Les actes anti-LGBT + en forte hausse d’après le ministère de l’intérieur
Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai est une date symbole qui permet d’alerter sur les discriminations et les violences subies par la communauté LGBT +.  Pour l’occasion, le ministère de l’intérieur a publié son bilan annuel sur les atteintes anti-LGBT +.

Les actes anti-LGBT + en forte hausse d’après le ministère de l’intérieur

Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai est une date symbole qui permet d’alerter sur les discriminations et les violences subies par la communauté LGBT +.  Pour l’occasion, le ministère de l’intérieur a publié son bilan annuel sur les atteintes anti-LGBT +.
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« Gros pédé, je vais t’enterrer ! Je vais piétiner ta grosse tête », sont les insultes homophobes prononcées par un passant à l’encontre d’Anthony, un jeune homme de 23 ans alors qu’il marchait dans un centre commercial à Lyon. Ce dernier a décidé de diffuser la vidéo de son agression pour alerter sur les violences subies « au quotidien par la communauté LGBT +. » Ce fait divers est loin d’être un cas isolé. Quelques mois auparavant en Essonne, une autre vidéo publiée sur les réseaux sociaux avait choqué l’Hexagone. On y voyait un mineur de 17 ans, victime d’une agression par plusieurs jeunes. Le motif de violences en réunion, « en raison de l’orientation sexuelle » avait été retenu par le procureur. Début janvier 2022, un enseignant gay avait été victime d’un guet-apens à la suite d’un rendez-vous fixé avec un internaute sur un site de rencontre. Séquestré à son domicile pendant deux jours, il a été torturé par deux individus.

Selon un sondage réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire LGBT + de la Fondation Jean-Jaurès en juin 2018, plus d’une personne sur deux (53 %) indique avoir déjà subi une agression physique ou verbale. A l’occasion du 17 mai, journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie, plusieurs rapports présentés par différents acteurs de la société civile et le bilan annuel des actes visant les personnes LGBT + du ministère de l’intérieur témoignent d’une même tendance : les actes homophobes, transphobes et biphobes (insultes, discriminations, harcèlements, agressions physiques…) demeurent élevés.

Une hausse de 104 % des « délits crimes et contraventions anti-LGBT + » depuis 2016 selon le ministère de l’intérieur

Jamais, le ministère de l’Intérieur n’avait enregistré en une année autant de délits, crimes anti-LGBT + et contraventions. Dévoilées le 16 mai par le ministère de l’intérieur, les « atteintes anti-LGBT + » progressent dans l’Hexagone. 3 790 atteintes « en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre » ont été enregistrées.

Depuis 2016, le nombre de crimes, délits et contraventions « anti-LGBT + » a doublé (+104 %) selon le ministère. Dans le détail, sur les 3 790 atteintes commises, 2 170 sont des crimes et délits, soit une hausse de 34 % par rapport à l’année 2020. Concernant le type d’infractions répertoriées, « 34 % des crimes et délits à caractère ‘anti-LGBT’ sont des diffamations ou injures suivies d'atteintes physiques non sexuelles (21 %). Plus d’un crime sur cinq est une menace », précise Beauvau. Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a enregistré 1 620 contraventions « principalement des injures non publiques », une augmentation de 16 % par rapport à l’année 2020.

Pour Denis Quinqueton, codirecteur de l’observatoire, LGBT + de la Fondation Jean Jaurès, deux raisons peuvent expliquer cette tendance : « Tout d’abord l’atmosphère sociale est particulièrement lourde. L’année 2021 a été marquée par la précampagne électorale. La haine anti-LGBT a été le fonds de commerce de plusieurs candidats excluants qui ont dénigré et ciblé la communauté LGBT. Ensuite, la bonne nouvelle de ces mauvais chiffres, c’est que les victimes parlent et font état des discriminations qu’ils ou elles subissent. » « Ce mouvement de libération de la parole va amener la peur à changer de camp », avertit-il.

Malgré, « un mouvement de fond » qui s’est engagé, le dépôt de plainte dans un commissariat est loin d’être généralisé. Seulement 20 % des personnes LGBT + victimes franchissent le pas et décident de porter plainte. « Ce n’est pas évident pour une personne LGBT de se rendre dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie et faire son coming out, une situation analogue à celle subie par les femmes victimes de viol ou de tentative de viol. Si elles ne portent pas plainte, c’est qu’un accueil bienveillant n’est pas forcément garanti », souligne Denis Quinqueton.

« C’est tout un monde enfoui qui remonte à la surface. »

Cette hausse spectaculaire constatée par le ministère s’explique par un phénomène de libération de la parole des victimes mais il est difficile d’affirmer qu’il existe une réelle augmentation du nombre de faits de violence à l’encontre des personnes LGBT +. « C’est tout un monde enfoui qui remonte progressivement à la surface. Ces chiffres présentés par la police ne sont qu’une partie visible de l’iceberg », confie le co-directeur de l’observatoire LGBT + de la Fondation Jean Jaurès. « Les victimes ont davantage tendance à faire valoir leur droit », poursuit-il.

Dans son rapport sur les « LGBTIphobies », SOS Homophobie indique avoir reçu 1 515 signalements sur sa plateforme, « 1 138 situations correspondaient à des situations LGBTIphobes. » L’association dévoile également que « 15 % de l’ensemble des cas se déroulent au sein de la famille et de l’entourage proche. Les faits relevés au travail, dans le voisinage et les commerces et services sont ex aequo avec 11 % de signalements. » « Pour la première fois, les faits de transphobie sont le deuxième type de LGBTIphobie » relevés par les pôles d’écoute de l’association.

Dans son rapport sur « les LGBTIphobies au prisme de l’application FLAG ! » publié ce 17 mai, la fondation Jean-Jaurès craint une banalisation de la violence envers les personnes LGBT notamment sur Internet et les réseaux sociaux. « La haine en ligne représente la moitié des signalements enregistrés. Il y a un vrai problème de régulation et de modérations des contenus LGBTphobes de la part de réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter qui tardent à supprimer les contenus haineux. La loi Avia n’a abouti à rien », explique Denis Quinqueton.

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