Les candidats et l’agriculture: l’Europe, ligne de fracture
Aides européennes, recherche du juste prix pour les producteurs, Grenelle de l'alimentation: les candidats à la présidentielle qui ont défilé au...

Les candidats et l’agriculture: l’Europe, ligne de fracture

Aides européennes, recherche du juste prix pour les producteurs, Grenelle de l'alimentation: les candidats à la présidentielle qui ont défilé au...
Public Sénat

Par Isabel MALSANG

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Aides européennes, recherche du juste prix pour les producteurs, Grenelle de l'alimentation: les candidats à la présidentielle qui ont défilé au salon de l'Agriculture cette semaine ont affiné leurs visions pour relancer un secteur sinistré, mais pourvoyeur d'emplois et de devises à l'exportation.

A l'exception de Jean-Luc Mélenchon, le candidat de France Insoumise qui soutient une agriculture "paysanne et écologique" et fustige l'agriculture "productiviste" représentée selon lui au salon, les quatre autres principaux candidats ont sacrifié au rituel de la bousculade médiatique entre les vaches primées, fleurons des élevages français.

Agriculture: quelques propositions des principaux candidats
Agriculture: quelques propositions des principaux candidats
AFP

Les candidats ont rencontré des éleveurs "crevés" et "fauchés", selon Michel Guichot, dont l'exploitation de bovins, maïs et volailles est située près d'Orthez dans les Pyrénées Atlantiques.

Alors que la moitié des agriculteurs français a touché un revenu net mensuel inférieur à 350 euros en 2016 (incluant les aides européennes), la principale ligne de fracture entre les candidats s'est dessinée sur l'Europe, à la veille d'une énième réforme de la Politique agricole commune (PAC) en discussion à Bruxelles.

Première à visiter le salon, Marine Le Pen, candidate Front National, a proposé de "franciser" les aides à l'agriculture et de "revoir totalement le système" en les distribuant différemment.

Elle a ensuite multiplié les interventions pour fustiger l'UE qui, selon elle, a "décidé la disparition de l'agriculture française" et "porte atteinte à la souveraineté et à la sécurité alimentaire" du pays.

- Quantité ou qualité -

La candidate du Front National Marine Le Pen (2e à d.) en visite au Salon de l'Agriculture de Paris en compagnie de sa nièce Marion Marechal Le Pen (3e à d.), le 1er mars 2017
La candidate du Front National Marine Le Pen (2e à d.) en visite au Salon de l'Agriculture de Paris en compagnie de sa nièce Marion Marechal Le Pen (3e à d.), le 1er mars 2017
AFP

En cause, les 9,5 milliards d'euros d'aides directes versés chaque année par Bruxelles aux exploitants français.

La candidate Front National, qui a visité une ferme dans le Lot samedi, s'est vu vertement répondre par le Commissaire à l'Agriculture l'Irlandais, Phil Hogan.

Selon ce dernier, les agriculteurs français se tromperaient lourdement s'ils croyaient continuer de recevoir le même niveau d'aide directe venant d'un gouvernement national qui aurait choisi de rompre avec Bruxelles, le poids démographique des paysans étant très faible par rapport au reste de la population (-de 3% de la population active).

M. Hogan a cité en exemple le sort des paysans britanniques, "grands perdants" du Brexit selon lui. Les aides nationales directes à l'agriculture ne seront pas maintenues au-delà de 2020 une fois que la Grande-Bretagne aura largué ses amarres européennes, contrairement à ce qui avait été promis par les pro-Brexit durant la campagne du référendum.

Emmanuel Macron goûte un vin blanc au salon de l'agriculture à Paris, le 1er mars 2017
Emmanuel Macron goûte un vin blanc au salon de l'agriculture à Paris, le 1er mars 2017
AFP

Le Commissaire européen, en revanche, s'est déclaré favorable à un "plafonnement" des aides de la PAC, pour garantir un soutien accru aux petites et moyennes exploitations en difficulté face à la financiarisation de la terre et au développement des sociétés d'exploitation agricole qui profitent à plein du système PAC, au détriment des petits.

Emmanuel Macron (En Marche), comme François Fillon (LR) et Benoit Hamon (PS) se sont prononcés de leur côté pour une "préservation du budget de la PAC" qui permet à la France d'être une grande exportatrice de produits agroalimentaires.

Les deux premiers affichent une vision nettement productiviste, avec des allégements de cotisations sociales, de taxations, et des "plans de modernisation" (5 milliards pour Macron, 6 milliards pour Fillon), tandis que le candidat socialiste, lui, souhaite repenser la façon de s'alimenter pour privilégier la qualité et le respect de l'environnement à la quantité.

Le candidat du Parti socialiste (PS) Benoit Hamon (c) au Salon de l'Agriculture de Paris, le 2 mars 2017
Le candidat du Parti socialiste (PS) Benoit Hamon (c) au Salon de l'Agriculture de Paris, le 2 mars 2017
AFP/Archives

M. Hamon qui souhaite instaurer des "prix plancher" au niveau européen sur le mode du commerce équitable, souhaite notamment "résister" aux lobbies industriels des pesticides et "interdire les perturbateurs endocriniens et les nanoparticules dans l'alimentation".

Suite à son accord avec l'écologiste Yannick Jadot (EELV), il promet aussi l'approvisionnement en bio des cantines à hauteur de 50% d'ici à 2025 et s'engage à réaliser un "Grenelle de l'alimentation et de l'agriculture".

Le candidat à la présidentielle française François Fillon au Salon de l'Agriculture à Paris, le 1er mars 2017
Le candidat à la présidentielle française François Fillon au Salon de l'Agriculture à Paris, le 1er mars 2017
AFP

François Fillon souhaite revoir la Loi de modernisation de l'économie (LME) qu'il a lui même fait voter lorsqu'il était premier ministre de Nicolas Sarkozy, en reconnaissant qu'elle a été trop favorable aux grandes surfaces face aux producteurs qui n'arrivent plus à vivre de leur métier.

M. Fillon, dont le déplacement au salon mercredi fut un des moments de suspense le plus intense de la campagne, a été accueilli sous le slogan de "Fillon président" au stand de la FNSEA, principal syndicat agricole, dont beaucoup de membres à titre individuel sont de fervents soutiens de sa campagne, même si le syndicat ne s'engage pas en tant que tel.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Les candidats et l’agriculture: l’Europe, ligne de fracture
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le