Les « black blocs », une contestation violente qui vise surtout les « symboles »
Les "black blocs" qui ont fortement perturbé le défilé du 1er mai sont un alliage hétéroclite de militants d'ultragauche aux...

Les « black blocs », une contestation violente qui vise surtout les « symboles »

Les "black blocs" qui ont fortement perturbé le défilé du 1er mai sont un alliage hétéroclite de militants d'ultragauche aux...
Public Sénat

Par Emmanuel DUPARCQ

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Les "black blocs" qui ont fortement perturbé le défilé du 1er mai sont un alliage hétéroclite de militants d'ultragauche aux actions parfois spectaculaires, mais à la force de frappe limitée et qui se concentre sur des cibles symboliques, explique à l'AFP Sylvain Boulouque, historien de la gauche radicale.

Question: Qui sont ces "Black blocs"?

Réponse: Ce sont des gens vêtus de noirs et cagoulés qui viennent se placer devant la tête du cortège des manifestations, d'où leur autre nom de "Cortège de tête". Les premiers "black blocs" datent des années 1980 en Allemagne. Ils sont apparus dans d'autres pays comme la France à la fin des années 1990 au moment des grandes manifestations contre les sommets internationaux (OMC, G7, G20). C'est un mouvement international: certains vont affronter la police dans des manifestations à l'étranger. S'y s'agrègent différents groupes favorables à l'affrontement avec les forces de l'ordre issus de l'anarchisme, du marxisme-léninisme... qui espèrent pouvoir renverser le système capitaliste. Socialement, ce sont plutôt des populations de centre-villes, jeunes diplômés et issus de famille des classes moyennes/classes moyennes supérieures. Pas forcément financièrement favorisées, mais culturellement favorisées. Plusieurs générations s'y côtoient: des anciens mobilisés depuis les années 90, des intermédiaires depuis les années 2000, une nouvelle génération de 20-25 ans formée autour de la contestations de la loi travail en 2016, et les nouveaux étudiants ou lycéens qui viennent d'arriver.

Question: Où se classent-ils politiquement?

Réponse: Dans la mouvance de l'ultra gauche, qui refuse toute forme de représentation parlementaire et syndicale. Sur l'air du "Ras-le-bol de la société injuste telle qu'elle existe aujourd'hui", ils ne s'attaquent qu'à des symboles du capitalisme, comme on l'a vu hier à Paris: McDonald's, les concessions de voitures, les banques. On est purement dans la violence symbolique. Ils veulent ainsi montrer les bons combat, sachant qu'ils refusent toute réformes, qui n'aboutissent selon eux qu'à aménager le capitalisme sans le détruire. Ils sont anticapitalistes, utopistes et radicaux, prêts à utiliser des moyens d'action relativement violents contre la société et l'ordre en place. Mais il y a aussi une dimension camaraderie, fraternité, un coté suiviste. Certains ont suivi la tête de cortège car ils y ont entendu hurler "Tout le monde déteste la police": ils ne sont pas nécessairement violents mais peuvent eux aussi détester la police.

Question: Quelle est l'ampleur du phénomène, et est-il appelé à s'étendre?

Réponse: En comptant très large on a un spectre d'une petite dizaine de milliers de personnes, c'est très peu par rapport au reste de la société. L'audience de la gauche radicale aujourd'hui est relativement faible. Il ne faut pas grossir le phénomène de violence urbaine, car il est marginal en France. Depuis une centaine d'années, les manifestations violentes y sont un phénomène tout à fait relatif. Mais avec l'information en continue, ces actes sont repris en boucle et sans regard distancié, ça donne "Paris est à feu et à sang" alors qu'il y a que quelques voitures qui brûlent. A priori le phénomène des "black blocs" ne va pas s'arrêter. Il va y avoir des hauts, des bas, des pics, des reformations. Ça dépend des projets de loi gouvernementaux. Mais il a un potentiel de croissance, notamment si le gouvernement ne veut rien négocier. Certains peuvent alors se dire que s'il n'y a rien à gagner, il faut se tourner vers d'autres formes d'action politique, et la violence en est une. Il y a aussi un potentiel de révolte contre la violence policière, plus forte qu'avant, qui peut favoriser un jour le rapprochement avec des jeunes de banlieue. Autre risque, si certains sont condamnés à de la prison, ils peuvent y développer une haine des autorités encore plus forte. Mais s'il y a des risques, il n'y a jusqu’ici aucun appel à une violence plus radicale: on est encore dans un aspect quasiment carnavalesque, on s'en prend à des symboles.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les « black blocs », une contestation violente qui vise surtout les « symboles »
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Les « black blocs », une contestation violente qui vise surtout les « symboles »
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le