majorité à l’Assemblée nationale.

Difficile de suivre quelle est la position constante et commune de ses troupes. Le vendredi 14 juin, Philippe Ballard, porte-parole du RN, précisait : « On va regarder l’état des finances et en fonction de ce que l’on va trouver, on va ajuster ». Dans cet entretien à BFMTV, le député sortant de l’Oise évoquait même une abrogation « en 2025 ou 2026 ».

Lundi encore, le candidat RN Jérôme Sainte-Marie, qui conseillait le parti jusqu’ici, avait lui aussi mis en garde ce lundi, auprès de l’AFP, la difficulté d’une telle décision. « Les comptes publics sont un paquebot assez lourd à manœuvrer, donc ça ne fait pas partie des choses immédiates à faire », rappelait-il.

Les nouvelles projections du Conseil d’Orientation des retraites, le 13 juin, n’ont sans doute pas été étrangères à ces différents appels à prendre en compte la réalité économique. Le COR table désormais sur des prévisions en légère dégradation, avec désormais un déficit à -0,4 % du PIB pour le système de retraite en 2030.

Un point de désaccord avec son allié Éric Ciotti

Outre la prudence de certains lieutenants RN, il faut aussi ajouter celle d’Éric Ciotti, le président de LR contesté pour avoir engagé une alliance personnelle avec Jordan Bardella aux législatives. Invité de France 2 hier soir, le député sortant des Alpes-Maritimes a fait savoir qu’il n’était « pas dit que la réforme des retraites sera abrogée », rappelant l’étape préalable de l’audit des finances publiques. « Nous verrons les marges de manœuvre qui seront données », a-t-il prévenu. Ancien soutien de la réforme des retraites du printemps 2023, Éric Ciotti avait par ailleurs défendu un report de l’âge légal jusqu’à 65 ans, en 2021, au moment de la campagne pour la primaire LR.

Le 2 février 2023, Jordan Bardella avait d’ailleurs provoqué celui qui allait devenir son allié, en lui reprochant sa proximité idéologique avec le gouvernement sur cette réforme : « Moi, ce qui me gêne, c’est de vous voir essayer de devenir à tout prix ministre d’Emmanuel Macron sans réussir à en être. »

Dans la même thématique

Paris: Lucie Castets
7min

Politique

« Exigeante », « politique », « âpre négociatrice » : le profil de Lucie Castets par les sénateurs qui l’ont côtoyée

Cette haute fonctionnaire de 37 ans, issue de la société civile et très marquée à gauche, a été choisie par le Nouveau Front populaire comme candidate au poste de Première ministre. Au Sénat, plusieurs élus ont été amenés à travailler avec elle à la mairie de Paris. Ils saluent ses aptitudes, et l’appellent désormais à engager une « bataille de l’opinion » pour pousser Emmanuel Macron à la nommer à Matignon.

Le

Paris Olympics
6min

Politique

Candidature du NFP à Matignon : Emmanuel Macron « botte en touche en disant qu’on va d’abord s’occuper des JO »

Mardi 23 juillet, Emmanuel Macron a donné sa première longue interview télévisée depuis la dissolution et les législatives. L’occasion pour le président de la République de livrer son analyse du scrutin, de temporiser et de refuser net la candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon. Analyse de cette prestation avec l’expert en communication Philippe Moreau-Chevrolet.

Le

Emmanuel Macron interview sur France TV
4min

Politique

Emmanuel Macron est-il contraint de nommer Lucie Castets Première ministre ?

Hier, le Nouveau Front populaire s’est accordé sur le nom de Lucie Castets comme candidate au poste de Première ministre. Emmanuel Macron a balayé cette candidature considérant que cela n’était « pas le sujet ». Ce matin, Lucie Castets a demandé au Président de la République « de prendre ses responsabilités et de la nommer Première ministre ». Si constitutionnellement rien ne le contraint à nommer un Premier ministre, la décision du chef de l’Etat réside dans le choix « qui lui semble le plus à même de résister à une motion de censure », selon Bastien François, professeur de sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le