Les assistants parlementaires saluent «une nouvelle étape» dans leur combat
Reçue au ministère du Travail, l’intersyndicale de la profession se félicite du soutien de Myriam El Khomri et souligne une « avancée » sur la question des licenciements en fin de mandat.

Les assistants parlementaires saluent «une nouvelle étape» dans leur combat

Reçue au ministère du Travail, l’intersyndicale de la profession se félicite du soutien de Myriam El Khomri et souligne une « avancée » sur la question des licenciements en fin de mandat.
Public Sénat

Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Jérôme Rabier)

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Dans deux mois, l’Assemblée nationale aura changé de visage, et ce n’est pas sans conséquence sociale. Une partie importante des parlementaires ne se représentera pas en juin pour se conformer à la loi sur le non-cumul des mandats. D’autres ont fait le choix de ne pas rempiler, par choix personnel. Et beaucoup risquent de perdre leur circonscription. Ce renouvellement sera suivi en septembre des élections sénatoriales, au cours desquelles près de la moitié des sièges du Sénat seront remis en jeu. Au total, ce sont près de 1.300 assistants parlementaires qui pourraient se retrouver privés d’emploi (sur environ 3.000), selon les syndicats.

« L’urgence » de la question des licenciements

Et les collaborateurs concernés seront licenciés par leurs employeurs parlementaires pour motif personnel, et non pour motif économique. Une situation que déplore l’intersyndicale de la profession, qui milite depuis le début de l’année pour cette reconnaissance. « Nous n’avons pas à porter la responsabilité du licenciement », considèrent les « petites mains » du Parlement. « La première urgence, c’est se voir reconnaître ce licenciement pour motif économique qui est plus protecteur », explique Anaïs Tropée, co-présidente de l'Association des collaborateurs de gauche du Sénat (Agap).

La nuance a son importance pour les indemnités chômage : elles atteignent 75% du salaire brut, dans le cadre d’un licenciement pour motif économique et dans le cadre d’un contrat de sécurisation professionnelle. Dans le cas d’un motif personnel, elles représentent 57% du salaire.

Les assistants parlementaires exposent leurs revendications
00:58
Images : Jérôme Rabier

La Direction générale du travail va écrire aux présidents des deux assemblées

La question était abordée au ministère du Travail ce mercredi. Les syndicats étaient reçus ce midi, à leur demande, par la ministre Myriam El Khomri. « Le climat de la réunion a été positif, constructif », a réagi à la sortie de la rencontre Frédéric Faravel (CGT-CP), rassuré que leurs arguments aient été entendus. Quant aux solutions concrètes apportées : il n’y aura pas de circulaire, comme l’espérait l’intersyndicale.

En revanche, la ministre a saisi la Direction générale du Travail (DGT). Celle-ci est chargée d’envoyer aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi qu’aux organisations syndicales, sa recommandation à adopter en matière de licenciement. Selon les syndicats, la DGT devrait aller dans le sens des revendications. Il n’y a « pas d’impossibilité de faire des licenciements pour motif économique ». Au contraire, elle juge qu’un licenciement pour motif économique aurait même l’avantage de poser moins de risques du côté juridique, selon un représentant de la DGT présent à la rencontre et cité par les syndicats. « Nous ne sommes pas au bout du chemin, mais nous mesurons cette avancée », considère l’intersyndicale.

assistants parlementaires
Une quarantaine d’assistants parlementaires du Sénat et de l’Assemblée nationale de toutes tendances s'est rendue devant le ministère du Travail rue de Grenelle ce mercredi 19 avril. C’est leur deuxième rassemblement après celui du 7 février devant le Sénat. (Photo : Guillaume Jacquot)

Le courrier de la DGT devrait se retrouver sur les bureaux de Claude Bartolone et de Gérard Larcher « avant la fin de la semaine prochaine ». Autrement dit : avant le second tour de l’élection présidentielle. « Si les présidents ne sont pas capables de retransmettre le courrier de la DGT, on saura communiquer directement aux parlementaires », a prévenu  Frédéric Faravel, le collaborateur de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann.

