Les collaborateurs parlementaires s’apprêtent à subir un plan social record
Il n'y a pas que des députés sortants qui vont se retrouver sur le carreau dimanche soir: un nombre record de leurs...

Les collaborateurs parlementaires s’apprêtent à subir un plan social record

Il n'y a pas que des députés sortants qui vont se retrouver sur le carreau dimanche soir: un nombre record de leurs...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il n'y a pas que des députés sortants qui vont se retrouver sur le carreau dimanche soir: un nombre record de leurs collaborateurs vont être licenciés, même si quelques-uns espèrent être repris par des élus En Marche.

Ils se sont activés cette semaine à vider leur bureau à l'Assemblée ou la permanence en circonscription, avec parfois "de la hargne", confie une collaboratrice qui ne s'attendait pas à ce que son député PS, son employeur direct, morde la poussière dès le premier tour.

Être comme le député sur un siège éjectable, "c'est la règle du jeu", tous les collaborateurs le savent et leur CDI (90% d'entre eux) est trompeur. Mais la vague en vue est inédite.

"Ça va être une tuerie", redoute un collaborateur, des sanglots dans la voix. Les trois quarts des quelque 2.000 collaborateurs parlementaires risquent de se retrouver sans emploi, seuls un quart des députés sortants, au mieux, étant en position d'être réélus. Sans compter les collaborateurs des groupes parlementaires, qui vont disparaître ou voir leurs moyens réduits.

L'Assemblée elle-même n'avait pas prévu un renouvellement si ample, budgétant 27 millions d'euros pour prendre en charge un millier de licenciements.

Dès le 27 juin, démarrage officiel de la nouvelle législature, les collaborateurs des sortants n'auront plus de badge pour accéder au Palais-Bourbon. "Comment faire pour y distribuer mon CV?", s'interroge une autre, neuf ans de métier, dont l'élu LR est en mauvaise posture pour le second tour.

Pour trouver un autre type d'emploi, certains craignent d'être lestés de l'image ternie de leur métier actuel, après les affaires Fillon et Le Roux de possibles emplois fictifs de collaborateurs. Alors que la plupart, par "passion", n'ont pas compté leurs heures, pour 2.800 euros brut mensuels en moyenne.

- "Règles écrites et non écrites" -

"Le plan social est énorme, et pourtant aucun politique ne s'y intéresse!", s'exclame Gonzague de Chantérac (CFTC). "Des collaborateurs depuis 20 ans s'inquiètent enfin des conditions de licenciement", grince un représentant.

Une intersyndicale se mobilise depuis plusieurs mois pour que la procédure du licenciement économique soit appliquée, et non, comme il est d'usage, celle du licenciement pour motif personnel, moins protectrice (indemnisation moins longue et pas d'accompagnement).

"Le droit ne permet pas le licenciement économique, le Code du travail ne reconnaît pas le député comme une entreprise", assure Marie-Françoise Clergeau (PS), première questeure, chargée de la gestion de l'Assemblée. Des actions de collaborateurs aux prud'hommes se préparent.

Alors que le "Penelopegate" durant la campagne présidentielle a mis en lumière le manque de cadrage de leur activité, ils réclament aussi un véritable "statut" et espèrent que la future loi Bayrou de moralisation ne s'arrêtera pas à l'interdiction des emplois familiaux.

Pour l'heure, l'atmosphère oscille entre incertitudes, inquiétudes... et quelques espoirs. Certains ont pris une longueur d'avance dans leurs recherches lorsque leur député ne se représentait pas, d'autres sont pris de court.

Thierry Besnier, secrétaire général du SNCP-FO, conseille "un bilan de compétences". "Nous ne sommes pas qu'une profession, nous sommes des professionnels", plaide-t-il, vantant "le travail de management, de veille, la capacité de résistance au stress".

Pour ces personnes de 42 ans en moyenne, issues du vivier militant ou des filières de communication politique, les débouchés traditionnels en politique, à Paris comme dans les collectivités, semblent réduits. Ils peuvent s'orienter vers les relations publiques, le lobbying, les associations...

Il y a enfin ceux qui comptent mettre un pied dans la porte des futurs députés REM. "Je sais écrire les amendements, les discours, je connais les règles écrites et non écrites de l'Assemblée", souligne un collaborateur de droite assurant être "macro-compatible"... contrairement à son député actuel, auquel il a cependant toujours été loyal. "Suis-je grillé auprès d'En Marche?", s'interroge ce trentenaire.

Et un collègue de glisser: "Il serait judicieux que les députés fassent des binômes: quelqu'un d'expérience comme nous, et un +helper+ (bénévole) d'En Marche qu'il faut bien finir par salarier".

Partager cet article

Dans la même thématique

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le

Macron Sénat 3 ok
14min

Politique

[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffements, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après sa réélection historique en 2022, Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, l’obligeant à composer avec les LR pour obtenir des majorités. Le Sénat y trouvera son intérêt et un pouvoir d’influence. Après la dissolution manquée en 2024, la droite entre au gouvernement et fait partie de la majorité. L’opposant d’hier se retrouve aux côtés des macronistes, tout en gardant ses distances.

Le

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le