Les centristes de l’UDI prennent leur distance avec l’initiative de Gérard Larcher
Après la proposition de Gérard Larcher de rassembler droite et centre avec les élus locaux, le président du groupe centriste du Sénat, Hervé Marseille, répondra à l’invitation mais surtout pour parler « des territoires ». Le patron de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, ne veut pas lui participer à cet « aréopage ». « La crise de la droite n’est pas un sujet pour nous » prévient-il.

Les centristes de l’UDI prennent leur distance avec l’initiative de Gérard Larcher

Après la proposition de Gérard Larcher de rassembler droite et centre avec les élus locaux, le président du groupe centriste du Sénat, Hervé Marseille, répondra à l’invitation mais surtout pour parler « des territoires ». Le patron de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, ne veut pas lui participer à cet « aréopage ». « La crise de la droite n’est pas un sujet pour nous » prévient-il.
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LR dans les choux, l’UDI sous les radars : le résultat des élections européennes est catastrophique pour la droite et le centre. Avec respectivement 8,48% et 2,50%, il est urgent de reconstruire. Pour beaucoup, Laurent Wauquiez est aujourd’hui disqualifié pour rassembler. C’est au milieu de ce champ de ruines que le président LR du Sénat, Gérard Larcher, prend l’initiative. Le président de la Haute assemblée, qui a déjà joué à plein le rôle de contre-pouvoir du Sénat depuis l’élection d’Emmanuel Macron, veut s’appuyer sur les territoires pour rassembler. Le Sénat représente les collectivités et le sénateur des Yvelines entend s’en faire le relais pour la reconquête.

« Je vais proposer aux présidents de groupes parlementaires, aux présidents des trois grandes associations d'élus (...) que nous nous retrouvions la semaine prochaine » pour « engager une démarche au travers des territoires pour reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre », a annoncé Gérard Larcher sur France Info mardi matin, au lendemain d’un bureau politique de LR que le président du Sénat a boudé, tout comme le président de groupe LR, Bruno Retailleau, qui appuie Gérard Larcher dans cette démarche coordonnée.

Gérard Larcher ne « parle pas que des Républicains ». Il imagine sa démarche plus largement, avec l’UDI, « un certain nombre d’élus qui nous ont quittés ou sont indépendants ». Le Sénat va-t-il devenir une République automne au sein de la droite et du centre ? Si l’initiative est saluée du côté LR, qu’en pensent les centristes ?

Hervé Marseille ira « en tant que président de groupe » pour parler des « territoires »

Au Sénat, les LR ont besoin du groupe Union centriste pour faire la majorité. Ce mardi matin, avant d’aller échanger avec ses collègues en réunion hebdomadaire, le président du groupe UC, Hervé Marseille, accueille plutôt poliment l’idée de Gérard Larcher, tout en gardant une certaine prudence centriste.

« J’ai toujours apprécié les initiatives du Président Larcher. On regarde ça avec intérêt. On va voir ce que ça donne. C’est un lieu de réflexion. J’irai à la première réunion » réagit Hervé Marseille auprès de publicsenat.fr. Mais à l’écouter, il n’y voit pas la première marche qui mènera au rassemblement de la droite et du centre. « Moi, j’y vais en tant que président de groupe pour répondre à une démarche qui concerne les territoires, et qui a pour vocation d’évoquer les sujets politiques, car il y aura un texte qui concerne les territoires et une réforme constitutionnelle » souligne le sénateur UDI des Hauts-de-Seine, qui réduit donc l’objet de la réunion à une discussion politique… On a connu plus grand enthousiasme. Pas idéal pour reconstruire la droite et le centre.

Quant aux états généraux que propose Laurent Wauquiez, le président du groupe UC ne se sent pas du tout concerné : « C’est un problème LR. On n’est pas la variable d’ajustement de LR. Depuis que Laurent Wauquiez préside LR, il a un mépris total pour le centre et une ligne incompatible aux valeurs du centre ».

Pour Jean-Christophe Largarde, « pas besoin de participer à cette thérapie collective » des LR

Si Hervé Marseille honorera l’invitation de Gérard Larcher, pour le président de l’UDI et patron du groupe UDI, Agir et Indépendants de l’Assemblée, Jean-Christophe Lagarde, c’est tout vu : il n’ira pas. « Participer à cet aréopage n’est ni mon problème, ni mon sujet, ni à mon agenda. La crise de la droite n’est pas un sujet pour nous. Je ne vois pas ce que j’aurais à faire là. C’est une affaire de la droite et pas du centre » affirme à publicsenat.fr Jean-Christophe Lagarde. Il ajoute :

« Pas besoin de participer à cette thérapie collective. Je n’ai pas mené ce combat d’indépendance avec l’UDI pour perdre cette indépendance et cette autonomie ».

Pour un autre responsable UDI, le souvenir de la présidentielle 2017 est encore en travers de la gorge. « On a déjà été embarqué à l’insu de notre plein gré dans les opérations de Fillon, donc ça va bien les sorties de route… surtout quand on est dans le coffre » lâche cet élu UDI, qui n’a plus envie de se mêler aux affaires des LR.

De son côté, Jean-Christophe Lagarde est prêt à discuter avec Gérard Larcher. Mais dans un autre cadre. « Je rencontrerai Gérard Larcher, que je respecte, mais en tête à tête, pour écouter ce qu’il compte me dire » précise le président de l’UDI, qui ne veut cependant pas être exclusif : « Je suis capable d’écouter Macron, comme Larcher ». La perspective des municipales peut aussi amener les centristes à réfléchir. Mais un haut responsable de La République en Marche aimerait les voir être plus clairs : « C’est à eux de dire ce qu’ils veulent faire ».

« On va attendre qu’il n’y ait pas de balles perdues »

Le reste du groupe centriste du Sénat accueille plus ou moins bien la proposition du président du Sénat. Une diversité à l’image d’un groupe où se mêlent proches de la majorité présidentielle et sénateurs plus en opposition. Pour l’ancienne ministre et vice-présidente UDI du Sénat, Valérie Létard, « c’est une initiative à regarder avec attention ». Un autre membre du groupe souligne qu’entre « la sensibilité plus humaniste de Gérard Larcher », le gaulliste social, et Laurent Wauquiez et sa ligne conservatrice, « il n’y a pas photo ».

Pour sa collègue Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne, « ce n’est pas une démarche inintéressante, mais il est prudent d’attendre, il faut voir ce qu’il y a dedans. Et je pense que chez LR, ce sera quand même règlement de compte à OK Corral. On va attendre qu’il n’y ait pas de balles perdues… » La liste UDI aux européennes avait du sens, à ses yeux : « Si on avait été avec les LR, on aurait été perdu corps et biens avec eux. Jean-Christophe Largarde a très bien fait, sinon on aurait disparu de la planète », affirme Nathalie Goulet, qui était présente sur la liste.

Pour le sénateur Hervé Maurey, membre des Centristes d’Hervé Morin, qui étaient sur la liste LR, « c’est une très bonne initiative de Gérard Larcher, une très bonne idée. Il y a tout à reconstruire, une alternative républicaine à Emmanuel Macron. Il faut rassembler la droite et le centre et le faire sur une ligne qui pousse vraiment au rassemblement, et pas uniquement à partir d’appareils parisiens déconnectés des réalités, mais avec les territoires ». Le président de la commission du développement durable ajoute : « Gérard Larcher a un profil incontestable et incontesté de rassembleur. Les centristes du Sénat sont bien placés pour le savoir ». Mais comme souvent, au centre, les différentes chapelles ne semblent pas tout à fait sur la même ligne. Le rassemblement est un travail de longue haleine.

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