Les assistants parlementaires ressortent satisfaits de leur réunion avec Myriam El Khomri
01:40
Images : Jérôme Rabier

La création d’un accord collectif, toujours au cœur des revendications

La DGT ne devrait pas seulement se prononcer sur la légitimité de la procédure de licenciement pour motif économique mais également d’indiquer la marche à suivre pour que naisse à moyen terme un accord professionnel, voire même d’une convention collective pour la profession. C’est l’autre grande revendication des collaborateurs parlementaires : ils réclament un statut qui clarifie leurs missions et leurs conditions de travail. La question du statut, qui s’est imposée dans le débat public avec l’affaire Fillon, avait d’ailleurs été soulevée par Myriam El Khomri le 27 mars. La ministre avait écrit aux présidents des deux chambres du Parlement pour demander une réflexion autour d’un véritable statut d’assistant parlementaire. Elle a réaffirmé son soutien à la négociation ce mercredi.

Un premier accord partiel a bien été signé en novembre dernier à l’Assemblée nationale, mais la pérennité du texte est perçue comme « fragile ». « C’est un embryon d’accord. Ne sont concernés que les collaborateurs des députés qui adhèrent à des associations de députés employeurs », pointe Gonzague de Chantérac, représentant de la CFTC des collaborateurs parlementaires et collaborateur d’un député LR. Selon lui, seuls 50 à 60% des députés seraient concernés. Les renouvellements de juin ne devraient pas améliorer la situation.

Globalement, les assistants parlementaires constatent qu’un dialogue s’est noué au fil des semaines, mais que les résultats peinent encore à se manifester. « Beaucoup de parlementaires veulent rester dans un cadre discrétionnaire et ne veulent pas avoir de contraintes », reconnaît Gonzague de Chantérac.

« On a de plus en plus de sénateurs derrière nous, ils font entendre nos voix, mais ça n’avance pas suffisamment d’où le fait qu’on demande au gouvernement de faire des annonces. Le dialogue est là mais les résultats non », note Anaïs Tropée.

L’intersyndicale voit en tout cas le verre comme à moitié plein. « Nous ne sommes pas au bout du chemin, mais nous mesurons cette avancée », a-t-elle déclaré.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les assistants parlementaires saluent «une nouvelle étape» dans leur combat
3min

Politique

Taxer les riches : « C’est totalement indécent cet accaparement de la richesse par quelques-uns au détriment du reste de la population », dénonce cette eurodéputée

Faut-il taxer davantage les plus fortunés ? Après avoir agité le débat en France, le sujet s’invite désormais dans les couloirs du Parlement Européen. Si imposer davantage les plus riches et des multinationales permettrait de renforcer le budget de l’Union, à quel prix et par quels moyens ? Caroline de Camaret et Alexandre Poussart reçoivent les eurodéputés Marina Mesure et Yvan Vergoustraete pour en débattre, dans l’émission Ici l’Europe diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

Les assistants parlementaires saluent «une nouvelle étape» dans leur combat
5min

Politique

Budget 2026 : le Sénat vote l’accélération de la suppression de la CVAE

Lors des débats budgétaires, la majorité sénatoriale a poursuivi sa politique de réduction des impôts, en accélérant la trajectoire de suppression de la CVAE, un impôt de production. La gauche dénonce une « irresponsabilité » budgétaire supplémentaire, qui diminue les recettes de l’Etat d’1 milliard en 2026 et de 3 milliards en 2028.

Le

Les assistants parlementaires saluent «une nouvelle étape» dans leur combat
4min

Politique

Centres-villes : « Je suis inquiet de voir que tous les commerces disparaissent. Que va devenir notre ville ? » L’appel d’un retraité aux sénateurs.

Jean-Claude Ducarois, 81 ans, retraité à Pont-de-Buislès, livre ses préoccupations. Dans sa commune du Finistère, le dernier commerce alimentaire, une petite supérette, a fermé ses portes quelques semaines seulement après la station-service. Comment inverser la tendance, et que peuvent les élus ? Quentin Calmet pose la question aux sénateurs invités de l’émission Dialogue citoyen.

Le

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le