FRA : ELECTIONS EUROPEENNES
ILLUSTRATION : Carte electorale / Carte d'Électeur, avec une enveloppe "Republique Francaise" contenant un bulletin de vote pour des elections. Juin 2024, Paris, France.ILLUSTRATION: Electoral card / Voter card, with a “Republique Francaise” envelope containing a ballot paper for elections. June 2024, Paris, France.//04NICOLASMESSYASZ_2024_06_09a_652a_1/Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/2406100941

Législatives : « Une situation profondément antidémocratique », tance Pascal Savoldelli, qui demande le dégel du corps électoral

Le sénateur du Val-de-Marne a écrit au Président de la République pour demander le dégel du corps électoral, issu du décret de convocation des élections législatives, publié le 10 juin au Journal Officiel, le lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale. Une requête qui a cependant peu de chances d’aboutir pour des raisons de bonne administration.
Alexis Graillot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

C’est une petite ligne au milieu d’un texte de 15 articles qui fait tiquer plusieurs élus. Dès la publication du décret, les élus LFI avaient déposé un recours devant le Conseil constitutionnel pour contester le gel du corps électoral. « Cette décision du monarque présidentiel est un grave problème démocratique alors que notre pays compte 11 millions de gens non et mal inscrits sur les listes électorales. Principalement des jeunes et des précaires », souligne le communiqué du parti, qui dénonce un gel « dangereux » et « irresponsable ». « Emmanuel Macron prive ainsi des millions de personnes de leur droit de vote alors que seule la mobilisation populaire peut battre l’extrême-droite », défendent les Insoumis.

Ce lundi 17 juin, c’est Pascal Savoldelli, sénateur communiste du Val-de-Marne qui s’insurge contre ce gel des listes électorales pour les personnes non-inscrites avant le 10 juin. Avec cependant une nuance de taille puisque l’élu ne souhaite pas une décision juridique par le Conseil constitutionnel, mais une modification réglementaire, qui impute seulement à l’exécutif. « Cette situation est profondément antidémocratique, car elle exclut une partie significative de la population du processus électoral », critique-t-il sévèrement.

« Est-il possible de sanctuariser ainsi le corps électoral d’une élection européenne alors que la portée des élections législatives est tout autre d’un point de vue politique et suscite un engouement démocratique ? »

Dans ce courrier, Pascal Savoldelli fait part de sa « préoccupation » quant aux élections du 30 juin et du 7 juillet, alors que de nombreux électeurs sont en effet non-inscrits ou « mal » inscrits. Il faut dire que la séquence est toute particulière puisque selon le code électoral, l’inscription sur les listes « doit être déposée au plus tard le sixième vendredi précédant le 1er tour de scrutin » (article L17). Une configuration impossible dans le cas présent, les élections se déroulant seulement trois semaines après la date des élections européennes, d’où la décision de geler les listes.

« Votre choix rend donc impossible l’inscription de nouvelles électrices et de nouveaux électeurs qui en font aujourd’hui massivement la demande », se désole l’élu, qui fait état d’un scrutin aux enjeux bien plus importants que celui des élections européennes : « Est-il possible de sanctuariser ainsi le corps électoral d’une élection européenne alors que la portée des élections législatives est tout autre d’un point de vue politique et suscite un engouement démocratique ? », se demande-t-il, appelant en conséquence, à la « modification » du texte, « afin de rouvrir le délai d’inscription sur les listes électorales ».

Pour ce scrutin, les différents sondeurs tablent sur une participation comprise entre 62 et 65%, un taux s’il se maintient, qui serait le plus élevé depuis 2007. Les élections législatives ont en effet connu un effondrement de la participation lors de leurs précédentes échéances. En 2022, la participation s’élevait simplement à 47.5% au 1er tour, chiffre le plus haut sous la Ve République. A titre de comparaison, la dernière dissolution de l’Assemblée nationale (par Jacques Chirac en 1997), avait mobilisé 68% de l’électorat au 1er tour, et même 71% au second tour.

« Nous nous trouvons à nouveau dans une situation exceptionnelle »

Pour autant, cette demande a peu de chances d’aboutir, étant donné que cela nécessiterait une mise à jour rapide des listes électorales … d’autant plus que les citoyens devenant majeurs entre le 9 et le 30 juin, seront quant à eux automatiquement inscrits. Cette disposition a pour vocation de « permettre la bonne organisation du vote et de s’assurer que les listes soient à jour le jour du vote », expliquait le constitutionnaliste Benjamin Morel, chez nos confrères de Libération, le 12 juin dernier.

Un argument que réfute le sénateur du Val-de-Marne, qui pointe une « situation exceptionnelle », à l’image de celle connue pendant la pandémie de Covid-19. A ce titre, il souhaite également que l’ouverture des procurations soit élargie : « Par exemple, pendant la pandémie de Covid-19, il avait été décidé d’ouvrir à deux procurations pour permettre une plus large participation électorale ». Et de continuer : « Bien que nous ne soyons pas confrontés à une crise sanitaire, nous faisons face à une crise démocratique majeure. Pour cette raison, il serait tout à fait justifié d’autoriser également deux procurations pour ces élections législatives anticipées, afin de garantir une participation électorale la plus large et légitime possible.

Si ce dernier point pourrait être possiblement entendu au regard du nombre record de procurations et du contexte des vacances d’été, il est très improbable que la demande concernant l’élargissement du corps électoral sera entendue par l’exécutif.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris mouvement des avocats contre le projet de loi SURE
6min

Politique

Justice criminelle : devant le Sénat, les avocats, en colère, dénoncent « un problème démocratique » et demandent le « retrait du texte »

Plusieurs centaines d’avocats ont manifesté leur rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, qui démarre son examen au Sénat lundi. Au premier rang des griefs du texte soulevés par la profession, l’instauration d’un plaider-coupable, une nouvelle procédure judiciaire plus rapide quand l’accusé reconnaît les faits.

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
6min

Politique

Justice criminelle : que contient le projet de loi controversé en examen au Sénat ?

Le Sénat entame l’examen du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte prévoit notamment la mise en place d’un plaider-coupable, une nouvelle procédure judiciaire plus rapide quand l’accusé reconnaît les faits. Une réforme qui divise les magistrats et est surtout contestée par de nombreux barreaux qui manifestent, ce lundi, devant la haute assemblée. Que prévoit le texte ?

Le

Législatives : « Une situation profondément antidémocratique », tance Pascal Savoldelli, qui demande le dégel du corps électoral
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le