Législatives : « Une possibilité sérieuse de majorité absolue pour le RN », analyse Gilles Finchelstein

Invité dans la matinale de Bonjour chez Vous, le politologue de la Fondation Jean-Jaurès souligne un « élargissement de la sociologie du vote RN ». Et ce, dans un contexte où l’intérêt des Français pour la campagne est « extrêmement haut », 80% d’entre eux se déclarant intéressés ou très intéressés par le scrutin, selon une étude de l’Ipsos pour Le Monde, la Fondation Jean-Jaurès, le CEVIPOF, l’Institut Montaigne, Radio France et France Télévisions.
Alexis Graillot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

A quelques heures seulement de la fin de la campagne des législatives, l’actualité politique s’est nettement accélérée ces dernières semaines, depuis la dissolution de l’Assemblée nationale par le chef de l’Etat à l’issue des élections européennes. Un scrutin où son camp a subi une défaite cinglante (14.5%), plus de la moitié moins que le score du RN (31.5%), et talonné de près par Raphaël Glucksmann (13.6%).

Le RN va-t-il obtenir une majorité absolue ? La participation peut-elle faire basculer le scrutin ? Le « front républicain » peut-il encore fonctionner ? Autant de questions auxquelles Gilles Finchelstein, politologue à la Fondation Jean-Jaurès, a bien voulu répondre, ce vendredi 28 juin, dans la matinale de Public Sénat.

« Risque d’une chambre ingouvernable »

Pour le politologue, « un seul » parti a aujourd’hui la capacité d’atteindre la majorité absolue, en l’espèce, le RN. Dans le cas contraire, il estime que le « risque d’une chambre ingouvernable », constitue une « perspective sérieuse », d’autant plus que le rapport de force semble « fixé ». « Je pense qu’on a le tiercé dans l’ordre », estime-t-il, tout en considérant que jusqu’à présent, « la hausse de la participation a peu modifié le poids relatif des blocs ».

En revanche, comme nous vous l’expliquions il y a quelques jours, une augmentation de la participation a un « impact très important sur la configuration des seconds tours », celle-ci ayant comme conséquence de baisser le seuil de qualification, et donc de multiplier les triangulaires, à savoir des affrontements entre les candidats des 3 blocs. En l’état actuel des choses, l’ensemble des instituts de sondages table sur une participation comprise entre 63 et 66%, chiffre dont Gilles Finchelstein pense qu’il peut encore augmenter de « quelques points ».

Les « inconnues » de l’entre-deux-tours

Pour autant, le politologue se montre très prudent sur les projections en sièges, dont tous les sondeurs répètent qu’elles sont à prendre avec beaucoup de précautions. « Inconnues » sur les consignes de vote, inconnues sur les comportements des électeurs. « Si le rapport de force bouge peu, ce résultat constituera un choc », note-t-il, estimant que « les électeurs ne l’ont pas encore intégré ». En effet, selon l’étude Ipsos, si 60% de l’ensemble des électeurs pronostiquent une victoire du RN, 65% des électeurs du Nouveau Front Populaire (NFP), pronostiquent une victoire de leur camp … et même 45% des électeurs d’Ensemble, alors que le bloc présidentiel est très largement distancé dans les sondages. « Ce retour à la réalité du risque qui n’a pas encore été intégré par les électeurs », analyse-t-il.

Autre difficulté pour les sondeurs : les reports de voix. Aujourd’hui, les consignes de vote semblent en effet de moins en moins fonctionner auprès des électeurs, 74% d’entre eux déclarant ne pas suivre les consignes de leur parti, selon une étude Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche. « Parmi les électeurs d’Ensemble, 1/3 veulent faire barrage au NFP, 2/3 au RN », note Gilles Finchelstein, un chiffre qui est inversé pour l’électorat LR. « Il existe un risque que les reports soient mauvais », présage-t-il. Avant d’ajouter : « La question n’est pas de savoir s’il y a une équivalence, mais où se trouve le danger le plus imminent ».

D’autant plus que les réserves de voix de l’alliance de gauche sont faibles, celle-ci ne faisant même pas le plein au sein de son électorat : « En politique, 2+2 ne font jamais 4, un peu moins que 4 en termes de voix, un peu plus de 4 en termes de sièges », métaphorise le politologue, qui pointe « une déperdition de l’électorat socialiste », 16% des électeurs de Raphaël Glucksmann aux élections européennes ayant l’intention de se tourner vers le bloc présidentiel. « Ce n’est pas rien, mais ce chiffre est deux fois moins important que les législatives de 2022 », nuance-t-il cependant, alertant cependant sur le côté « repoussoir » que constitue La France Insoumise pour de nombreux électeurs.

« Pour l’entre-deux-tours, la question va se poser d’abord pour la première fois au parti du bloc présidentiel, car ce sont eux qui seront majoritairement troisième et qui se retrouveront dans cette configuration [de se retirer] ». « Ce qui est sûr, c’est que nous sommes dans un moment de décomposition-recomposition », conclut-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Weekly cabinet meeting at Elysee Palace
3min

Politique

« Je suis prêt » : Bruno Retailleau se déclare candidat à l’élection présidentielle 2027

Le président des LR a confié à plusieurs proches qu’il s’apprêtait « à déclarer (sa) candidature à l’élection présidentielle ». Bruno Retailleau va le faire ce jeudi soir, à 18 heures, sur les réseaux sociaux. Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat dit avoir « mûri ». Pour l’ex-ministre de l’Intérieur, « le moment est venu pour notre famille politique d’indiquer aux Français un nouveau chemin, axé sur l’ordre, la prospérité et la fierté française ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le